‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 52 sur 112 · LA VOIX PERDUE · texte numérisé non relu

LA VOIX PERDUE

( Ma nilp Inès }

La jeune fillf,.

^^j^A mère, entendez-vous, quand la lune est levée, L'oiseau qui la salue en veillant sa couvée? Ne fait-il pas rêver les arbres endormis ? Pourquoi chante-t-il seul ! Il n'a donc pas d'amis?

La mère.

11 en a! Des bannis il soulage la route; Dans tous ces nids couchés on le bénit sans doute. Il parle à quelque mère humble et pareille à moi, A quelque enfant sauvage et charmant comme toi.

La jeune Jîlle.

Que je l'aime! Avec nous que je voudrais le prendre! Tout ce qu'il chante à Dieu que je voudrais l'apprendre!

Lui, s'il voulait venir, heureux dans notre amour, Nous lui forions aimer le monde et le grand jour.

La mère.

Il mourrait. Son destin est d'être solitaire ; De jeter ses sanglots, libre, entre ciel et terre ; D'attacher sa compagne, humble et pareille à moi, A son doux nid sauvage et charmant comme toi.

On a dit qu'autrefois, au sein d'une famille, Il vécut sous un front brûlant de jeune fille. Cet être harmonieux aimait l'ombre et les fleurs ; Nul ne pouvait l'entendre et retenir ses pleurs. Rossignol, il chantait aux errantes étoiles; Jeune fille, il pleurait, dérobe sous ses voiles.

La jeune fille.

Et la mère?

La mère.

Etait tendre et fièrc autant que moi De son enfant sauvage et charmant comme toi.

La jeune fille.

Après ? . . .

La mère.

De ce front ps'ilo où frissonnaient ses ailes L'oiseau voulait sortir et s'envoler par elles. Un jour, forçant le voile où gémissait sa voix, Il emporta le timbre et s'enfuit dans les bois.

La jeune Jille.

Après ? . . .

La mère.

L'enfant rêveur n'aima plus qu'en silence, Cherchant toujours le saule où l'oiseau se balance.

La jeune fille.

Et la mère ?

■ La mère.

Suivit, tendre et pareille à moi.

Son doux enfant muet et charmant comme toi!

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