‹ Poésies de SchillerChapitre 145 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

le peuple à nommer des députés extraordinaires, afta de déi/Dérer sur les mesures à prendre pour détourner le darigcr qui menaçait la patrie et la religion.

L* assemblée de ces députés eut lieu à Prague; son premier acte fut une supplique à l'empereur, par laquelle on demandait, avant tout, la mise en liberté des prisonniers. Dans sa réponse , offensante mémo par la forme, puisqu'elle était adressée aux officiers de la couronne, et non à l'assemblée des états, l'empereur rejetait la supplique comme contraire aux lois, quali* fiait de révolutionnaire la conduite des représentants, et approuvait les violences exercées à Klost^rgrafo et à Braunau.

Le comte de Thum employa tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour augmenter l'impression fâcheuse que cette réponse avait faite sur les députés . exagérant le danger auquel ils s'étaient exposés en signant la supplique, il les décida à recourir aux moyens les plus extrêmes si les circonstances venaient à l'exiger; car il n'entrait pas dans son plan de les pousser immédiatement' à la révolte, mais de les y conduire par des moyens adroitement préparés. Pour exciter d'abord leur colère contre les officiers de Tempereur, il répandit le bruit que la réponse impériale avait été rédigée dans la chancellerie de Prague, et envoyée à Vienne pour la faire signer.

Slawata, président de cette chancellerie, et le conseiller baron de Martinitz, nommé burgrave de Karlstein en remplacement du comte de Thurn, s'étaient depuis longtemps attiré la haine du parti protestant, en refusant d'assister à la séance dans laquelle la Lettre impé riale avait été enregistrée parmi les statuts du royaume. Dès ce moment on les avait rendus responsables de toutes les atteintes que la chancellerie se permettait contre cet acte, et des maux qui en résultaient; mais si^

en leur qualité d'oHiciers de l'empereàr, ils ne justifiaient déjà que trop rindignation publique, ils 'la méritaient davantage encore par la cruauté avec laquelle ils traitaient leurs vassaux protestants. Refusant le baptême à leurs enfants, le sacrement du mariage à leurs jeunes gens, les funérailles à leurs morts, ils les contraignaient à assister aux cérémonies du catholicisme, et des chiens dressés à cet usage les faisaient aller de force à 1^ messe. Ce furent ces deux hommes, si justement détestés, que les chefs protestants eurent l'adresse de choisir pour premières victimes des hostilités prêtes à éclater.

Le 23 mai 1618, les députés des provinces protestantes se présentèrent au château de Prague, revêtus de leurs armures et suivis d^une escorte formidable. On leur reiusa Tentrée de la salle où Slav^ata , Marlinitz, Sternbcrg et Lobkowitz tenaient conseil. Les députés y pénétrèrent de vive force, et sommèrent le président et les conseillers de déclarer si, en effet, la réponse impériale avait été rédigée dans leurs bureaux et d'après leurs ordres. Sternberg et Lobkowitz opposèrent à leur emportement une modération grave et digne; Slawata et Martinitz se répandirent en menaces et en injures qui décidèrent de leur sort, car on se borna à mettre les àfMXx premiers à la porte, tandis que Ton précipita les deux autres par les fenêtres dans les fossés du château, qui avaient plus de quatre-vingts pieds de profondeur; l'on se débarrassa de la même manière du secrétaire Fabricius, leur créature et leur complice.

Le monde civilisé s'étonna, à bon droit, de ce procédé sauvage. Les Bohémiens l'excusèrent en assurant que c'était une ancienne coutume du pays, et ils ne trou* vèrent rien d'extraordinaire dans cet événement, si ce n'est qu'après un pareil saut les justiciés «ussent pu se relever sains et saufs. Us durent ce bonheur à l'amas

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