‹ Poésies de SchillerChapitre 179 sur 258 · LIVRE ÎROISIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE ÎROISIÈMB

besoin de guide et d'appui. De quel fardeau n'aurait-on pas chargé le peuple en le rédîiisant à fournir au luxe effréné que, d'après l'esprit du temps, le chef d'une armée, lorsqu'il appartenait à une maison royale, nô pouvait se dispenser d'étaler ! Poijr le prince lui-même, il eût été fâcheux de commencer sa carrière politique par un rôle qui l'aurait mis dans la nécessité de rançonner les peuples sûr lesquels il était appelé à régner un jour. Au reste, il ne suffisait pas de donner un chef à Karmée ; le plus diflicile était de trouver une armée pour ce cheL

Depuis la destitution de Wallenstein, les troupes impériales avaient perdu toute leur importance, et la désertion et les combats les avaient tellement réduites, que l'empereur ne pouvait plus opposer k ses ennemis que les- soldats de la Ligue et de la Bavière. l2a dépendance dans laquelle cette nécessité plaçait Ferdinand affectait péniblement son orgueil. Pour s'en affranchir il avait besoin d^me armée à lui ; mais pouvait-il la faire sortir du néant? car, pour la créer, les deux principaux éléments lui manquaient entièreinent : J'argcnt, et un général assez célèbre pour inspirer la confiance, assez ferme pour se faire obéir, et doué surtout des qualités supérieures et indispensables pour combattre avec succès les troupes victorieuses el aguerries du héros du Nord.

Il n'y avait en Europe qu'un seul homme qui remplît ces conditions, et cet homme avait été renvoyé du commandement d'une manière humiliante. L'instant où, pour la première fois, l'empereur regretta le duc de Friedland, fut aussi celui qui commença pour ce général, la réparation éclatante qu'il attendait. Le destin semblait s'être chargé de sa vengeance, car, depuis le jour de sa destitution, une longue suite de revers n'avait cesser d'accabler ta maison d'Autriche»

A chaque défaite, à chaque place perdue, Ferdinand déplorait plus amèrement son ingratitude envers le grand général qui Tavait élevé si haut, et qui seul aurait pu ie maintenir à cette hauteur. Bientôt il avoua hauletement qu'avec Wallenstein, il avait perdu son bras droit. 11 eût été heureux cependant pour Ferdinand» 6*il n'eût perdu que le chef de son armée, ie défenseur de ses États, mais en offensant cruellement Wallenstein, il s'en était fait un ennemi d'autant plus dangereux, qu'il était loin de soupçonner les projets de vengeance que cet ennemi méditait contre lui.

ix>in du théâtre de la guerre et réduit aux tortures de l'inaction, pendant que ses rivaux pouvaient se couvrir de lauriers, l'orgueilleux duc feignait de regarder son changement de fortune avec indifférence, et cachait les sombres projets de son esprit audaciew^ sous les dehors brillants et la pompe affectée d'un héros de théâtre*. Dévoré par iin ardent besoin d'action, tandis qu'il s'efforçait de se donner les apparences d'une oisiveté insouciante, il mûrissait dans l'ombre et le mystère la plus noire-création de la vengeance et de l'ambition.

Tout ce qu'il devait à l'empereur s'était entièrement effacé de sa mémoire ; les services qu'il lui avait rendus y étaient seuls restés gravés en traits de feu. L'ingratitude de ce monarque, en rompant le seul frein qui aurait pu arrêter Wallenstein, celui de la reconnaissance» justifiait à ses yeux les projets qu'il avait formés, et qui ne lui paraissaient que de justes représailles. Plus le cercle de son activité s'était resserré, plus la sphère de ses espérances s^était élargie; et son imagination rêvait un avenir que la démence seule eût ' pu faire germer dans toute autre tète que dans la sienne.

S'il s'était élevé sans autre secours que son méiîte et sa force morale, il était forcé de s'avouer que la fortuna lui avait accordé tout ce qu'un grand citoyen peut es-

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