‹ Poésies de MillevoyeChapitre 57 sur 119 · EMMA ET EGINARD · texte numérisé non relu

EMMA ET EGINARD

Nous séparer ! non , rien n'en est capable ; Le tombeau seul.... Si le ciel veut ma mort, O mon Emma ! par un dernier effort , Pour me pleurer consens à me survivre , Et jure-moi.... — Je jure de te suivre. »

Mais Charlemagne est déjà de retour.

Des paladins, des barons de sa cour

A ses côtés paraît la noble élite.

Tous , l'observant d'un regard curieux ,

Cherchent en vain sur son front sérieux

A démêler quel projet il médite.

La jeune Emma captive aussi les yeux.

Pudeur! amour! votre incarnat colore

Ses traits charmants de douleur obscurcis ;

Et la douleur les embellit encore.

Le roi des preux au trône s'est assis :

« Nobles seigneurs, compagnons de ma gloire,

Vous me suivrez aux champs de la victoire !

Vous, Archambaut, propagez toutefois

Ce code utile, ami de l'innocence,

Dont j'ai dicté les prévoyantes lois;

Et que mes lois régnent en mon absence !

Vous, Adélard, par vos efforts constants,

De l'ignorance écartez les nuages;

Éclairez-nous des flambeaux que les sages

Ont allumés sur la route des temps !

Vous tous , du Dieu que l'univers adore

Parez le temple et parfumez l'autel;

Que l'hymne saint , plus solennel encore ,

Arrive au pied de son trône immortel !

Rendons le ciel à nos armes propice

Par la valeur, surtout par la justice.

Juste est l'arrêt que je vais prononcer;

Je sais punir; je sais récompenser.

A mes bienfaits si quelqu'un doit prétendre, C'est Éginard! Éginard, sois mon gendre! » Les chevaliers, jaloux d'un tel honneur, Mais conservant loyauté pour devise , Confessent tous, avec grâce et franchise, Que leur rival mérite son bonheur.

L'heureux coupable et sa douce compagne Viennent baiser la main de Charlemagne , Non sans rougir; et dès le même jour Le chaste hymen consacra leur amour.

BELZUXCE. 121

ou

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