‹ Poésies de Sainte-BeuveChapitre 16 sur 39 · VIRGILE · texte numérisé non relu

VIRGILE

L’enfant ayant aperçu ( A l’insu

De sa mère , à peine absente ) , Pendant au premier rameau De l’ormeau Une grappe mûrissante ;

L’enfant, à trois ans venu,

Fort et nu ,

Qui jouait sur la belle herbe , N’a pu , sans vite en vouloir, N’a pu voir

Briller le raisin superbe.

Il a couru ! ses dix doigts A la fois,

Comme autour d’une corbeille,

Tirent la grappe qui rit Dans son fruit.

Iluvez , buvez , jeune abeille!

La grappe est un peu trop haut; Donc il faut

Que l’enfant hausse sa lèvre.

Sa lèvre au fruit déjà prend ,

Il s’y pend ,

Il y pend comme la chèvre.

Oh ! comme il pousse en dehors Tout 6on corps,

Petit ventre de Silène,

Reins cambrés , plus fléchissans En leur sens

Que la vigne qu’il ramène.

A deux mains le grain foulé A coulé ;

Douce liqueur étrangère 1 Tel, plus jeune, il embrassait Et pressait

La mamelle de sa mère.

Age heureux et sans soupçon !

Au gazon

Que vois-je? un serpent se glisse , Le même serpent qu’on dit Qui mordit ,

Proche d’Orphée, Eurydice.

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