‹ Poésies de SchillerChapitre 118 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

De rioflaence de It réfonne en Allemagne. — Motifs qui rtttachèrent U maison d'Antriche h la religion catholique. — > Appr^iatioA de la pafz d*Angsbonrg, — De la r^rve ecclésiastiqne. — DiTisions panni les protestants d'Allemagne. — Leur disposition à s'nnir eontre Pennemi commnn. -^ Politique conciliante de Ferdinand I<' et de Maximilien II. — > Rodolphe n. — Propagation de la réforme en Hongrie. — Menées anbitieuses deParchidoc Mtthiu. — Troubles en Bohême. — Concessions 4e Pempereur BodolphoII. — Lettre impériale. -— Troubles dansPouest 4e P Allemagne.— Aix'la-Chapelle est mis au ban de l'empire. — L'ar- «heTâque de Cologne embrasse )a religion protestante. — Il est chassé de ses États. — Nouvel échec des protestants à DonaWert. — > Union évangélique (itoa). — Ouverture de la succession de Juliers. — Projet d'intervention de Henri IV. — • Formation de la ligue catholique. — Avén^ ment de Hathiu (leit). — Nouveaux troubles en Bohème. — Le comte de Thurn. — Dânolition des églises de Klostergrab et de Braunau. -» Les membres protestants des états de la Bohème jettent le président et le conseiller de la chancellerie de Prague par les fenêtres du chAteau ( 1 6 1 s). ^ Révolte générale de la Bohème. ~~ Échec des troupes impériales sons BoncquoietDampierre. ~ Avènement de Ferdinand II ('1S19). — Les insurgés menacent Vienne. — Énergie du nouvel empereur. — L'électeur palatin Frédéric V est nommé roi de Bohème. — Son couronnement k Prague. — Désunion des chefs de l'Union. — Alliance de la Ligue avec Pempereur. — Bataille de la montagne Blanche (isto). -» Fuite de Frédéric V. — Reddition do Prague. — Ferdinand II déchire la lettre impériale. — Proscription du culte protestant en Bohème.

Depuis le commencement des guerres de religion en Allemagne; jusqu'à la paix de Munster, il ne s*est rien Çassédegrand ni deremarquable dans le monde politique,

qui n*ail été préparé par ces guerres. Tous les événemcnls importants de cette époque tiennent à la rérormation de Luther; s'ils n'en découlent pas toujours directemenU ils ont du moins été préparés par elle, et les plus grands comme les plus petits États en ont plus ou moins ressenti rinilùence.

C'est contre la réformation que TEspagne dirigea toutes ses forces politiques ; c'est à cause de la réformation qu'éclata en France une guerre civile qui, pendant quatre règnes orageux, ébranla les fondements de ce royaume^ attira l'étranger dans son^sein, et le convertit en une vaste scène de ravage3 et de destruction ; c'est dans la Iréformation que les Flamands puisèrent l'horreur du joug espagnol et le courage et la force de le briser; c'est par la réformation que Philippe 1! justifia, à ses propres yeux, la haine implacable qu'il avait vouée à la reine d'Angleterre, parce que cette reine s'était mise à la tête d'un parti religieux qu'il voulait anéantir, et parce qu'elle protégeait ouvertement les sujets protestants des États soumis à l'Espagne.

Les divisions de TÉglise entraînèrent l'Allemagne à des divisions politiques oui, après un demi-siècle de désordres et de combats, devinrent la base d'une digue formidable contre toute espèce d'oppression et d'injustice. C'est encore la réformation qui fournit à quelques puissances du nord, telles que le Danemark et la Suède, l'occasion déjouer, pour la première fois, un rôle dans le grand système politique de l'Europe, eau leur appui fortifia l'alliance des protestants et leur fournit à euxmêmes le moyen de s*agrandir. C'est ainsi que des royaumes, qui jusque-là n'avaient eu entre eux aucune relation , se sentirent rapprochés par des sympathies politiques. La réformation tic changea donc pas. seulement les rapports des citoyens entre eux, et ceux des souverains envers leurs sujets, mais elle plaça encore

tous les États de TEurope dans de nouvelles positions respectives. La bizarrerie de la marche des événements fit que le rapprochement de ces États devint la conséquence des divisions de TÉglise.

Les premiers effets des nouvelles sympathies politiques furent terribles; ils s'annoncèrent par une guerre qui, du fond de la Bohême jusqu'à Tembouchure de TEscaut, des rives du Pô jusque sur les côtes de la mer Baltique, dépeupla des contrées entières; par une guerre qui fit disparaître les moissons sous les pieds des chevaux et . sous les roues des canons, et convertit les villes et les villages en monôeaux de cendres. Et cette guerre qui dura trente ans, fit périr des milliers de combattants, ramena les mœurs sauvages et barbares du passé, et arrêta pendant près d*un demi-siècle, la marche de la civilisation douce et bienfaisante, dont quelques étincelles commençaient déjà à éclairer rAllemagne.

L'Europe cependant sortit victorieuse et libre de cette guerre terrible, où elle parut pour la première fois sous l'aspect imposant d'une grande association politique. La participation de chaque État en particulier à la destinée de tous, résultat naturel d'une pareille guerre, aurait suffi pour faire oublier les maux qu'elle avait causés d'abord, lors même que l'intelligence et l'activité des peuples ne les auraient pas promplement réparés. Bientôt il ne resta plus de celte longue lutte que le bien dont elle avait développé et mûri le germe ; et les sympathies politiques que les secousses, parties du fond de la Bohême, communiquèrent au reste de l'Europe, devinrent les garants de la durée de la paix de Westphalie.

Le feu de la dest!r'uction s'alluma au sein de la Bohême, et traversa la Moravie et l'Autriche pour aller incendier l'Allemagne, la France, la plus grande moitié de l'Europe enfîn. Puisse le flambeau de la civilisation.

qui depuis longtemps brille dans ces derniers ÉtatSy suivre la même route en sens inverse, et porter ses douces clartés dans les contrées d'où partit le brandon de la discorde!

La religion seule a pu rendre tous ces grands événements possibles; mais ce ne fut pas pour elle qu'ils avaient été entrepris. Si les intérêts privés et les intérêts publics n'étaient pas venus se joindre aux siens, jamais la voix des théologiens ni même celle des peuples n'auraient trouvé des princes si empressés à lui obéir; jamais les doctrines nouvelles n'auraient armé tant de zélés, tant de vaillants défenseurs. Les abus qui s'étaient glissés dans l'Église romaine, et les exigences outrées de ses ministres, avaient indigné les esprits éclairés, qui» entrevoyant la possibilité d'une réforme, la désiraient ardemment. 11 n'en est pas^moins incontestable que l'amour de l'indépendance et l'attrait du riche butin que promettait la destruction des monastères et des abbayes, augmentaient aux yeux de beaucoup de princes le mérite des doctrines de Luther; mais, pour les décider à défendre ouvertement ces doctrines, il fallait que des raisons d'État leur en fissent un devoir.

Ce fut parce que CharlesKîuint, dans l'enivrement de sa fortune rapide, attenta à la liberté politique de l'Allemagne, qu'une alliance protestante se forma en faveur de la liberté religieuse ; ce fut l'esprit de domination des Guises qui plaça les Condé et les Goligny à la tête des calvinistes français; et Rome perdit les Pays- Bas par les contributions exorbitantes qu'elle imposa à ces riches provinces. Les souverains s'armaient pour défendre ou agrandir leurs États; le fanatisme religieux leur recrutait des armées et leur livrait les richesses publiques; tandis que la partie des combattants qui n'avait pas été attirée sous leurs drapeaux par le seul espoir du butin, prodiguait son sang pour l'intérêt des

monarques» tout en croyant défendre une vérité sacrée.

Par bonheur pour les peuples, cette fois du moins» la cayse des princes était aussi la leur; mais cette conformité d'intérêts favorisait également les princes, car^ à cette époque, aucun d'eux ne régnait assez despotiquement pour pouvoir réaliser ses projets politiques sans le consentement de ses sujets, et ce consentement était toujours difGcile à obtenir. Les raisons d*État ne sauraient émouvoir les masses, parce qu'elles ne peuvent les comprendre; aussi la politique cherche-t-elle toujours à confondre ces raisons avec quelque intérêt populaire; et si cet intérêt n*existe pas elle l'invente. La plupart des souverains qui s'étaient déclarés en faveui de la réformation se trouvaient en ce cas : menacés dans leur existence politique par la puissance toujours croissante de la maison d'Autriche, ils cherchèrent à exciter la haine de leurs sujets contre cette maison, en la leur montrant cx)mme l'appui le plus redoutable du papisme.

On pourrait se demander pourquoi tous les monarques de l'Europe n'ont pas été également sensibles aux avantages que leur offrait la suppression d'une juridiction étrangère dans leurs États, et celle de la suprématie du pouvoir spirituel sur le temporel? pourquoi ils n'ont pas tous saisi avec empressement l'espoir de s^approprier les domaines des États ecclésiastiques, et de retenir à leur profit les sommes que l'Église faisait passer dans les caisses du saint-siége?

Au premier abord du moins, il parait surprenant, surtout, que les princes de la maison d'Autriche se soient constamment montrés sourds aux instances de la plupart de leurs peuples, et qu'ils aient refusé de s'enrichir et de s'agrandir aux dépens d'un clergé sans défense; car il serait aussi peu vraisemblable d'attribuer leur conduite à la conviction de l'infaillibilité de l'Église

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