A JÉSUS CRUCIFIÉ
Ce qui m’excite à t’aimer , ô mon Dieu ,
Ce n’est pas l’heureux ciel que mon espoir devance Ce qui m’excite à t’éparguer l’offense ,
Ce n’est pas l’enfer sombre et l’horreur de son feu !
C’est toi, mon Dieu , toi par ton libre vœü Cloué sur cette croix où t’atteint l’insolence ;
C’est ton saint corps sous l’épine et la lance ,
Où tous les aiguillons de la mort sont enjeu.
Voilà ce qui m’éprend, et d’amour si suprême ,
O mon Dieu, que, sans ciel même , je t’aimerais ; Que , même sans enfer, encor je te craindrais!
Tu n’as rien à donner, mon Dieu , pour que je t’aime Car, si profond que soit mon espoir, en l’ôtant, Mon amour irait seul, et t’aimerait autant!
Tu te révoltes , tu t’irrites,
O mon ame , de ce que tel Ne comprend pas tous tes mérites Et met ton talent sous l’autel ;
Tu t’en aigris; mais, ame vaine, Pourquoi , d’un soin aussi profond , N’es-tu pas prompte à tirer peine De ce que d’autres te surfont :
De ce que tout lecteur sincère ,
Te prenant au mot de devoir,
Te tient en son estime chère Bien plus que tu sais ne valoir ?
Oh 1 plus sage , mieux attristée ,
Tu souffrirais amèrement De la faveur imméritée Plus que de l’injure , estimant
Que dans cette humaine monnaie Ton prix encor est tout flatteur ,
Et que bien pauvre est la part vraie Aux yeux du seul Estimateur I
Nam eut
Quæ læduut oculos festinas demere : si quid Est animum, differs curandi tempus in annum? Horacb , Ép. II , liv. I.
Dans ce cabriolet de place j’examine L’homme qui me conduit, qui n’est plus que machine, Hideux, à barbe épaisse , à longs cheveux collés : Vice et vin et sommeil chargent ses yeux soûlés. Comment l’homme peut-il ainsi tomber? pensais-je, Et je me reculais à l’autre coiu du siège.
— Mais toi , qui vois si bien le mal à son dehors ,
La crapule poussée à l’abandon du corps ,
Comment tiens-tu ton ame au dedans ? Souvent pleine Et chargée , es-tu prompt à la mettre en haleine ?
Le matin , plus soigneux que l’homme d’à-côté ,
La laves-tu du songe épais ? et dégoûté ,
Le soir, la laves-tu du jour gros de poussière ?
Ne la laisses-tu pas sans baptême et prière S’engourdir et croupir, comme ce conducteur Dont l’immonde 6ourcil ne sent pas sa moiteur ?
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Les vieilles amitiés , si elles ne sont pas pour nous , demeurent contre nous, et c’est amer.
Lettres.
Chez lui, chez vous surtout, une aigreur s’est glissée; Elle dure et s’augmente , et corrompt la pensée. Vous lui pardonnez bien, mais en Dieu seulement, Et sans entendre à rien d’humain et de clément.
Et cette amitié morte au fond de vous remue;
Et si dans mon discours son ombre est revenue ,
Si le nom , par mégarde, irrite un souvenir,
Un sourire blessé ne se peut retenir,
Et vous rejetez loin l’affection trompée Comme on fait sous le pied la couleuvre coupée.
Et pourtant, dès l’enfance, en vos prés les plus verts , .Par vos jeux , par vos goûts ressemblons et divers , Aux plus beaux des vallons de votre Normandie , Vous, effeuillant déjà les fleurs qu’il étudie ;
Vous, plus brillant, plus gai de folie, et plus vain A dissiper, poèt", un trésor plus divin •
PENSÉES D’AOCT.
Lui plus grave, et pourtant aimable entre les sages S’éprenant des douceurs comme vous des orages ;
Et puis avec les ans tous les deux divisés
(Non de cœur) et menant vos sentiers moins croisés;
Lui dans la raison saine et l’étude suivie,
Et la possession plénière de la vie ,
Et l’obligeance heureuse , et tout ce qui s’accroît En estime, en savoir, sous un antique toit,
Et chaque jour enfin , dans sa route certaine , Tournant au docte Huet, — • mais vous au La Fontaine ;
Vous, pauvre ami sensible, avec vos tendres vers, Avec tous vos débris délicieux et chers;
Vos inquiets tourmens de choses si sacrées ,
Vos combats de désirs et vos fautes pleurées;
Tous deux liés toujours, vous d’erreurs assailli, Jusqu’en Dieu rejetant ce cœur trop défailli Qu’un bruit de blâme humain y va troubler encore ; Lui (ne l’enviez pas 1 ) jouissant qu’on l’honore ; Tous les deux, vous avez vieilli I
Oh 1 quand, après le charme et les belles années , I/amitié, déjà vieille , en nos âmes tournées S’ulcère et veut mourir, oh! c’est un mal afTrcux J Le passé tout entier boit un fiel douloureux.
L’ami qui de nous-même, hélas! faisait partie , Qu’en nous tenait vivant le nœud de sympathie ,
Cet ami qu’on portait, frappé d’un coup mortel , (J’en parle ayant souffert quelque chose de tel),
Est comme un enfant mort dans nos flancs avant l’heure ,
Qui remonte et 6'égaro et corrompt sa demeure ;
A ULR.
Car il ne peut sortir 1 Et ce fardeau si doux,
Qui réchauffait la vie ainsi doublée en nous ,
N’est plus qu’un ennemi , le fléau des entrailles. Pour te guérir alors, ô cœur saignant qui railles,
Ce n’est pas l’ironie et le sourire amer Qu’il faut , Juriste lueur de tout secret enfer !
Mais c’est un vrai pardon, et non, comme on le nomme ,
Un pardon en Dieu seul , mais aussi devant l’homme, Devant l’ami blessé , s’il se peut ; ne laissant En lui non plus qu’en nous nul poison renaissant. C’est en priant qu’Elie, ou le Dieu de Lazare, Réveille dans nos flancs cet enfant qui s’égare,
Le rende à notre chair sans plus l’aliéner,
Ou l’aide doucement de nous à s’éloigner.
J’ai souvent, dit Jean-Paul, le funèbre prophète, Cette fois plus touchant, • — j’ai souhaité pour fête D’être témoin sur terre, attentif et caché,
De tout cœur qu’un pardon aurait soudain touché, Et des embrassemens où le reproche expire ,
Quand l’ame que l’amour ranime à son empire, Comme un osier en fleur qu’un vent avait courbé , Violent, du côté du marais embourbé,
Se redresse au soleil et brille sur la haie Par le plus gai duvet de toute l’oseraie.
Mais quand l’aigreur mauvaise a duré trop longtemps, Quand le pardon se tait, c’est en vain qu’au printemps Vous marchez, seul et roi, dans vos plaines brillantes, L’ame ouverte aux parfums des forêts et des plantes, Admirant l’Océan où s’achèvent les cieux;
Car ce nuage prompt, cette ride en vos yeux ,
Qu’cst-ce ? sinon en vous un souvenir qui passe , Réveillé par le lieu peut-être , par la trace Qu’y laissa votre ami , discourant autrefois Avec vous de ces fleurs et du nom de ces bois, Et du dôme sans fond qui s’appuie à l’abîme... , Ou des molles erreurs qui furent votre crime.
Sms sonwfs
IMITÉS DE WOnDSWOBTIt.