A MADAME DE STAËL
Au sein de Parthénope as-tu goûté la vie ?
Dans Le tombeau du monde apprenons à mourir 1 Sur cette terre en Tain , splendidement servie ,
Le même astre immortel règne sans se couvrir.
En vain, depuis les nuits des hautes origines ,
Un ciel inaltérable y luit d’un fixe azur,
Et comme un dais sans plis au front des Sept-Collines , S’étend des monts Sabins jusqu’à la tour d’Astur.
Un esprit de tristesse immuable et profonde Habite dans ces lieux et conduit pas à pas;
Hors l’écho du passé , pas de voix qui réponde :
Le souvenir vous gagne , et le présent n’est pas.
Accouru de l’Olympe, au matin de Cybèle ,
Là Saturne apporta l’anneau des jours anciens ;
Janus assis scella la chaîne encor nouvelle ;
Vinrent les longs loisirs des rois Arcadiens.
Et sans quitter la chaîne, en descendant d’Evandre, On peut, d’or ou d’airain , tout faire retentir: Chaque pierre a son nom, tout mont garde sa cen- Vieux roi mystérieux, Scipion ou martyr. [dre,
Avoir été , c’est Rome aujourd’hui tout entière. Janus ici lui-même apparaît mutilé : *
Son front vers l’avenir n’a forme ni lumière,
L’autre front seul regarde un passé désolé.
Et quels aigles pourraient lui porter les augures, Quelle Sibylle encor lui chanter l’avenir ?
Ahl le monde vieillit, les nuits se font obscures... Et nous venus si tard , et pour tout voir finir ,
Nous, rêveurs d’un moment, qui voulons des asiles, Sans plus nous émouvoir des spectacles amers , Dans la ville éternelle , il nous siérait, tranquilles , Au bout de son déclin, d’attendre l’univers.
Voilà de Cestius la pyramide antique ; [tombeaux *. L’ombre au bas s’en prolonge et meurt dans les Le soir étend son deuil et plus avant m’explique La scène d’alentour, sans voix et sans (lambeaux.
Comme une cloche au loin confusément vibrante , La cime des hauts pins résonne et pleure au vent :
* Le cimetière des protestans à Rome.