‹ Poesies de Octave CremazieChapitre 20 sur 24 · CASTELFIDARDO · texte numérisé non relu

CASTELFIDARDO

Ni les saintes vertus qui marchaient sur leurs pas, Belles comme la gloire et comme elle éternelles.

Non, tu n'as pas appris ces funestes doctrines Qui faussent les esprits et flétrissent le cœur, Et qui sèment partout le doute et la douleur Pour "moissonner la mort au milieu des ruines.

Ah ! qu'il nous soit permis de chanter votre gloire, 0 vous, dont les aïeux, en répandant leur sang Pour le nom de la France aux bords du Saint-Laurent, Ont fait les plus grands jours de notre jeune histoire.

Car ce vieux drapeau blanc, aux splendeurs séculaires, Qui vit tant de combats et brave tant de feux, A gardé, confondu dans ses plis glorieux, Le sang de vos aïeux et celui de nos pères.

Ces enfants des Normands et ces fils des Bretons Que la France a laissés aux rives canadiennes, Er chantant les grandeurs de leurs luttes anciennes, Diront avec orgueil vos exploits et vos noms.

0 dix-neuvième siècle, époque de merveilles !

Ton génie a créé des forces sans pareilles ;

Tu prends la foudre au ciel et la tiens dans ta main ;

Prompte comme l'éclair, la vapeur condensée

Emporte dans S3S bras uno foule pressée,

Et détruit pour jamais les longueurs du chemin.

La matière, ton dieu, t'a donné sa puissance, Les trésors de son sein et toute sa science ;

roÉsiES.

Les éléments vaincus s'inclinent devant toi ;

Tes marins ont sondé la mer et ses abîmes ;

Sous tes pieds dévorants les monts n'ont plus de cimes,

Et, glorieux, tu dis : L'avenir est à moi I

Eh bien, dans l'avenir, ce qui fera ta gloire Ce n'est pas ce progrès que l'on a peine à croire, Ni tes chemins de fer, ni leurs réseaux de feu ; Ce sera la légende, immortelle et bénie, De ces cœurs pleins de foi qui donnèrent leur vie Pour le droit et pour Dieu.

Dans vos asiles solitaires, Vous qui priez, vous qui pleurez, Offrant l'encens de vos prières, A l'ombre des parvis sacrés, Consolez-vous, bientôt le monde Qui vient d'enfanter ces héros Reverra, dans sa nuit profonde, Resplendir les divins flambeaux.

Foyer de force et de science, 0 vieille et sainte papauté, Qui brilles comme un phare immense De gloire et d'immortalité !

Malgré les fureurs de la haine, Malgré les peuples ameutés, Toujours ta majesté sereine Domine les flots irrités.

Bien souvent les rois en délire, Frappant la main qui les bénit, Ont voulu briser ton empire, Plus solide que le granit.

GASTELFIDARDO.

Ils s'écriaient dans leur démence :

— Renversons ce faible vieillard, Qui n'a, contre notre puissance, Que sa faiblesse pour rempart 1

Mais, rendus au pied de ce trône, Qui brille d'un éclat divin, Quand ils eurent sur ta couronne Porté leur sacrilège main, Ces fiers souverains de la terre, Éperdus, s'arrêtèrent là ; Derrière la chaire de Pierre Ils venaient de voir Jéhova.

Et, quand le vieux monde en ruines Sombrait dans les gouffres ouverts, Debout sur les saintes collines, Ta voix bénissait l'univers.

Et, dans cette nuit sans aurore Que feront les soleils mourants, Seule tu resteras encore Pour fermer les portes du Temps.

Québec, 27 décembre, 1860.

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