EMMA ET EGINARD
Nous séparer ! non , rien n'en est capable ; Le tombeau seul.... Si le ciel veut ma mort, O mon Emma ! par un dernier effort , Pour me pleurer consens à me survivre , Et jure-moi.... — Je jure de te suivre. »
Mais Charlemagne est déjà de retour.
Des paladins, des barons de sa cour
A ses côtés paraît la noble élite.
Tous , l'observant d'un regard curieux ,
Cherchent en vain sur son front sérieux
A démêler quel projet il médite.
La jeune Emma captive aussi les yeux.
Pudeur! amour! votre incarnat colore
Ses traits charmants de douleur obscurcis ;
Et la douleur les embellit encore.
Le roi des preux au trône s'est assis :
« Nobles seigneurs, compagnons de ma gloire,
Vous me suivrez aux champs de la victoire !
Vous, Archambaut, propagez toutefois
Ce code utile, ami de l'innocence,
Dont j'ai dicté les prévoyantes lois;
Et que mes lois régnent en mon absence !
Vous, Adélard, par vos efforts constants,
De l'ignorance écartez les nuages;
Éclairez-nous des flambeaux que les sages
Ont allumés sur la route des temps !
Vous tous , du Dieu que l'univers adore
Parez le temple et parfumez l'autel;
Que l'hymne saint , plus solennel encore ,
Arrive au pied de son trône immortel !
Rendons le ciel à nos armes propice
Par la valeur, surtout par la justice.
Juste est l'arrêt que je vais prononcer;
Je sais punir; je sais récompenser.
A mes bienfaits si quelqu'un doit prétendre, C'est Éginard! Éginard, sois mon gendre! » Les chevaliers, jaloux d'un tel honneur, Mais conservant loyauté pour devise , Confessent tous, avec grâce et franchise, Que leur rival mérite son bonheur.
L'heureux coupable et sa douce compagne Viennent baiser la main de Charlemagne , Non sans rougir; et dès le même jour Le chaste hymen consacra leur amour.
BELZUXCE. 121
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