LIVRE PREMIEK
dimmondices sur lequel ils étaient tombés, et qui» en amortissant leur chute, leur avait sauvé la vie.
Cette exécution, peu propre à rétablir les députés dans les bonnes grâces de Tempereur, avait rendu leur position plus critique que jamais. C'était là le point où le comte de Thurn voulait les faire arriver. Puisque la crainte d'un danger possible les avait poussés à un acte aussi téméraire, le besoin de se soustraire à une punition cer4aine devait nécessairement les entraîner plus loin encore. En effet, la violence dont ils venaient de se rendre coupables les mettait dans la nécessité de la soutenir par une suite non interrompue d'actes de la même nature; et, ne pouvant rendre non avenu le fait qui venait de se passer, il fallait désarmer l'autorité et la mettre dans l'impossibilité de le punir.
Trente directeurs, chargés d'organiser légalement la révolte, furent choisis parmi les députés; ils s^emparèrent de toutes les administrations, perçurent les impôts, firent prêter serment aux fonctionnaires publics et aux soldats, et répandirent des proclamations par lesquelles ils appelaient tous les protestants de la Bohême à seconder ce mouvement national. Les jésuites, regardés comme les véritables auteurs de leurs souffrances , furent chassés du royaume ; mais les députés crurent devoir justifier cette mesure par un manifeste spécial. Tout en s'apprêtant ainsi à une résistance ouverte et énergique, ils déclarèrent qu'ils n'avaient d'autre but que celui de défendre l'autorité royale et celle des lois; langage que tiennent tous les rebelles jusqu'à ce qu'ils se sentent assez forts pour jeter le masque.
La révolte de la Bohême ne produisit pas à la cour impériale l'effet que méritait un événement aussi important. L'empereur Mathias n'était plus ce prince intrépide et résolu qui naguère avait été chercher son
souverain jusque dans son palais, au milieu de son peuple, et qui rayait fait successivement descendre de tous ses trônes héréditaires; le courage héroïque qui lui avait fait heureusement accomplir la plus téméraire des usurpations, l'abandonna dans la défense de ses droits légitimes.
Les insurgés s^étaient armés, il fallait imiter leur exemple ; mais Tempereur craignait de ne pouvoir maintenir la révolte dans les limites de la Bohême. La sympathie puissante qui unissait les protestants de ses possessions héréditaires, pouvait les convertir en une fédération générale à laquelle il n'aurait «pas eu des forces proportionnées à opposer. Au reste, dans cette circonstance, toutes les chances de la guerre étaient contre lui ; en succombant il perdait tout, et la victoire ne lui oiïrait que la ruine d*une partie de ses sujets ; aussi se montra-t-il disposé à acheter la paix à quelque prix que ce fût.
Les catholiques envisagèrent la question sous un point de vue différent. L'archiduc Ferdinand de Gratz alla jusqu'à féliciter Mathias de l'insurrection de la Bohême, qui justifierait aux yeux du monde les mesures sévères que, sang doute, il ne manquerait pas de prendre contre les hérétiques de tous ses États. Dans le cabinet et à la cour on accusait hautement les protestants d'aiïQcter la désobéissance, le mépris des lois, l'esprit de révolte, et de ne jamais voir dans les concessions de la diète, et même dans celles des empereurs, qu'un motif d'en exiger de nouvelles.
c La désobéissance et la révolte, disait-on, ont toch « jours marché la main dans la main avec ie protes- /< tantisme, et toutes les libertés qu'on a accordées aux c protestants n'ont servi qu'à augmenter leur audace. > Tous leurs efforts tendent à la destruction du pouvoir légai, déjà ils le bravent les armes à la main, bientôt ils Tal-