‹ Poésies de SchillerChapitre 119 sur 258 · A*"IJ "P · texte numérisé non relu

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romaine, que de prétendre que la résistance des souverains protestants était le résultat de leur foi à l'excellence des doctrines de Luther.

En réfléchissant sur la situation de TEarope, on comprend sans peine que les princes autrichiens se sont faits les champions du pape» parce qu*i1s devaient leur puissance à l'Espagne et à Tltalie, deux pays aveuglément dévoués au saint-siége. Depuis les temps les plus reculés, l'Espagne avait donné des preuves de ce dévouement; la plus légère tendance de son souverain vers le protestantisme lui aurait coûté l'affection de ses sujets, et peut-être même la couronne : un roi d'Espagne devait rester catholique zélé, ou descendre du trône. L'Italie demandait plus de ménagements encore; car elle ne supportait qu'à regret le joug de l'étranger, et les oc^casionsde s'en affranchir ne lui manquaient pas, puisque la France, qui la convoitait presque ouvertement, était toujours prête à la seconder dans ses mouvements révolutionnaires.

I^s considérations générales qui réglaienl d'avance la conduite de tous les rois d'Espagne étaient plus puissantes encore pour Charles- Quint. Le premier soupçon d'hérésie qu'il s'était attiré lui avait coûté ses possessions d'Italie, et s'il avait continué à exciter la défiance des catholiques, les projets ambitieux qu'il poursuivait avec tant d'ardeur eussent infailliblement échoué. Au reste, lorsqu'il choisit enfin entre les deux partis, le protestantisme n'avait encore rien fait pour mériter son estime, et il était permis d'espérer que, par des concessions mutuelles, on éviterait la séparation définitive de l'Église.

L'éducation monacale de Philippe II, jointe à un caractère sombre et despotique , l'avaient rendu l'ennemi naturel de toute réforme religieuse; et le hasard qui fit que ses plus dangereux adversaires politiques fussent en même temps les ennemis du catholicisme, augmenta sa

haine contre la réformalion, dont les progrès devenaient toujours plus menaçants pour lui ; car il sentait combien il serait difficile de Tempêclier de pénétrer dans ses possessions des confms de rAllemagne. La force des choses fit donc de ce prince le plus ferme soutien de l'Église catholique et le chefv de la ligue papiste. La marche suivie sous les règnes si longs et si féconds en grands événements de Charles-Quint et de Philippe II, devait nécessairement devenir une loi i"K)ur les règnes suivants : aussi vit-on l'attachement de l'Espagne pour l'Église romaine s'accroître avec les divisions qui déchiraient le sein de cette Église.

Sous beaucoup de rapports la branche allemande de la maison d'Autriche paraissait plus libre; mais, en exami« nant de près sa position politique, on est forcé de reconnaître que des considérations puissantes enchaînaient également sa volonté. Un apostat de l'Église romaine n'aurait pu conserver la couronne du saint empire romain, et jamais personne n*aurait osé placer cette couronne, même de la pensée, sur une tète protestante. La dignité impériale devait donc nécessairement lier au saint- siège tous les successeurs de Ferdinand I", qui, lui-même, lui était attaché f)ar des motifs consciencieux et puisés dans de véritables convictions religieuses. Au reste ^ les princes autrichiens n'étaient pas assez puissants par eux-mêmes pour se passer de la protection de l'Espagne, que toute velléité hérétique leur eût fait perdre à l'instant; et, comme membres de la famille impériale, ils ne pouvaient se dispenser de défendre un système qui assurait l'hérédité de l'Empire à leur maison, avantage dont le protestantisme cherchait à les priver.

Si à toutes ces raisons d'État on ajoute l'indiiïérence des souverains protestants de l'Empire pour les calamités des empereurs, leur empiétement dans les affaires temporelles de TÉglise, et les passions haineuses qu'ils

laissaient éclater dès qu'ils étaient les plus lorts, oa comprendra sans peine que les empereurs ne se sont faits les champions des papes, que parce que leurs intérêts étaient les mêmes que ceux de la religion catholique. L'influence que la conduite des princes autrichiens exerça sur le sort de cette religion les rendit l'objet exclusif de la haine des protestants, qui s'accoutumèrent peu à peu à confondre les personnes des protecteurs avec les principes qu'ils protégeaient.

Hais les calculs ambitieux qui avaient fait de la maison d'Autriche Fadversaire irréconciliable du protestantisme, la rendirent en même temps l'ennemie la plus dangereuse de la liberté politique de l'Europe en général, et de chaque État allemand en particulier. Trop faibles pour résister isolément, ces États cherchèrent à sefortiôerpar des alliances, et parvinrent ainsi àformer une union capable de s'opposer à la puissance autrichienne.

Les motifs puissants qui guidaient les souverains étaient nuls pour leurs sujets, que les souffrances du moment ont seules le pouvoir d'impressionner. Et cependant une poUtique sage et bien entendue doit prévenir ces souffrances au lieu de les attendre pour agir. Heureusement pour Ces souverains, ils purent faire valoir un motif très-propre à passionner les peuples et à exciter chez eux un enthousiasme facile à mettre au service des dangers politiques. Ce motif, c'était la haine des peuples contre une reUgion que la maison d'Autriche protégeait de tout son pouvoir, et l'attachement exalté de ces mêmes peuples à une doctrine que cette maison cherchait à anéantir par le fer et par le feu.

Le fanatisme religieux ne craint que les dangers imaginaires, et l'enthousiasme ne calcule jamais les gacrifices qu'il s'impose. Pour l'intérêt de l'État et du fouverain, bien peu de bras se seraient armés volontai*

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