LIVRE TROISIÈME
t que vous m'ayez donpé plus d^ine fois do bonnes « raisons pour admirer voire valeur. »
Les deux grandes armées qui depuis onze semaines vivaient sur le territoire de Nuremberg l'avaient tellement épuisé, qu'il leur devint tout à fait impossible d'y séjourner plus longtemps. La ville avait perdu plus de dix mille de ses habitants ; les campagnes, naguère si fertiles, ressemblaient à des landes arides; les villages n'étaient plus que des monceaux de -cendres, et leurs malheureux habitants mouraient de faim et de désespoir sur les grandes routes, qu'ils encombraient pour aller ailleurs chercher un asile et du pain.
Les exhalaisons des deux camps et la décomposition des cadavres, hâtée par les chaleurs de la canicule, avaient rempli l'air de miasmes pestilentiels, avec lesquels les hommes et les animaux respiraient une mort aussi cruelle que certaine. Ces aiïreuscs misères et l'opiniâtreté du duc de Friedland à rester dans ses retranchements, décidèrent enfin le roi de Suède à partir le premier. Le 8 septembre 1632, il leva le camp et quitta Nuremberg, où il laissa une garnison suffisante pour mettre cette ville à l'abri d'un coup de main. Rangé en bataille, ^1 passa lentement devant le camp deWallenstein, qui ne fit aucun mouvement pour troubler sa marche, et se dirigea vers Nçustadt, sur l'Âich, et vers Windsheim, où il s'arrêta pendant cinq jours , nonseulement pour donner à ses troupes le temps de se remettre, mais pour être à la portée de Nuremberg, si l'ennemi osait l'attaquer.
De son côté Wallcnstein, qui n'avait attendu que la retraite des Suédois pour opérer la sienne» donna Tordre de lever le camp et d'y mettre le feu, ainsi qu'à tous les villages qui étaient encore restés debout. De tous côtés des colonnes de flammes et de fumée s'élevaient vers le ciel 9 et cet adieu horrible jeté à travers la contrée
élaii pour la ville de Nuremberg une preuve certaine du sort qu'elle aurait éprouvé si elle fût tombée au pouvoir de Timpitoyable duc de Friedland, qui continuait à marquer chaque pas de sa retraite par Tincendie, le meurtre et le pillage.
Le juste désir de protéger Nuremberg avait empèclié le roi de chercher à troubler la marche des Impériau!^, et le pays où il se trouvait était trop épuisé pour noui rir plus longtemps une armée telle que la sienne. Il se décida donc à en envoyer une partie en Franconie pour y maintenir son autorité et conduisit lui-même Tautre en Bavière, aGn d'achever la conquête de ce pays.
Wallenstein, qui venait d'arriver dans Tévéché de Bamberg, y passa son armée en revue. De soixante mille hommes dont elle se composait d*abord, les combats et les maladies contagieuses l'avaient réduite à vingtquatre mille, dont les Bavarois formaient le quart. Les pertes des Suédois s'élevaient à près de vingt mille hommes. Le camp de Nuremberg avait donc épuise les deux armées plus que n'auraient pu le faire plusieurs batailles; et ce qui était plus malheureux encore, la guerre n'avait pas fait un pas vers sa solution. Les conquêtes des Suédois en Bavière et l'invasion qui menaçait les États autrichiens avaient été suspendues; mais Gustave-Adolphe venait de retrouver la liberté de reprendre cette expédition.
Peu touché du sort de la Bavière, et fatigué de la contrainte que lui imposait la. présence de Maximilîen à l'armée, Wallenstein saisit avec empressement le prétexte que lui oiTrait la situation des affaires, pour se débarrasser de ce prince et travailler de nouveau à Taccomplissement de ses projets sur la Saxe. Convanica que sa présence et celle de ses troupes serait le meilleur argument possible pour décider l'électeur à s*aiUer avec lui, il choisit les États de ce prince pour quartier