‹ Poésies de SchillerChapitre 190 sur 258 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

milieu, ni l*impalicnce et la misère de ses troupes, ni les railleries des Suédois , ne purent le faire renoncer à sa ' résolution.

Trornpé dans son espoir de réduire les Impériaux à accepter la bataille, et incapable de supporter plus longtemps les souffrances des siens, le roi voulut tenter l'impossible et prendre d*assaut une position que Tart et la nature avaient rendue imprenable. Le jour de la Saljit- Barthélémy; le cinquante-huitième de son se* jour à Nuremberg, il confia son camp à la garde de la milice de cette ville, et passa la Rednitz auprès de Furth, occupée p!ir les avant-postes de Tennemi, qui, après une légère résistance, prirent la fuite.

Le centre de l'armée impériale s'était retiré sur les hauteurs situées entre le Biber et la Rednitz. L'artillerie placée sur ces hauteurs, connues sous le nom de^ ' Veste et Âltemberg, dominait et protégeait le camp, qui s'étendait à perte de vue dans la plaine. Des^ fossés profonds entouraient les retranchements ; des fagots d'épines et des palissades hérissées de pointes de fer fermaient tous les passages qui conduisaient sur les monts escarpés où Wallenslein, tranquille et calme comme un dieu menacé par de simples mortels, lançait h travers un sombre nuage de fumée les foudroyants témoignages de sa puissance. Derrière les parapets, le feu perfide de la mousqueterie guettait ses victimes , et les gueules béantes de plusieurs centaines de canons vomissaient le fer et la mort sur les audacieux assaillants.

Ce fut vers ce point imposant et terrible que le héros du Nord dirigea l'attaque. Cinq 'cents mousquetaires à cheval, soutenus par un peloton d'infanterie, car le ter» rain était trop étroit pour un plus grand nombre de combattants, reçurent Tordre honorable et sans doute peu envié de se jeter les premiers dans le gouffre de la mort. j

L'attaque et la résistance furent furieuses. Rien ne

298 HISTOIRE DE Lk GUERRE DE TRENTE ANS.

garantissait les assiégeants contre le feu des Impériaux protégés par leurs retranchements, et cependant ils se précipitent vers les hauteurs, qui au même instant se transforment en volcans, lançant de tous côtés des torrents de flammes et de fer. La grosse cavalerie impériale profite des jours que la mort fait dans les rangs seirés des assaillants; elle pénètre au milieu d'eux et les force à abandonner le champ de bataille, où déjà plus de li moitié des leurs ont perdu la vie.

Les soldats à qui Gustave-Adolphe avait accordé le dangereux honneur de la première attaque étaient des Allemands. Indigné de leur retraite, le roi envoie ses Finlandais chéris à Tassaut, afin de réparer, disail-il, Ja lâcheté allemande par la valeur des hommes du Nord; mais les Finlandais reculent à leur tour. Un autre régiment les remplace sans être plus heureux. Enfin tous les régiments de Tarmée suédoise arrivent successivement, et quittent le lieu du combat couverts de sang et de blessures. Des monceaux de cadavres mutilés s'élèvent autour du roi; mais il n*^st pas vaincu et continue l'attaque. Wallenstein continue la défense.

Sur un autre point, la cavalerie impériale en était venue aux mains avec l'aile gauche des Suédois, appuyée sur les bords boisés de la Rednitz. Pendant ce combat, où le vainqueur perdait presque aussitôt les fruits de sa victoire pour les ressaisir et les perdre de nouveau , les deux partis rivalisèrent de valeur au point que la fortune n'osa se décider ni pour l'un ni pour l'autre. Wallenstein, qui commandait en personne, eut un cheval tué sous lui. Presque au même instant, le duc Bernard de Weimar perdit le sien de la même manière» et un boulet de canon enleva la semelle d'une des bottes da roi. Mais la lutte durait toujours; la nuit seule put j mettre un terme.

Cependant les Suédois s'étaient avancés si loin, que

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le retour au camp ofTraii de grands dangers; Gustave- Adolphe le savait, et ses yeux cherchaient autour de lui un officier assez expérimenté pour qu'il pût le charger de cette tâche importante, lorsqu^il aperçut le colonel Hebron, vaillant Écossais qui partageait comme volontaire les périls de la journée, car il avait fait le vœu irréfléchi de ne plus tirer Tépée pour le service du roi, qui l'avait offensé en chargeant un jeune officier d^me expédition périlleuse qu'il avait sollicitée pour lui-même. Ce fut à lui cependant que Gustave- Adolphe s'adressa pour diriger la retraite.

c Sire, répondit le hardi Écossais, Voire Majesté a « bien fait de me demander ce service, car c'est le seul c . que je ne puisse lui refuser, puisqu'il expose cent fois c ma vie au lieu d'une. »

Et il partit aussitôt pour aller accomplir une mission qui demandait autant de courage que de prudence.

Le duc Bernard deWcimar s'était emparé d'une hauteur au-dessus de l'ancien Veste, et d'où Ion pouvait flanquer la montagne et toute l'étendue du camp ennemi ; mais une averse tombée pendant la nuit avait rendu le penchant de cette montagne si glissant, qu'il fut impossible d*y transporter les canons, et il fut forcé d'abandonner Ce poste important dont la conquête avait coûté si cher. Ce dernier revers poussa le roi à se défier de la fortune, qui l'avait trahi pendant cette cruelle journée, et au lieu de ramener ses troupes épuisées au combat, il les fit passer par la Rednitz le lendemain. Deux mille Suédois étaient restés sur le champ de bataille, tandis que le duc de Friedland n'avait perdu que peu de monde et pas un pouce de terrain.

Pendant quinze jours encore les deux armées conservèrent leurs positions respectives, sans qu'aucune | d'elles pût se décider & donner l'exemple du départ. En proie û des privations intolérables, les soldats cher-

chaient h les adoucir on dévastant les contrées voisines; car le désespoir et la faim avaient rompu les liens de la discipline, même dans le camp suédois. Les troupes almandes surtout pillaient et maltraitaient avec une fa* reur égale les amis et les ennemis. L*autorité du roi ne suffisait plus pour arrêter des ravages encouragés par le silence et souvent même par l'exemple des chefs. Cel oubli des lois de l'humanité et d^ la discipline affligea d'autant plus vivement Gustave-Adolphe, que jusqu ici il avait eu le droit d'être fier de la conduite de son armée; et, il exprima son mécontentement aux généraux et aux officiers allemands dans des termes fort durs.

< Et c'est vous, leur dit-il, vous, malheureux Ailec mands, qui ravagez votre propre patrie et poussez « vos coreligionnaires au désespoir! Je vous hais, je c vous déteste, je vous ai en horreur ! j'en atteste le ciel. « Oui, à votre seul aspect mon cœur se soulève de dé- « goût! Vous enfreignez mes ordres, vous violez mes « lois, vous êtes la cause que le monde me maudit, que c les pauvres me poursuivent de leurs larmes et de \eurs « cris de détresse, et que je suis réduit à m' entendre « dire : Le roi, notre ami, nous fait plus de mal que < le plus implacable de nos ennemis! C'est pour vous € que j'ai dépeuplé mon royaume et vidé mes caisses; « je vous ai prodigué plus de quarante tonnes d'or \ c et votre empire d'Allemagne no m'a pas seulement € donné de quoi m'acheter un méchant pourpoint. Tai « disposé en votre faveur de tout ce que Dieu m'avait € accordé, et j'aurais continué à le faire si vous avia « été soumis et obéissants à mes commandements; € mais, vous venez de me le prouver, vous êtes des gens « malintentionnés, des vauriens, et je vous le dis, quoJ-

* Chaque tonne vaut environ 300,000 fr. de notre monnaie.

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