‹ Poésies de MillevoyeChapitre 7 sur 119 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Parcourait une fois encore

Le bois cher à ses premiers ans :

« Bois que j'aime, adieu.... je succombe.

Ton deuil m'avertit de mon sort,

Et dans chaque feuille qui tombe

Je vois un présage de mort.

Fatal oracle d'Épidaure ,

Tu m'as dit : « Les feuilles des bois

» A tes yeux jauniront encore,

» Et c'est pour la dernière fois.

» La nuit du trépas t'environne;

» Plus pâle qu'une fleur d'automne,

» Tu t'inclines vers le tombeau.

» Ta jeunesse sera flétrie

» Avant l'herbe de la prairie ,

« Avant le pampre du coteau. »

Et je meurs! De la vie à peine

J'avais compté quelques instants,

Et j'ai vu comme une ombre vaine

S'évanouir mon beau printemps.

Tombe, tombe, feuille éphémère !

Et, couvrant ce triste chemin,

Cache au désespoir de ma mère

La place où je serai demain.

Mais si mon amante voilée

Aux détours de la sombre allée

Venait pleurer quand le jour fuit,

Éveille par un faible bruit

Mon ombre un instant consolée. »

Il dit, s'éloigne, et sans retour....

Sa dernière heure fut prochaine :

Vers la fin du troisième jour,

On l'inhuma sous le vieux chêne.

Sa mère (peu de temps, hélas!) Visita la pierre isolée ; Mais son amante ne vint pas ; Et le pâtre de la vallée Troubla seul du bruit de ses pas Le silence du mausolée.

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