OU VAS-TU
^ESSE de m'api»ron(lro D'où vient la douleur ; Pour le mieux comprendre Chahge-t-on son cœur?
J'ai le mal suprême Sans bien l'exprimer; Tu sais pourquoi j'aime :
Moi, je sais aimer!
Tu saisis, tu charmes Dans l'art de parler.
Mais moi. j'ai les larmes Que tu fais couler.
Lorsque ta parole Enchante ce lieu, La mienne s'envole Soupirer vers Dieu!
Laisse passer Tâme Qui monte toujours ; Laisse à toute flamme, Comme à l'eau, son cours.
Quand me vint l'envie Du ciel avec toi,
J'allais à la vie
Où vas-tu sans moi?
LES DEUX MARINIÈRES
Marina.
^^ois-TC, si j'avais ta beauté, Cousine, et sa fleur jeune et tendre, Je me garderais bien d'attendre, Seule dans ma fidélité. Pour un marin qui trace l'onde Au lieu de m'ennuyer au monde.
Ma foi !
J'aurais plus de plaisirs que toi î
Lalij Galine.
Tu crois donc que j'ai de l'ennui,- Cousine, en ma chambre formée?
J'y travaille toute charmée :
Est-on seule en pensant h lui ?
Tourner le dos îi son image.
Mon Dieu, ce serait bien dommage!
Crois-moi!
Je suis bien moins seule que toi.
Mçtrina.
Ton amant n'est qu'un matelot Qui n'a rien k lui que son âme, Fidèle au serment d'une femme Autant qvK le vent l'est au flot!
Laly! je te le jure encore :
Si l'on m'aimait comme on fadore,
Ma foi !
J'aurais plus de joyaux que toi !
Lahj, Galine.
Je prépare en filant mon lin La toile de notre ménage, Et je n'ai pour tout voisinage Que mon Christ en papier vélin.
Puis, pour parer ma cheminée,
l>IVEUSIiS
Sa barque qu'il a dessinée. . . .
Ci-ois-moi !
Je suis bien plus riche que toi.
Marina.
Ton lin ne dure pas toujours, On se fait voir aux jours de fête, On met des rubans sur sa tète, Et l'on danse à d'autres amours!
Prends les rubans que l'on t'apporte. .
Ah ! s'il en pleuvait à ma porte,
3Ia foi !
J'aurais d'autres atours que toi!
Laly Galine.
Cousine, on ne fait pas son sort ; Le mien est d'être une humble femme.
Les joyaux n'échauflFent point l'âme, Un cheveu qu'on aime est plus fort.
Sa chanson. . . tu sais bien laquelle?
Je chante et je pleure avec elle.
Crois-moi!
Je chante plus souvent que toi.
Marina.
Eh bien, tu pleures trop souvent
On te trouve déjà pâlie;
Moi, de peur d'être moins jolie,
Je jetterais la plume au vent.
Sous tes pieds tu mets ta fortune;
Si mes beaux yeux m'en donnaient une,
Ma foi !
Je serais plus fine que toi!
Laly Galine.
Ma fortune? Il l'apportera.
Lorsque l'heure est toute sonnée, Je suis moins lourde d'une année, Car l'heure a dit : « Il reviendra ! » Va ! quelque pauvre qu'il revienne Et tende sa main vers la mienne,
Crois-moi !
Nous serons plus heureux que toi !
Jiochefort
LALY GALINE SEULE
Cardin de ma fenêtre, Ma seule terre à moi.
Avril fa fait renaître
N'cst-il bon que pour toi?
Tes fleurs moins chancelantes Se reparlent tout bas, Et moi, je sais deux plantes Qu'il ne réunit pas î
Combien de jours de fête Ont regardé mes pleurs Sans relever ma tête Pensive sur tes fleurs î
Mais celui qui fait l'heure Compte mon temps amer; II voit dans ma demeure Comme il voit dans la mer.
Ce soir une hirondelle Qui revenait des cieux A frôlé de son aile Tes bouquets gracieux.
Ta fraîche palissade A tremblé sous son cœur :
Vient-elle en ambassade De la part du bonheur?
Sans lune et sans étoile, Quand la nuit teint les flots, J'allume sous ton voile Ma lampe aux matelots ; Afin que l'humble flamme Qui s'épuise ardemment Comme un peu do mon âme Attire mon amant.
Mais du port, si le phare Mourait avant le jour,
Au marin qui s'égare Montre au loin mon séjour.
Dis-lui qu'à ma fenêtre, Toujours comme aujourd'hui, Les fleurs qu'il a fait naître S'illuminent pour lui.
Dans la nuit implorée Qui le ramènera.
Vers ma vitre éclairée Son âme montera.
Fais qu'après ma n eu vaine.
Au bout d'un an perdu, Ma lampe le ramène A mes bras suspendu.
Rochefort
LES DEUX MARINIERES
Marina.
'^NTEKDS-TU le canon du fort Pour le vaisseau qui rentre au port?
Mais, cousine, le capitaine Tient l'équipage en quarantaine !
Viens voir de loin le bâtiment Qui te ramène ton amant.
Lahj Galine.
Laisse-moi reprendre mon cœur Qui s'en va de joie et de peur.
J'avais rcvé cette nouvelle, Mais vois ! je suis moins forte qu'elle. . Cest ma neuvaine au roi des cieux Qui met de tels pleurs dans mes j'eux.
Marina.
Tu me fais rire avec tes pleurs :
Prends plutôt dentelles et fleurs!
Prends et puisque Dieu te l'envoie, Folle ! ne pleure pas de joio.
Car je sais que les amoureux N'aiment pas qu'on pleure pour eux.
Lahj Galine.
Que veux-tu ? Je suis faite ainsi, Et parfois l'homme pleure aussi.
Il n'est pas plus fier que moi-même, Cousine, et c'est pourquoi je l'aime.
Une larme sauve : autrement On mourrait de saisissement.
Marina.
Allons! viens, tu n'en finis pas!
Viens ! Tout le monde court là-bas
Au salut du canon qui roule.
Ton marin te croit dans la foule; C'est la lenteur qui fait mourir; Moi, mes pieds brûlent de courir.
Laly Galine.
Marina, laisse-moi m'asseoir. . . .
Je serai plus forte ce soir.
Il est là, j'ai le temps d'attendre; S'il parlait, on pourrait l'entendre!
Gomme l'oiseau qui suit le vent, Mon âme est allée en avant.
Marina.
Mon âme est partout où je cours, Et je m'endors aux longs discours.
Ta vie est comme une prière Qui craint le bruit et la lumière.
Pour moi, sans bruit et sans soleil, Le temps serait un long sommeil.
Laly Galine.
"La soir sera beau, Marina, Dans la barque qu'il dessina.
L:i TUiit n'y .sera ]»lns amt-re. . . . A[ais je veirx embrasser ma mère !
Va chercher du bruit pour ton cœur Dieu fait à chacun son bonheur !
Rochefort