LIVRE TROISIÈME
Caraelère d« la campagpe ^ GosUre-Adolphe aprit la bataille de Leipog.
— Priae d'Erfort. — Entrée des Saédoù en Thoringe. — Priée de IVartzboorg et de Marienberg. — Passage dn Mein. ^ Déraite dn dne Charles de Lorraine. — Dapliché de Pévéqne de Bamberg. — Entrée det Saédois k Francfort. 7- Arrivée de Féledeor palatin dans le eamp impé- ' rial. — Pacsage du Rhin près Mayenee. — Prise d'Oppenheim. — > Capi* tnlation de Mayenee (lesi). — Craintes de Richelieu. — État de la Franconie. — Conquêtes des Suédois sur les bords dn Rhin. — Entrée de 6astaTe-Adol{^ k Nuremberg. — Combat dn Luch (test). — Mort de Tjlly. — Les Suédois pénètrent en BaTÏère. — Capitulation de Munich. .
— Les SaioDS en Bohème. — Occupation de Prague. — Rentrée des proserita. — Position critique de Ferdinand II. — Il rend le commandement k Wallenatein.— Conditions imposées par Wallenstein.^Il ohasse 4m Saxons de la Bohême. — Sa jonction avec Maximilien de Bavière. — > Les Suédois et les Impériaux en présence devant Nuremberg. — Bataille indédsè. — Retraite des Suédois en Saxe. — Bataille de Lutxcn (test).
— Mort de GustaTe-Adolphe. — Mort de Pappenhcim. — Le dne Bernard de Saxe-Weimar reste maître dn champ de bataille. — Conduite suspecte dn dne de Laoenbourg. — Appréciation de la politique de' Gustave-Adolphe en Allemagne.
La bataille de Leipzig, si glorieuse pour Gustave- Adolphe, amena de grands changements dans la con* duite de ce monarque, et dans Topinion que l'Allemagne 8*était formée sur son compte. 11 venait de se mesurer avec le plus grand capitaine de Tépoque; ses théories militaires et le courage de ses soldats s'étaient trouvés aux prises avec la tactique d*un guerrier mûri par l'expérience, et avec la valeur éprouvée de Télite des troupes impériales; et il était sorti victorieux de cette lutte.
Aussi, dès ce moment, le vit-on montrer plus de confiance en lui-même; ses opérations militaires avaient une allure plus franche et plus hardie; et, dans les situa-
lions les plus critiques, il conserva cette noble assuranoe qui inspire toujours de grandes actions. Fier envers ses ennemis, digne envers ses alliés, sa bonté même, quoique toujours inépuisable, prit par degrés le cachet de la condescendance d*un homme supérieur qui se sent au-dessus de tout ce qui Fentoure. Sa piété instinctive donnait à son courage une teinte d'exaltation religieuse qui lui fit souvent confondre sa cause avec celle du ciel, et le poussa à se regarder comme Tinstrument de la vengeance divine. Laissant toujours plus loin de lui et son trône et sa terre natale, il s'avanga, sur les ailes de la victoire, jusqu'au centre de l'Allemagne, où, depuis plusieurs siècles, aucun conquérant étranger n'avait pu pénétrer. ^
Cette grande partie de l'Europe, que sillonnent des fleuves nombreux, où s'élevaient alors presque à chaque pas des villes fortiflées ou des châteaux entourés de remparts formidables, avait su se faire craindre et re^ pecter de tous ses voisins, par k valeur de ses troupes, par le mérite et la vigilance des nombreux souverains qui la gouvernaient, et surtout par les savantes comlH« naisons de sa constitution fondamentale, qui ne faisait de tous ces petits États qu^un seul et même corps.
Plusieurs fois l'orage avait grondé sur les frontières de l'Empire; le centre avait jusque-là conservé le privilège équivoque de n'avott d'autre ennemi que lui-même. Le fanatisme religieux avait seul pu rompre les liens qui, en unissant tous les membres de la diète, les rendaient invulnérables; et, sans cette circonstance, jamais Gustave*Âdolphe n'aurait pu porter ses armes victorieuses jusqu'au sein de TÂlIemagne. Il est vrai qu'il ne s'y maintint que parce qu'il était aussi habile au cabinet qu'intrépide sur le champ de bataille, et que parce que sa politique prudente, quoique loyale, brisait aussi promptement les pièges que lui tendait la perCdie de
LfVRE TROISIÈME. 219
ses ennemis, que le feu de ses canons renversait les murailles de leurs villes. Poursuivant ses victoires d'un bout de TÂllemagne à Tautre, il sut toujours conserver le fil, qui seul pouvait le conduire à travers ce dédale sans r isoler de ses propres États.
Si la nouvelle de la défaite de Tilly répandit la terreur dans le parti catholique, elle causa aux protestants moins de joie que de surprise et d'inquiétude. Les victoires du roi de Suède surpassaient toutes leurs prévisions et même toutes leurs espérances. Établi au sein de l'Allemagne» sans rival et sans adversaire capable de l'arrêter» il était désormais le maître d'abuser de sa position. Les justes alarmes que la trop grande puissance de l'empereur avait excitées, trouvèrent en lui des aliments nouveaux et mieux fondés. En effet, que ne devait-on pas redouter, non-seulement pour la religion catholique, mais encore pour la constitution de l'Empire, de la part d'un conquérant protestant et étranger? '
Par son intrépidité et sa profonde sagesse, Gustave- Adolphe surmonta les obstacles que cette disposition des esprits lui fit rencontrer presque à chaque pas. Au reste, si le succès de ses armes inquiéta ses plus puissants amis, la France et la Saxe, ces mêmes succès inspirèrent aux petits souverains le courage d'embrasser ouvertement son parti; car trop faibles pour espérer d'arriver jamais à un premier rôle, ils n'avaient rien à craindre de l'ambition du héros du Nord, tandis qu'ils pouvaient tout espérer de sa puissante protection et de sa générosité. N'étant presque rien par eux-mêmes, ils sentaient qu'en faisant cause commune avec lui, ils acquéraient quelque importance; aussi s'empressèrent-ils de lui faciliter rentrée de l'intérieur de l'Allemagne, en approvisionnant ses troupes et en leur assurant, en cm «le revers» des refuges dans leurs forteresses. Sa politique prudente, qui savait ménager à propos l'orgueil allemand, l'affa-
biliié de ses manières, sa justice, son respect peur les lois du pays où il se trouvait, et la conduite humaine et sage à laquelle il savait contraindre ses troupes, nelai^ dèrent pas à lui gagner raffection sincère de tous les protestants.
En transportant le théâtre de la guerre sur le territoire des souverains de la Ligue, il disposait à son gré de leurs trésors, attirait leurs jeunes gens sous son drapeau, et les contraignait à lui fournir eux-mêmes le moyen de les vaincre. Mais ce résultat, il ne Tobtint que parce que ces princes, divisés entre eux par des intérêts opposés, agissaient chacun pour leur compté; d'où il s'ensuivait naturellement que les généraux étaient sans pouvoir et les troupes sans discipline ; et que le chef de l'armée voyait toujours dans le chef de l'État un adversaire ou un rival. Gustave- Adolphe, au contraire, réunissait en lui tout principe de pouvoir; il était l'unique but des opérations de ses généraux, Tâme de son parti, et le créateur du système de guerre, dont lui seul connaissait l'ensemble et dirigeait Texécution ; lai seul enfln donnait à la cause qu'il défendait, l'unité et rharmonie qui manquaient à ses adversaires.
Tenant d*une main le glaive du conquérant, de l'autre la palme du pacificateur, Gustave- Adolphe parcourut tous les points de l'Allemagne en héros, en juge, en législajLeur. Les capitales et les places fortes s'ouvrent devant lui, et le reçoivent avec autant de respect ;st de soumission, que s'il eût été leur souverain légitime. L'Allemagne n'a pas de remparts assez élevés, de fleuves assez larges pour arrêter sa course triomphale; la terreur qu'il inspire suffit presque toujours pour lui frayer un passage. L'étendard suédois flotte sur les deux rives du Mein; lé Palatinat est affranchi, les Espagnols et les Lorrains sont repoussés au delà du Rhin et de la Moselle. Semblables à un torrentimpétueux, les Suédois et les He»