‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 53 sur 112 · LA MÈRE QUI PLEURE · texte numérisé non relu

LA MÈRE QUI PLEURE

V^'ai presque perdu la vue A suivre le jeuue oiseau Qui, du sommet d'un roseau, S'est élancé vers la nue.

S'il ne doit plus revenir, Pourquoi in'r-n ressouvenir?

Bouquet vivant d'étincelles, Il descendit du soleil, Eblouissant mon réveil Au battement de ses ailes.

S'il ne doit plus revenir, Pourquoi m'en ressouvenir?

Prompt comme nn ramier sauvage, Après l'hymne du bonheur, Il s'oiivola de mon cœur. Tant il craignait l'esclavage!

S'il ne doit plus revenir, Pourquoi m'en ressouvenir?

De tendresse et de mj'stère Dès qu'il eut rempli ces lieux, Il emporta vers les cieux Tout mon espoir de la terre !

S'il ne doit plii.s revenir.

Pourquoi m'en ressouvenir?

Son chant que ma voix prolonge

Plane encor sur ma raison,

Et dans ma triste maison

Je n'entends chanter qu'un songe.

S'il ne doit plus revenir, Pourquoi m'en ressouvenir?

Le jour ne peut redescendre Dans l'ombre où son vol a lui.

Et pour monter jusqu'à lui Mes ailes ont trop de cendre.

S'il ne doit plus revenir, Pourquoi m'en ressouvenir?

Comme l'air qui va si vite, Sois libre, ô mon jeune oiseau !

Mais que devient le roseau, Quand son doux chanteur le quitte 1

S'il ne doit plus revenir, Pourquoi m'en ressouvenir?

l'AMlI.LK

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