A J. -J. AMPÈRE
Ces places, à nous seuls longtemps recommandées , Mêlant au vaste aspect la douceur des idées,
Voilà , dans ces grands lieux, à l’écart et sans bruit , Ce que ma fuite espère et tout d’abord poursuit.
Laissant les bords nombreux où le regard hésite , Aussitôt arrivé , j’ai donc choisi mon site Aux bosquets odorans d’une blanche villa, Cherchant l’endroit, le banc, et me disant : C’est là 1 Il était soir ; le jour , dans sa pénible trace,
Avait chargé le lac d’orage et de menace ;
Mais, comme dans la vie on voit souvent aussi,
Le couchant soulevait ce lourd voile éclairci.
Je m’assis solitaire , et là , pensant à celle
Qui m’avait dit d’aller et de m’asseoir comme elle,
Je méditais les flots et le ciel suspendu ,
Le silence lui seul et le calme entendu ,
La couleur des reflets. La nue un peu brisée Jetait un gris de perle à la vague irisée,
Et le lac infini fuyait dans sa longueur.
Celte tranquillité me distillait au cœur Un charme , qui d’abord aux larmes nous convie :
« Oh I disais-je en mon vœu , rien qu’une telle vie , Rien qu’un destin pareil au jour qu’on vient d’avoir, Lourd, orageux aussi , mais avec uu tel soir ! »
A Lausanne , aussitôt que la barque m’y jette, Qu’ai-je fait? tout d’un bond j’ai cherché la Retraite, C’est le nom (près de là) de la douce maison ,
Où des amis bien chers ont fait une saison.
Us m’en parlaient toujours d’une secrète joie.
Le lac vu du jardin , ces grands monts de Savoie
Tout en face , si beaux au couchant enflammé... , J’ai voulu prendre un peu de ce qu’ils ont aimé.
Je suis allé , courant comme à la découverte , Demandant le chemin à chaque maison verte ;
Tant que , lisant le nom sur la barrière écrit,
Je m’y sois arrêté d’un regard qui sourit;
Et, sans entrer plus loin (car si matin je n’ose ) , J’ai tout vu du dehors , comme , hélas 1 toute chose. Enfin j’ai côtoyé, j’ai compris ce doux lieu ;
A mes amis, un soir d’hiver, au coin du feu,
Je dirai : Je l’ai vu; je pourrai leur répondre,
Et , sur un point de plus, l’ame ira se confondre.
A Thoun , miroir si pur, de granit encadré,
Je voguais, à la main tenant mon cher André, Négligemment , sans but... Tout d’un coup, à la page Où je lisais le moins, je saisis un passage :
O Thoun , onde sacrée I * — - Il a vu ces grands bords , Jeune, il a dénombré leurs sauvages trésors.
Il les voulait revoir , quand l’amour infidèle Le délaissait en proie à sa flamme moins belle;
Il «’y ^roulait guérir 1 — L’eau , les monts et les cieux Ont redoublé d’attrait. Le roc mystérieux Qu’il m’indique en ses vers , et le creux qui s’enfonce , Le voilà, plus présent quand c’est lui qui l’annonce. Il y cherchait, blessé, comme un asile sûr. [scur ! Mon cœur, aux mêmes lieux traînons mon deuil ob-
Ainsi, je vais en art , en amitié secrète
André Chénier, Élégie AO®.
A J.-î. AMPÈRE.
Observant les sentiers. Ainsi, fais, ô poète,
Ainsi , fais de tes jours ! et quand l’homme bruyant , Qu’on réputé là-bas solide et patient,
Jusqu’à trois fois peut-être, en sa lourde carrière, Change d’opinions et de vaine bannière ,
Toi qui parais volage et souvent égaré,
Passe ta vie à suivre un vestige adoré!