‹ Poesies de Octave CremazieChapitre 18 sur 24 · A LA MÉMOIRE DE M. DE FENOUILLET · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE DE M. DE FENOUILLET

Sous le ciel radieux de la vieille patrie, Ah ! vous aviez rêvé la vieillesse embellie Par tous les souvenirs de votre doux printemps. Vous espériez dormir aux bords de la Durance Votre dernier sommeil, et donner à la France Ce qui restait de vos vieux ans.

Comme le voyageur dont la force succombe, Avant la fin du jour vous trouvez votre tombe ; Dans la coupe de vie, aux bords couverts de fiel, Où vous vous abreuviez sans murmure et sans plainte, La mort vous a laissé boire toute l'absinthe, Sans vous laisser goûter au miel.

On eût dit, en voyant, plein de sombres pensées Votre front refléter bien des douleur^ passées, Que jamais le bonheur ne vous avait souri ! Une douleur secrète avait brisé votre âme : Nulle main n'a donc pu verser un pur dictam Sur votre cœur endolori ?

Aviez-vous éprouvé la malice des hommes ? Ou plutôt trouviez-vous qu'ici-bas nous ne sommes Qu'un jouet d'un instant dans les mains du malheur ? Aviez-vous donc appris que l'existence avide, Hélas ! ne pouvait pas combler l'immense vide De ce gouffre sans fond que l'on nomme le cœur ?

Venus bien après vous dans cette sombre arène,

Où partout la douleur domine en souveraine,

Nous avons moins vécu, nous avons moins souffert.

Déjà l'illusion, à notre espoir ravie,

A fui loin de nos cœurs, et nous trouvons la vie

Plus aride que le désert.

POÉSIES

Vous laissez parmi nous une trace durable. Fidèle à vos amis, aux pauvres secourable, Des plus nobles vertus vous suivîtes la loi. Le ciel des plus beaux dons avait orné votre âme, Dont vous saviez toujours entretenir la flamme Aux éclairs du génie, aux rayons de la foi.

Votre esprit s'élevait à la hauteur sereine Où planent tous les rois de la pensée humaine. Et Dante, Bossuet, Goëthe, Chateaubriand, Étaient la source vive où votre intelligence S'enivrait chaque jour de force et de science, Et goûtait les splendeurs de ce concert géant.

Esclave du devoir, votre parole ardente

Voulut user trop tôt sa sève fécondante ;

Comme un soldat debout qui meurt l'arme à la main*

Vous luttiez corps à corps avec la maladie.

Vous disiez, ranimant votre force affaiblie :

Aujourd'hui le travail et le repos demain !

Demain, c'était la tombe, où la mort dure et sombre Vous donnait ce repos plein de silence et d'ombre Où nous irons un jour dormir à vos côtés ; Demain, c'était la mort sur la terre étrangère, Loin du beau ciel natal où mourut votre mère, Où dorment vos aïeux sur des bords enchantés.

Vous êtes maintenant dans le royaume morne, Où, plaisir et douleur, toute chose est sans borne. Mais, au seuil du tombeau, dans votre cœur pieux Vous reçûtes le pain de l'éternelle vie ; Sous ce divin soleil votre âme épanouie Sur l'aile de la foi s'est envolée aux cieux !

Lundi, 27 juin 1859.

LA FIANCEE DU MARIN

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