‹ Poésies de Sainte-BeuveChapitre 20 sur 39 · A M. DE SALVANDY · texte numérisé non relu

A M. DE SALVANDY

Aux généreux amis tombés dans des mêlées ,

11 faut , plus faible, au moins garder foi jusqu’au soir.

Peut-être à tous les voeux de la jeunesse enfuie Il ne faut pas toujours dire qu’on a failli.

Pour l’avenir qui naît et pour sa jeune vie On peut croire au fruit d’or qu’on n’aura pas cueilli.

Il serait bon d’ailleurs ( et même pour l’exemple , Dans les rôles divers, c’en serait un bien sûr ),

Que quand tous à la fête , à la ville , à son temple , Se hâtent, l’un restât, servant l’autel obscur.

Comme moi vous savez une dame au bocage ,

{Las! aujourd’hui luttant contre un mal inhumain!), Qui ne veu-t qu’une allée en tout son vaste ombrage , Et de qui l’on a dit : « Elle est dans son chemin ! »

Ob! que je fasse ainsi sur ma maigre colline ,

Vers les scabreux penchans où la chèvre me suit! Qu’en mon caprice même un sentier se dessine, Tournant, et non brisé, de l’aurore à la nuit!

Pourtant la solitude a ses heures amères;

Des cités , je le sais, parfois un vent nous vient,

Une poussière , un cri , qui corrompt les chimères Et relance au désir un cœur qui se retient.

Alors tout l’être souffre ! on aspire le monde,

On y voudrait aussi sa force et son emploi.

On dit non au désert , à la verdure , à l’onde ;

Et les zéphyrs troublés ne savent pas pourquoi.

Peut-être, hélas! l’envie au pauvre cœur va naître, Et cet amour haineux de l’éclat qu’on n’a pas ;

Mais si soudain alors , vous frappant sous le hêtre , Un appel éloigné lève et suspend vos pas;

Si , du prochain cortège où la foule se presse ,

Une voix rompt ce cri tout à l’heure importun ,

Si , de dessus la haie où l’épine se dresse,

La bienveillance en fleurs envoie un bon parfum,

Alors, tout refusant ce qui n’est point possible,

On est touché du moins, et, d’un cœur non jaloux , On reprend son sentier et la pente insensible,

Et pour longtemps les bois et l’oubli sont plus doux.

Sound

Page 1