A VICTOR PA VIE
Ami, c’est assez de vous dire :
Apaisez votre cœur, car vous avez trouvé Le seul objet absent , le bien longtemps rêvé , Longtemps votre vague martyre J
Apaisez votre cœur, car il n’est que trop plein;
Car , hormis vos bons pleurs sur le pieux déclin De la mère de votre père ,
Vous n’eûtes à pleurer qu’au soir, en promeneur, En sublime égaré qui va sous le Seigneur,
Et qui jamais ne désespère I
Car sans relâche en vous, élancemens, désirs, L’amitié, l’art, le beau, vos uniques soupirs , Mêlant des feux et des fumées ,
Formaient comme un autel trop chargé de présens, Où , nuit et jour, veillaient sous des vapeurs d’encens Les espérances enflammées.
Et c’était de tous points, dans l’actif univers , Retentissant en vous par salves de concerts,
Comme un chant d’orgue qui s’essaie,
D’un orgue mal dompté, mais sonore et puissant ,
A l’Océan ému pareil , et mugissant,
Et dont le timbre humain s’elïraie ;
Jusqu’à ce que , rompant ces échos du Sina ,
Une note plus claire, un Salve Regina Tout à coup repousse la brume ,
Se glisse, s’insinue aux rameaux trop épais,
Donne au confus murmure un air divin de paix,
Et blanchisse la belle écume !
Apaisez votre cœur , car jusqu’ici vos nuits S’en allaient sans rosée en orageux ennuis ,
Et vous fatiguaient de mystères;
Les étoiles, sur vous, inquiétans soleils,
Nouaient leurs mille nœuds, et de feux nomparcils Brûlaient vos rêves solitaires I
Jusqu’à ce que, naissant à propos , ait marché Une étoile plus blanche; et d’un flambeau penché Elle a mis son jour sur la scène ,
Et la molle lueur a débrouillé les deux,
Et les nœuds ont fait place au chœur harmonieux Que la lune paisible mène.
Et, la lune endormie à son tour se couchant ,
Tout bientôt ne devient, le matin approchant , Qu’une même et tendre lumière ,
Comme en venant j’ai vu , vers l’aube , près de Blois, Ciel, coteaux, tout blanchir et nager à la fois En votre Loire hospitalière î
Aux R ange arrière s , près Angers , 4 août 1835.
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