‹ Poésies de SchillerChapitre 161 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

l'orgueilleux duc de Friedland, de vouloir bien reprendre le rang et les dignités qu'il lui avait si injustement enlevés.

Après une longue et ieinte résistance, le duc ac« cepte enOn ; et le changement subit de la marche des événements annonce qu'une main habile et ferme la dirige. Le pouvoir du roi de Suède est aux prises avec le pouvoir illimité du généralissime impérial ; un héros toujours triomphant se trouve en face d'un autre héros qui, lui aussi, semble avoir fait un pacte avec la victoire. Les deux principes opposés recommencent une lutte douteuse, et les chances de la guerre, que Gustave- Adolphe croyait avoir fixées, sont soumises à des épreuves nouvelles.

Semblables à des nuages destructeurs dont le moindre choc répandra sur la terre la mort et la désolation, les deux armées ennemies jettent leur camp en face de Nuremberg, s'observent dans un respectueux silence, et craignent et désirent en même temps le premier souffle de la tempête qui doit les mettre en contact. L'Europe entière a les yeiix fixés sur Nuremberg, et Nuremberg attend, avec une anxiété mêlée d'orgueil, l'instant où elle donnera son nom à une bataille plus décisive encore que ne l'était celle de Leipzig. . '

Tout à coup rhorizon s'cclaircit, les sombres nuées de la guerre s'éloignent de la Franconic pour éclater dans tes plaines de la Saxe ; la foudre qui menaçait Nuremberg tombe sur Lutzen, et la victoire, indécise et flottante, n'obéit qu'au dernier appel d'un roi expirant sur le champ de bataille. La fortune que ce roi avait su enchaîner à ses pas lui reste encore fidèle après sa mort; elle sourit à ses restes inanimés, et l^eur donne pour linceul une gloire brillante et pure.

En rappelant sitôt Gustave-Adolphe d'un monde dont îl était l'espoir et l'orgueil, son bon génie a voulu sans

doute le soustraire à la destinée commune des mortels» à qui l'excès de la puissance et du bonheur fait toujours oublier la justice et la modération. Oui, il est permis de supposer, qu'en foucnissant une plus longue carrière, le héros du Nord n'eût point mérité les larmes (jue r Allemagne a versées sur sa tombe, et l'admiration qoe la postérité a vouée à sa mémoire.

Un parti quelconque, lorsqu'il perd son chef, peut se croire près de sa ruine; mais pour la puissance suprême qui dirige Tunivers, il n'y a point d'homme iniisprasable. Deux grand&hpmmes d*État, Axel Oxenstiem en Allemagne, et Armand Richelieu en France, saisissent les rênes que la mort vient de faire tomber des mains du roi de Suède. L'inflexible destin continue sa marche en passant sur la tombe de ce héros ; et pendant seize années encore, le feu destructeur de la guerre s'élève au-dessus de ses cendres oubliées.

Qu'on nous permette maintenant de suivre pas i pas Gustave-Adolphe dans l'arène glorieuse où lui seul dirige et domine tout. Nous ne reviendrons à Ferdinand II, que lorsqu'une longue suite d'infortunes aura abattu l'orgueil autrichien, et réduit le chef de cette maison aux expédients les plus désespérés.

A peine, le nouveau plan de campagne avait-il été arrêté à Halle, entre l'électeur de Saxe et le roi de Suède, que ce delnier se disposa à pénétrer dans l'intérieur de TEmpire : mais, dans cette partie de l'Allemagne toute catholique, Ferdinand était encore puissant et redouté; ses troupes occupaient la Franconie, la Souabc et le Pdf iatinat ; les Espagnols établis sur le Rhin rendaient le passage de ce fleuve impossible, et une armée lorraine était prête à se joindre à celle que Tilly était parvenu à réunir sous ses drapeaux.

Gustave-Adolphe connaissait tous ces obstacles, et son génie lui fit trouver le moyen de les surmonter»

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