‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 1 sur 112 · Poésies de Mme Desbordes-Valmore · texte numérisé non relu

Poésies de Mme Desbordes-Valmore

Avec tm saint re$2)ect j'ouvre ton derrtier livre, Muse aux accents si doux, aux pleurs mélodieux. AttacJiée à tes j^as. ma tendresse aime à suivre Les échos immortels de tes derniers adieux;

Ces chants ou la famille est peinte si sacrée! Cet invincible espoir au Dieu plein de bonté! Cette âme incessamment par la lutte na/vrée! Cet idéal vainqueur de la réalité!

C> cttur toujours ribrattt sous (Vhorribles tristesses. Aux humaines doulturs toujours prêt à sowcrir! Ce* bras toujours tendus pour donner leurs caresses ! Cette âme qui ne sait rien qu'aimer et souffrir!

De quel divin foyer procédait cette flamme ! Seigneur! . . . cous paraissiez vous en montrer jaloux, Quand votre bras frappait cette héroïque femme Qui, pour baiser vos pied*, meurtrissait ses genoux.

(Test ici qu'apparaît, dans ses rigueurs suprêmes, Votre loi, qui nous fait expier lentement Xosplus humbles plaisirs, nos chants, nos vertus mêmes Etjusques n nos pleurs répandus saintement.

Est-ce un crime, ô mon Dieu ! digne de vos coltre* Que de savoir aimer et le dire au<c mortels, Avec des mots versant du feu dans leurs artères î Le feu pur de Vamour ravi sur vos autels!

Oh ! pardonnez^ Seigneur, pardonnez à toute âme Qui, s'exilant des deux, croyant y revenir, f^incarna quelque jour dans le sein d'une femme Pour en sortir esclave et faite pour sou^'rir.

Cette Muse a longtemps marché sous la tempêtf ; Et désarmé, Seigneur, par ses nobles douleurs, Vous avez fait germer, pour couronner sa tête, Des larmes dans nos yeux, des regrets dans nos cœurs.

Et c'est avec respect que, sur son dernier livre. Je dépose ces chants, tribut mélodieux, Et que, triste et charmé, mon regard aime à suivre Ses traces sur la terre et son vol dans les deux.

Maria Cellini.

POÉSIES LNÉDITES

M'"- DESBOKDES-VALMOKE »

Le premier Recueil imprimé de M™* Desbordes- Valmore est de 1819; le dernier Recueil posthume, celui que nous annonçons, est de 1860. Le tendre et délicat poëte s'est éteint, il y a un an, le 23 juillet 1859. Ainsi, à quarante ans de distance, le même poëte a chanté; cette voix de femme, si émue dès le premier jour, si pleine de notes ardentes, éplorées et suaves, ne s'est pas brisée durant cette longue épreuve de la vie, épreuve qui cependant a été plus rude pour elle que pour d'autres ; elle a gardé jusqu'à la fin ses larmes, ses soupirs, ses ardeurs. Le dernier Recueil de M™® Desbordes-Valmore peut se placer à côté du premier ; il y a des choses aussi belles, aussi tristes,

I Publiées par les soins (et, comme on disait autrefois, suniplu et impentis) de M. Gustave Revilliod, de Genève.

aussi passionnée?, aussi jeunes : rare privilège et qui ne saurait appartenir qu'à une ftme intimement poétique et qui était la poésie elle-même !

Ce dernier Recueil est comme une urne funéraire où la piété d'un fils et celle d'un ami ont rassemblé ce qui restait d'elle. On ne juge pas de telles œuvres, on ne les critique pas. Et en général je dirai que des poètes véritables, et du moment qu'ils ont disparu, il n'y a plus que les qualités qui doivent compter. Les défauts, on les sait, mais on ne peut plus espérer d'en avertir utilement, ni de les corriger. Ecartons les défauts, extrayons les beautés. Ces poètes que nous avons connus vivants et que nous avons aimés, ils ont souffert, ils ont eu leurs défauts, leurs faiblesses, des plis à leurs ailes, leurs taches de poussière et leurs ombres ; ils se sont consumés sur le bûcher : il ny a plus que la flamme qui monte.

Dans une première division du Recueil où se lit cette inscription, Amour, il se trouve de bien jolis motifs de chants, des mélodies pures, et qui rappellent l'âge, déjà bien ancien, où la poésie se nourrissait encore toute de sentiment :

LES ROSES DE SAADI J'ai voulu, ce matin, te rapporter des roses. . . Voir page 19.)

LA JEUNE FILLE ET LE RAMIER Lt'7 romears da jardin disent qu'il va pleuvoir ; Amants, vous attendez, de quoi vous plaignefvous ? (P. 20.)

CV' dernier vers n'cst-il {tan un vers oublié (!<' Lii Fontaine?

Il y a des âmes qui apportent dans la vie comme un besoin do souffrances et une faculté ><ingulièrc de sentir la peine : elles sont d'ordinaire servies h souhait. Les vers de M"»° Desbordes-Valmore, les plaintes et les cris exhalés en ses précédents Kecueils, ont assez montré que telle était sa nature, et que la destinée n'avait pas manqué non plus à cette douloureuse vocation. On en retrouve trace et témoignage dans le présent volume ; cette âme semble tout à fait vouée k aimer sans être aimée, sans trouver de juste réponse dans l'objet de son erreur. Une émule, une héritière de M™® Desbordes-Valmore en poésie comme aussi en souffrance, a dit : « L'amour est une grande duperie : il lui faut toujours une victime, et la victime est toujours la partie aimante et vraie. Vous aimez, donc vous n'ètns pas aimé; vous êtes aimé, donc vous n'aimez pas. Et voilà l'éternelle histoire. . .» Non, cela n'est pas aussi nécessaire que le croient certaines âmes sous le coup de l'orage ; il est des félicités douces, permises, obscures ; celles-là, il est vrai, ne se chantent pas : elles se pratiquent en silence. Mais la poésie, de tout temps, a plus profité des orages que du calme, et des infortunes que du bonheur. Voici quelques notes de plus à ajouter à ces accents de la passion, ou plaintifs, ou déchirants. — Et la plainte d'abord :

Page 1