LIVRE T^ISIÈME
victoires achetées aux dépens de la misère et du sang de tant de peuples, ce monarque se retrouva sur le bord du même abîme qui avait menacé de Tengloatir dès son avènement au trône.
Si en ce moment la Bavière avait réalisé son projet de neutralité, si Télecteur de Saxe avait résisté aux séductions par lesquelles on cherchait à le détacher de . son nouvel allié, si la France s'était décidée à attaquer à la fois les Espagnols dans les Pays-Bas, en Italie et en Catalogne, Torgueilleux édiGce de la grandeur autrichienne se serait écroulé. Rien n'aurait plus empêché les puissances alliées de se partager les dépouilles de la maison de Habsbourg, et de réorganiser d'après un système nouveau, les rouages bouleversés, de l'empire germanique. Depuis longtemps déjà la monarchie autrichienne cachait les nombreuses plaies qui la concfamnaient à une mort lente et certaine, sous l'éclat trompeur d'un grand nom ; mais la victoire de Gustave- Adolphe sur le champ de bataille de Leipzig, et les brillants succès qui la suivirent, l'avaient dépouillée de ce prestige.
Si nous remontons aux sources qui assurèrent aux Suédois une si grande supériorité dans les combats, nous les trouvons principalement dans le pouvoir illimité de leur chef. Centre unique de toutes les forces de son parti, aucune autorité supérieure ne limitait la sienne ; aussi pouvait-il profiter de toutes les chances favorables et prendre à l'instant même toutes les mesures nécessaires pour assurer le succès de ses vastes projets*
Depuis la destitution de Wallenstein et la défaite de Tilly» le* parti impérial était dans une situation tout à fait opposée. Les généraux, revêtus de pouvoirs limités, se trouvaient hors d'état d'agir à propos et de gagner, par des mesures justes et promptes la confiance
<]e leurs troupes. Les opérations des différents corps d*arinée manquaient d*unité ; les soldats, de discipline et d'obéissance ; les membres de la diète, de bonne volonté ; les chefs des divers gouvernements, de promptitude pour prendre une résolution, et de fermeté pour l'exécuter.
En résumé, le parti impérial conservait encore assez de ressources ; mais, pour les employer à propos, il avait besoin d'un homme de génie revêtu d'un pouvoir discrétionnaire. Ferdinand Tavait senti depuis longtemps ; son conseil intime s'occupait secrètement du choix d'un pareil général ; mais il fut impossible aui membres de ce conseil de s'entendre sur un sujet aussi grave. Dans un moment d'enthousiasme, l'empereur avaiC eu l'idée de se placer lui-même à la tête de son armée, afin d'enflammer par sa présence le courage des soldats, et d'opposer au roi de Suède un monarque plus grand et plus illustre que lui. Il ne fut pas difficile de lui faire abandonner ce projet. La tâche dont il ne pouvait se charger semblait appartenir de droit à son fils, jeune prince plôin de courage et d'activité.
Destiné par sa naissance à défendre une monardiic dont deux couronnes déjà, celle de la Bohême et celle de la Hongrie, ornaient sa tête; ce prince qui régna plus tard sou3 le nom de Ferdinand 111, joignait au respect qu'inspirait sa qualité d'héritier du trône impérial, l'estime des soldats et l'amour des peuples, sans le dévouement desquels la continuation de la guerre était impossible. Si son extrême jeunesse autorisait à douter de la maturité de son jugement, on ix)uvait Tentourer de généraux expérimentés qui agiraient squs son nom. D'autres considérations, et peu^être aussi les secrètes ja. lousies de l'empereur, firent abandonner ce nouveau plan.
11 eût été imprudent, en eflel, de confier les destinées de l'Empire à un jeune prince qui, lui-même, avait encore