‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 50 sur 112 · ONDINE A L'ÉCOLE · texte numérisé non relu

ONDINE A L'ÉCOLE

?V^ous entriez, Ondine, à cette porte étroite, Quand vous étiez petite, et vous vous teniez droite; Et quelque long carton sous votre bras passé Vous donnait on ne sait quel air grave et sensé Qui vous rendait charmante. Aussi, votre maîtresse Vous regardait venir, et fière avec tendresse, Opposant votre calme aux rires triomphants, Vous montrait pour exemple k son peuple d'enfants; Et du nid studieux l'harmonie argentine Poussait à votre vue : « Ondine! Ondine! Ondine! i> Car vous teniez déjà votre palme à la main, Et l'ange du savoir hantait votre chemin.

Moi, penchée au balcon qui surmontait la rue,

Comme une sentinelle k son heure accourue,

Je poursuivais des yeux mon mobile trésor.

Et disparue enfin je vous voyais encor.

Vous entraîniez mon âme avec vous, fille aimée,

Et je vous embrassais par la porte fermée.

Quel temps! De tous ces jours d'école et de soleil

Qui hâtaient la pensée à votre front vermeil,

De ces flots de peinture et de grâce inspirée.

L'âme sort-elle heureuse, ô ma douce lettrée?

Dites^ si quelque femme avec votre candeur

En passant par la gloire est allée au bonheur? . . .

Oh! que vous me manquiez, jeune âme de mon âme! Quel effroi de sentir s'éloigner une flamme Que j'avais mise au monde, et qui venait de moi. Et qui s'en allait seule: Ondine! quel effroi!

Oui, proclamé vainqueur parmi le.s jeunes filles. Quand votre nom montait dans toutes les familles, Vos lauriers m'alarmaient à l'ardeur des flambeaux : Ils cachaient vos cheveux que j'avais faits si beaux ! Non, voile plus divin, non, plus riche jiarure N'a jamais d'un enfant ombragé la figure.

Sur ce flot ruisselant qui vous g;ir<l;iit du jour Le poids d'une couronne oppressait mon amour. Vos maîtres étaient tiers et moi j'étais tremblante; J'avais peur d'attiser l'auréole brûlante, Et, troublée aux parfums de si précoces fleurs, Vois-tu, j'en ai payé l'éclat par bien des pleurs.

Comprends tout J'avais vu tant de fleurs consumées !

Tant de mères mourir, de leur amour blâmées!

Ne sachant bien qu'aimer, je priais Dieu pour vous,

Pour qu'il te gardât simple et tendre comme nous ;

Et toi tu souriais, intrépide à m'apprendre

Ce que Dieu t'ordonnait, ce qu'il fallait comprendre.

Muse, aujourd'hui, dis-nous dans ta pure candeur

Si Dieu te l'ordonnait, du moins, pour ton bonheur?

INES

"^E ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée, Toi, la plus douloureuse, et non la moins aimée! Toi, rentrée en mon sein, je ne dis rien de toi Qui souffres, qui te jjlains, et qui meurs avec moi

Le sais-tu maintenant, ô jalouse adorée, Ce que je te vouais de tendresse ignorée? Connais-tu maintenant, me l'ayant emporté, Mon cœur qui bat si triste et pleure k ton côté ?

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