LIVRE TROISIÈME
on se disputa rhonneur de toucher le fourreau de son épée, le bas de ses vêlemenls. Ce tribut public d'admiration et de reconnaissance blessa sa modestie. • « Ne d irai t-on pas, dit-il aux officiers de sa suil«, que < ce peuple me croit un dieu ! Nos affaires sont en bon € train; mais j'ai bien peur que le ciel ne me fasse c expier ces coupables adulations, et qu'il ne prouve a que trop tôt à tous ces insensés que je ne suis qu'un <r homme comme eux. »
C'est ainsi que Gustave-Adolphe, prêt à quitter le monde pour toujours, se montra à lui plus aimable et plus touchant que jamais. Arrivé au sommet de la gloire, il redoute encore la justice divine; il repousse des hom» mages qui n'appartiennent point à un simple mortel, et double ainsi les droits qu'il s'était déjà acquis aux larmes et aux regrets de la postérité , au moment même où il allait exciter les regrets et faire couler les larmes de SCS contemporains.
Le duc de Friedland s*4itait avancé jusqu'à Weissenfels, résolu d'établir ses quartiers d'hiver en Saxe, et d'accepter une bataille s'il ne pouvait s'y maintenir qu'à ce prix. Sa conduite près de Nuremberg l'avait exposé au soupçon de ne pas oser se mesurer en rase campagne avec le héros du Nord; il se vit donc dans la nécessité de prouver le contraire, sMl voulait conserver intacte son ancienne gloire.
La supériorité numérique de son armée lui permettait de compter sur la victoire, surtout s'il parvenait à engager le combat avant la jonction des troupes saxonnés avec celles de la Suède. ]La certitude avec laquelle il comptait sur un triomphe tenait cependant beaucoup moins à ses calculs rationnels qu'aux prédictions de Seni, son astrologue, qui prétendait avoir \u dans les astres que l'étoile, qui jusqu'ici avait été si favorable au roi de Suède, s'éclipserait dans le mois de novembre.
308 HISTOinE DE LA GUERBE DE TRENTE ANS.
La posilion de rarmée impériale était protégée par la chaîne de montagnes située entre Cambourg et Weissenfels, et par la Saale, qui coule à travers ces montagnes, dont les divers passages sont si étroits, qu*uQ petit nombre d*hommes suffit pour en défendre rentrée. Le duc de Friediand se flatta donc qu en choisissant cette position il avait réduit le roi de Suède à chercher à forcer ces défllés, au risque d'y sacriGer en vain une partie de ses meilleurs troupes, ou de ramener son armée en Thuringe, où la famine ne pouvait manquer de la décimer. Mais, n'ayant pu Tempêcher de s'emparer de Naumbourg, il perdit une partie de ces avantages, et il ne lui restait plus qu'à se préparer an combat.
Le roi de Suède cependant ne réalisa i)oint cette attente ; car, au lieu de s'avancer vers Weissenfels, il se retrancha dans les environs de Naumbourg, résolu d'y attendre le renfort que le duc de Lunebourg devait lui amener. Dans cette situation critique, Wallensfein as» sembla un conseil de guerre composé de ses généraux les plus expérimentés, pour décider s'il fallait passer le défilé et oflrir la bataille aux Suédois, ou attendre qulls vinssent l'attaquer dans sou camp. Le premier plan fut rejeté à l'unanimité. Cependant le soin avec lequel Gus> ta ve- Adolphe fortifiait son camp, annonçait rîDtentioo de s'y fixer ; et l'approche de l'hiver ne permettait pas de| fatiguer l'armée impériale par des campeoients pénibles et inutiles. La majorité du conseil décida donc que le parti le plus prudent était de terminer la campagne dans cette contrée, et de se porter en Westphabe et sur les bords du Rhin i)our y arrêter les progrès des Suédois, et secourir Cologne, menacée par les Hollandais.
Le duc de Friediand se rendit à ces puissantes considérations, et, persuadé que le roi de Suède était