‹ Poésies de Sainte-BeuveChapitre 33 sur 39 · A MON AMI CH. LABITTE · texte numérisé non relu

A MON AMI CH. LABITTE

En voyant, jusqu’ici ce que j’ai vu si peu ,

La nature et sa gloire, et sa simple harmonie .

Au sombre fond des pins cette douceur unie Des saules en cordon , feuillage pâle et bleu :

En voyant ces épis , sous des rayons de feu ,

Ou blonds , ou d’or ardent et la tête brunie ,

Ou verts de tige encor, toute une onde infinie,

Et que demain la faux nivelle d’un seul jeu;

En voyant, Emmenthal*, verdoyer ta vallée,

Et luire au grand soleil, épaissie, émaillée,

Cette herbe la plus tendre au regard qui s’y prend ,

Je pensais : Que ne puisse ainsi peindre en mon style ! Comme on dirait alors : Sa nuance est facile 1 Comme on dirait de moi ; Son art est transparent 1

* L'Emmenthal , riche portion du canton de Berne.

% ï&mfsi’re.

— Les lieux sont beaux et grands ; ils parlent un langage

À d’abord étonner, à remplir sans partage ,

A faire qu’on s’arrête â leur gloire soumis ,

Et qu’Ithaque un instant s’oublie , et les amis.

Et pourtant, et bientôt, cette nature immense Laisse un grand vide au cœur et le tient à distance , Et tous ces monts glacés qu’à l’horizon je vois,

Pour m’y bercer de loin , n’ont pas même les bois. Oh! j’ai besoin toujours, quelque lieu qui m’appelle, De l’homme et des amis, du souvenir fidèle,

De ressaisir au cœur l’écho du cœur sorti ,

De chercher au sentier ce qu’un autre a senti !

De ce cadre si fier par les monts qu’il assemble , Dans un détail chéri , l’on goûte mieux l’ensemble , En y prenant pour guide un rayon préféré ,

Le tout plus tendrement s’éclaire à notre gré.

Un banc au bord du lac, un ombrage, une allée Où d’avance l’on sait qu’une ame , un jour voilée , S’est assise en pleurant ; des rocs nus et déserts , Mais qu’un chantre qu’on aime a nommés dans ses vers :

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