LIVRE TROISIÈME
Des négociations habiles lui ouvrent, sans coup férir, les portes d'Erfurt, dont une partie de la population était protestante. Là, comme dans toutes les places fortes dont il se rendit maître, il se fit prêter serment de fidélité, et y laissa une nombreuse garnison pour veiller à la religieuse observation de ce serment.
Après avoir confié la reine Marie-Éléonore à la garde de la ville d'Erfurt, et chargé son allié, le duc Guillaume de Weimar, du commandement du corps d'armée qui devait être recruté en Thuringe, il divisa les troupes suédoises en deux colonnes, qui traversèrent la forêt de Thuringe, enlevèrent en passant aux Impériaux le comté de Henneberg, et se réunirent après trois jours de marche à Kœnigshof, sur les frontières de la Franconie.
François, évéque de Wurtzbourg, ennemi passionné des protestants, et l'un des membres les plus zélés de la Ligue catholique, ressentit le premier les eiïets de la présence des défenseurs de la réformatiou. Quelques menaces suffirent pour faire tomber entre les mains des Suédois la forteresse de Kœnigshof, la clef des possessions de révêque. A la nouvelle de cette prompte conquête, une terreur panique s'empara de tous les souverains eccléçiastiques de la contrée. Tremblants 'dans leurs châteaux forts, ils voyaient déjà leurs sièges renversés, leurs églises profanées, leur culte foulé dans la poussière ; car les ennemis de Gustave-Adolphe avaient cépandu sur ce monarque et sur ses soldats des calomnies si atroces, que, malgré sa clémence et son humanité, il lui fut impossible d'effacer entièrement TeiTet qu'elles avaient produit sur l'esprit des catholiques : tant il est vrai qu'on est toujours porté à redouter, de la part d'un ennemi, le trai^ment qu'on lui ferait subir si l'on était dans sa position.
Persuadés que les Suédois n'épargneraient ni leurs
«personnes, ni leurs consciences, ni leurs fortunes, les plus riches habitants de Wurtzbourg cherchèrent leur saUit dans la fuite. L*évêque lui-même leur en a\ait donné Texemple; car, abandonnant ses sujets aux désastres auxquels son aveugle bigoterie les avait exposés, il s'était réfugié à Paris,''où il travailla à indisposer Richelieu contre l'ennemi de leur religion commune.
Gustave-Adolphe étendit ses conquêtes sur tout l'archevêché ; les villes de Schv?einfurt et de Wurtzbourg capitulèrent, et Marienberg fut prisé d'assauU Dans cette dernière place, réputée imprenable, les vainqueurs trouvèrent d'immenses provisions de vivres et de munitions, que les Impériaux y avaient entassées pour les mettre à Tabri de toutes les chances de la guerre. La bibliothèque des jésuites fut pour le roi une prise précieuse; qu'il s'empressa d'envoyer à l'université d'Dpsal; ses soldats furent tout aussi satisfaits des vins délicieux qu'ils trouvèrent daii$ les caves du prélat. Quant aux trésors et aux caisses publiques, l'archevêque avait eu le temps de les emporter. /
La soumission de la capitale tut suivie 4e celle de tout le territoire; Gustave-Adolphe reçut le serment de fidélité, et nomma, à cause de l'absence du souverain légitime, un gouvernement provisoire; dont la moitié des membres étaient protestants. Dans toutes les villes catholiques qui tombèrent successivement en son pouvoirj il ouvrit des églises au culte réformé; mais il ne gêna en rien celui de l'Ëglise romaine, et ne vengea, par aucune représaille, la longue et cruelle oppression que Ton avait fait subir à ses coreligionnaires, il ne connaissait d'autres ennemis que ceux qu'il combattait les armes à la main, et, dans ce cas encore, il s'était fait une loi d'épargner leur sang^ presque autant que celui de ses soldats.
Immédiatement après l'invasion de son territoire par