‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 29 sur 112 · SIMPLE HISTOIRE · texte numérisé non relu

SIMPLE HISTOIRE

oJ^^D m'as connue au temps des roses, Quand les colombes sont écloses ; Tes yeux alors pleins de soleil Ont brillé sur mon teint vermeil.

Souriante à ma destinée, Par ta douce force entraînée, Je ne t'aimai pas à demi, Mon jeune ami, mon seul ami !

A l'étonnement de nos âmes.

Tout jetait des fleurs et des flammes;

Une feuille, un bruit de roseaux

Nous semblaient des hymnes d'oiseaux.

Quand ce beau temps sur notre tête Sonnait à chaque heure une fête, Nous n'étions mortels qu'à demi, Mon jeune ami, mon seul aini !

Puis tu t"«n allas vers ta mère, Et la vie eut une ombre amère; Autour de mou sort languissant, .

L'été même allait pâlissant.

Les roses me paraient encore; Mais déjà, pleurant l'autre aurore, Je n'aimai plus rien qu'à demi, Sans mon ami, mon seul ami!

Un jour, rinvinci»»le espérance Poussa ton vaisseau vers la France :

Tu me ranimas sur ton cœur. . . .

Jeune, on ne meurt pas de bonheur!

3Iais la guerre appelait tes armes. . . Sous tant de baisers et de larmes.

Je ne t'ai revu qu'à demi, Mon jeune ami, mon seul ami!

Plus tard, un enfant du village Accourut, tout pâle au visage.

Disant : ( Voulez-vous le revoir?

Demain ce sera sans espoir.

Déjà les prières sont faites, Venez vite ; comme vous êtes. . .

Et je revins morte à demi.

Mon pauvre ami! mon seul ami!

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