A M. ET MADAME OLIVIER
Peut-être il me prendrait une espérance pure,
Un magnanime essor comme en mes nobles jours.
Peut-être , à tous ces vœux d’humanité plus grande , Dont le rêve, si cher, de près s’en est allé,
J’allais rouvrir enfin un cœur qui les demande ,
Qui , jeune , les reçut, et que rien n’a souillé.
Peut-être , en ces beaux flots noyant toute tristesse , Sur cet intègre autel écoutant l’avenir ,
J’allais, au vent qui chasse intrigue et petitesse, Aspirer le saint but qu’on ne pourra ternir.
Peut-être, aux fiers sermens pour cette cause aimée J’allais redire encor : Ce n’était pas en vain!
Ce qui se joue ailleurs n’est que bruit et fumée. N’est que boue et poussière : atteignons à la fin !
Et j’ai touché ces lieux de si sévère attente,
J’ai vu leur grandeur simple , et j’ai tout admiré; Mais rien qu’eux n’a brillé dans mon ame éclatante, Et mon passé plutôt, tout d’abord , a pleuré.
Il a pleuré de voir ce Rutli des vieux âges , Perpétuelle source à de durables mœurs ,
L’humble chapelle encore au bas des rocs sauvages, Et le héros toujours salué des rameurs.
Amertume et dédain que les gloires taries,
Quand les mots ont tué toute vertu d’agir ,
Quand l’astuce et la peur...! Heureuses les patries Dont on peut repasser les grands jours sans rougir !
Tel donc , ô mes amis , au lac , à la montagne J’allaÎ3, cherchant en moi ce qui se retirait :
Mais quand, la9 de chercher, au vallon qui me gagne Je suis venu m’asseoir sous votre toit secret ,
J’ai vu la paix du cœur, l’union assurée ,
Le saint contentement des biens qu’on a trouvés ,
Et les grâces au ciel pour leur seule durée ,
Et le renoncement des autres biens rêvés;
J’ai vu l’intelligence en sa démarche à l’aise,
Sans s’user aux détours, suivant un but voulu ; L’étude simple et haute où trop d’essor s’apaise;
En face des grands monts, Dante parfois relu;
Parfois, la poésie en prière élancée,
Du même heureux sillon laissant monter deux voix; Vos destins s’enfermant, mais non votre pensée,
Et le monde embrassé du rivage avec choix.
Des vrais dons naturels j’ai compris l’assemblago ,
La force antique encore et l’antique douceur;
Et causant d’aujourd’hui , de ce Paris volage A table je goûtais le chamois du chasseur.
Ce que je n’ai pas dit à la montagne austère,
A la chapelle, au lac qui m’a laissé mon deuil !
Mes amis , je le dis à l’ombre salutaire,
Au foyer domestique, au cordial accueil,
Aux vertus du dedans, partout , toujours possibles, Au bonheur résigné , sobre et prudent trésor,
Au devoir modérant les tendresses sensibles :
Amis, en vous quittant, — salut ! je crois encor 1
Aigle.
% ^rt^ttmf! 31.
Jamais je n’ai couru lacs, montagnes et plaines,
Ou les hameaux épars, ou les cités si pleines,
Tant d’échos où de nous nul bruit ne retentit,
Sans mieux sentir en moi , d’impression profonde , Combien grand est le monde ,
Combien l’homme petit !
Je n’ai jamais, de près, tu la ville où je passe,
Les secrets coins du monde où le hasard me chasse , Sans admirer leur prix hors de nos vains débats,
De tant d’esprits divers sans saluer le nombre ,
Plus solides dans l’ombre Et qu’on ne saura pas.
Je n’ai jamais vécu d’hospitalière vie ,
Pèlerin de passage, au toit qui me convie ,
Sans éprouver qu’il est encor de bonnes gens,
Des justes à sauver la vertu sur la terre ,
A consoler le Père Dans les cieux indulgens.
Non plus, je n’ai jamais, au retour d’une absence, Revu Paris si cher, sans mieux voir sa puissance ,
158 PENSÉES D’AOÜT.
Sans y plus admirer tant de noms rattachés; Surtout sans raccourir , d’une amitié plus tendre , Vers qui veut bien m’attendre ,
Vers les amis cachés !
% madame ia 8£. <V S.
[ A vous, madame, j’ose adresser et comme retraduire ce que vous m’avez vous-même raconté. Heureux je m’estimerai dans ce récit, si vous daignez le reconnaître; heureux si ceux qui le lisent ressentent quelque chose de l’intérêt dont j’ai été saisi en vous écoutant ! ]
S axe a ut effigies bacchantis.