A MON AMI CH. LABITTE
En voyant, jusqu’ici ce que j’ai vu si peu ,
La nature et sa gloire, et sa simple harmonie .
Au sombre fond des pins cette douceur unie Des saules en cordon , feuillage pâle et bleu :
En voyant ces épis , sous des rayons de feu ,
Ou blonds , ou d’or ardent et la tête brunie ,
Ou verts de tige encor, toute une onde infinie,
Et que demain la faux nivelle d’un seul jeu;
En voyant, Emmenthal*, verdoyer ta vallée,
Et luire au grand soleil, épaissie, émaillée,
Cette herbe la plus tendre au regard qui s’y prend ,
Je pensais : Que ne puisse ainsi peindre en mon style ! Comme on dirait alors : Sa nuance est facile 1 Comme on dirait de moi ; Son art est transparent 1
* L'Emmenthal , riche portion du canton de Berne.
% ï&mfsi’re.
— Les lieux sont beaux et grands ; ils parlent un langage
À d’abord étonner, à remplir sans partage ,
A faire qu’on s’arrête â leur gloire soumis ,
Et qu’Ithaque un instant s’oublie , et les amis.
Et pourtant, et bientôt, cette nature immense Laisse un grand vide au cœur et le tient à distance , Et tous ces monts glacés qu’à l’horizon je vois,
Pour m’y bercer de loin , n’ont pas même les bois. Oh! j’ai besoin toujours, quelque lieu qui m’appelle, De l’homme et des amis, du souvenir fidèle,
De ressaisir au cœur l’écho du cœur sorti ,
De chercher au sentier ce qu’un autre a senti !
De ce cadre si fier par les monts qu’il assemble , Dans un détail chéri , l’on goûte mieux l’ensemble , En y prenant pour guide un rayon préféré ,
Le tout plus tendrement s’éclaire à notre gré.
Un banc au bord du lac, un ombrage, une allée Où d’avance l’on sait qu’une ame , un jour voilée , S’est assise en pleurant ; des rocs nus et déserts , Mais qu’un chantre qu’on aime a nommés dans ses vers :