‹ Poésies de Sainte-BeuveChapitre 15 sur 39 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

Seul bruit dans la nature , on la croirait mourante ; Et, parmi ces tombeaux, moi donc, suis-je vivant ?

Heure mélancolique où tout se décolore Et suit d’un vague adieu l’astre précipité !

Les étoiles au ciel ne brillent pas encore :

Espace entre la vie et l’immortalité 1

Mais, quand la nuit bientôt s’allume et nous appelle Avec 6es yeux sans nombre ardens et plus profonds, L’esprit se reconnaît, sentinelle fidèle ,

Et fait 6Îgne à son cbar aux lointains horizons.

C’est ainsi que ton œil , ô ma noble compagne ,

Beau comme ceux des nuits, à temps m’a rencontré ; Et je reçois de toi , quand le doute me gagne , Vérité, sentiment, en un rayon sacré.

Celui qui dans ta main sentit presser la sienne , Pourrait-il du destin désespérer jamais ?

Rien de grand avec toi que le bon n’entretienne , Et le chemin aimable est près des hauts sommets.

Tant de trésors voisins, dont un peuple se sévre , Tentent ton libre esprit et font fête à ton cœur. Laisse-moi découvrir son secret à ta lèvre ,

Quand le fleuve éloquent y découle en vainqueur !

De ceux des temps anciens et de ceux de nos âges Longtemps nous parlerons, vengeant chaque immolé

Et quand, vers le bosquet des pieux et des sages, Nous viendrons au dernier, à ton père exilé *,

Si ferme jusqu’au bout en lui-même et si maître , Si tendre au genre humain par oubli de tout fiel , Nous bénirons celui que je n’ai pu connaître, Mais qui m’est révélé dans tou deuil éternel i

* M. Necker était mort assez peu de temps avant cette pièce, qui doit dater de 1805.

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