‹ Poésies de SchillerChapitre 227 sur 258 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

tendre celte division pour les attaquer, et de prendre en attendant des positions propres à garantir Mordiingue de toute tentative sérieuse de la part des assiégeants.

Le général Horn lit valoir tous ces motifs dans le conseil de guerre assemblé par le duc Bernard de Weimar pour délibérer sur les mesurés à prendre. Malheureusement de longs et brillants succès avaient accou* tumé les généraux suédois à confondre les conseils de la prudence avec les inspirations de la peur; le duc Bernard surtout était sous Tempire de cette illusion dangereuse, et le général Horn fut contraint de consentir à livrer une bataille dont il pressentait le résultat fu« neste. Le succès du combat dépendait de ToccupatioD d'une hauteur qui dominait le camp impérial ; les Suédois cherchèrent donc à s*en emparer avant la nuit; mais les difficultés éprouvées pour faire passer l'artillerie par des chemins creux «et des forêts sans route tracée, avaient retardé la marche de l'armée. Lorsque vers minuit elle arriva auprès de ce poste important, il était déjà au pouvoir de l'ennemi , qai s'y était fortement retranché, et il fallut se décider à l'enlever d'assaut.

Dès le point du jour on donna le signal de l'attaque , les Suédois se frayèrent vaillamment une route à travers les obstacles et les périls; mais, on franchissant de deux côtés à la fois les demi-lunes et lès redoutes impériales, les brigades suédoises se rencontrèrent et se confondirent. L'explosion inattendue d'un tonneau de poudre mit le comble à ce désordre; la cavalerie ennemie en profita pour pénétrer dans les rangs ouverts des Suédois, que cette manœuvre mit en déroute. L'assaut fut renouvelé par des bataillons nouveaux, mais leur valeur échoua contre l'héroïsme des régiments espagnols qui étaient venus au secours des Impériaux. Un régiment du dub Bernard revint sept fois à la charge, el fut sept fois repoussé sans avoir pu gagner un pouce de terrain.

. Les Suédois ne tardèrent pas à apprendre combien Q avait été mçilheureux pour eux de «'avoir pu s'emparer de ce poste; le feu des canons qucLFennemi y avait établis força Taile gauche, commandée par le général Hom, à se replier, et le duc Bernard, qui aurait pu prot^ei cette retraite en arrêtant Tennemi, fut lui-même repoussé dans la plaine, où sa cavalerie entraîna dans sa fuite les troupas du général Horn et rendit la. déroute générale. Presque toute Tinfanterie périt dans cette défaite, 4ui coûta aux Suédois douze mille morts, quatre-vingts canons, ^quatre mille chariots et trois cents drapeaux ou étendards. Horn et trois autres généraux furent faits prisonniers, et le duc Bernant sauva avec peine quelques débris de son armée, qu*il ne parvint à rallier qu'à Francfort.

La défaite de Nordlingue fut d'autant plus funeste aux Suédois, qu'elle leur ût perdre la confiance de leurs alliés, qu'ils ne devaient qu'à leurs ^uccès constants dans les combats. Une terreur panique s'empara du parti protestant, et le *parti catholique se releva de sa chute profonde, plus cruel et plus audacieux que jamais. La Souabe et le Wurtemberg ressentirent les premiers les funestes effets de la bataille de Nordlingue; Tarmée victorieuse envahit et saccagea ces deux Etats et s^étendit toujours plus loin. Tout tremblait, tout fuyait devant elle, et demandait asile et protection à la ville de Strasbourg; mais cette ville libre de TEmpire attendait elle-même avec effroi le sort que lui préparaient les vainqueurs.

Avec un peu do modération et de clémence, il eût été facile à Tempereur de rattacher tous les princes protestants à sa cause; mais la dureté qu'il déplo3ra, même envers ceux qui se soumettaient sans résistance, poussa tout le parti au désespoir, et lui prouva qu'il ne lui restait plus d'autre chance de sahit que celle

d*un combat à mort. Dans cetle cruelle extrémité, les princes protestants recherchèrent le conseil et l'appui du chancelier Oxensticrn, et le chancelier Oxenstiern leur demanda des secours et des sacriQce^ nouveaux. L*armée était détniite ou dispersée, et Ton manquait de fonds non^seulement pour en organiser une nouvelle, mais même pour payer Tarricré de l'ancienne.

Le chancelier s'adressa à l'électeur de Saxe, et apprit que ce prince était sur le point de signer un traité de paix avec l'empereur; il demanda des subsides aux députés de la basse Saxe, et ces députes , fatigués du fardeau qu'ils supportaient depuis longtemps, refusèrent tout secours, en déclarant que, désormais, ils ne s'occuperaient plus que des intérêts de leurs provinces; le duc Georges de Luneboiw'g, qu'on avait chargé de marcher au secours de la haute Allemagne, assiégea Minden^dans le biit avoué de conquérir cette ville pour lui.

Délaissé ainsi par tous ses alliés en Allemagne, Oxenstiern demanda des subsides à l'Angleterre, à la Hollande, à Venise; et, poussé par l'urgence de ses besoins, il se décida enfin à se jeter dans les bras de la France, parti extrême devant lequel il avait reculé Jusque-là. Depuis longtemps Richelieu attendait et espérait cet événement. Une nécessité impérieuse pouvait seule décider les membres protestants de la diète germanique à seconder les vues du cabinet français sur l'Alsace; cette nécessité venait de se présenter : la France allait désormais prendre une part active à la guerre d'Allemagne, et Richelieu parut avec éclat et grandeur sur ce nouveau théâtre politique. Déjà Oxenstiern, qui ne s'était Jamais montré avare des possessions allemandes, lui avait cédé Philisbourg et plusieurs autres forteresses importantes; rbnchérissant sur ces concessions, les princes protestants lui envoyèrent une ambassade char-

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gée de confier l'Alsace et toutes les places fortes da haut Rhin à la protection française.

Et certes pas un de ces princes n*a pu se tromper sur le véritable sens des mots proïection française; il était suffisamment expliqué par l'exemple des évèchés de Metz, de Tulle et de Verdun, que depuis plus d*un sieck la France protégeait ainsi , même contre leurs sourerains légitimes. Le territoire de Trêves était déjà ocoipé par des troupes françaises ; la conquête de la Lorraine pouvait être regardée comme un fait accompli, puisqu'il ne s'agissait que d'y entrer pour en prendre possessicHi; et, d'après la nouvelle marche des aiïaires, la France ne pouvait manquer d*ôtre bientôt maîtresse de l'Alsace et de reculer ainsi ses frontières du côté de l'Âll^nagne jusque sur les rives du Rhin. Ce honteu)^ démembrement de Tempire germanique fut Touvrage des souverains de cet empire» que la peur poussa à trafiquer lâchemeot avec une puissance qui, sous le masque de Tamitié et i Vitre de protectrice, ne songea qu'à profiter des calanités générales pour agrandir ses États, déjà si riches ^ si étendus.

En échange des sacrifices qu'on venait de lui fwe , Richelieu s'engagea à entretenir sur les bords du Rhin nne armée de douze mille hommes qui, en cas de rupture ouverte avec l'empereur, s'unirait aux Suédois et aux Allemands pour marcher contre l'Autriche. Pour l'instant il promit de faciliter le succès des armes proie»» tantes, en occupant l'armée espagnole sous un prétacte qu'il se proposait de faire naître, et que le hasard m tarda pas à lui offrir.

Les Espagnols venaient de surprendre Trêves , doDi ils avaient fait passer la garnison française au fil de l'épée; et, contrairement au droit des gens , ils avalesl fait l'électeur prisonnier et le retenaient en Flanàre, en dépit des réclamations de ce prince, qui s'était placé

SOUS la sauvegarde de la France. Après avoir vainement demandé satisfaction an cardinal infant, gouverneur du Brubant espagnol , Richelieu lui fit, selon Tùsage du temps, solennellement déclarer la guerre par un héraut d'armes, qui à cet effet se rendit à Bruxelles. Bientôt après, trois armées françaises soutinrent cette déclaration, Tune dans le Milanais, Tautre dans la Yalteline.et la troisièpne en Flandre, La guerre contre Tempereur, qui offrait plus de dangers et moins de profit, ne parais* sait pas autant du goût du cabinet français; ce ne fut qu'après de longs pourparlers qu'il se décida enfin à envoyer le cardinal de la Valette sur les bords du Rhin , avec une armée qui se joignit à celle du duc Bernard pour attaquer les Impériaux , mais sans déclaration de guerre préalable.

L'électeur de Saxe, depuis longtemps jaloux de Tinfluence suédoise en Allemagne, et fatigué des demandes de secours qu'Oxenstiern se voyait sans cesse contraint de lui faire, céda enfin aux intrigues de l'Espagne et aux brillantes promesses de l'Autriche. Sa réconciliation avec l'empereur eut lieu à Pirna en 1634 et amena, Tannée suivante, une paix complète entre la Saxe et l'Autriche. Le traité de cette paix partielle qui fut signé à Prague, porta à la cause protestante un coup plus terrible que ne l'avait été 1» défaite de Nordlinguc; car l'électeur avait entièrement sacrifié la cause de la réformation à ses intérêts personnels et au repos de ses États» Au reste, la situation de l'Allemagne était si cruelle, que chaque jour des milliers de voix s'élevaient vers le ciel pour demander la paix, qui, même aux conditions les plus dures et les plus humiliantes, aurait paru un bienfait. Les contrées où naguère s^agitaient des popu lations^nombreuses n'étaient plus qu'un désert aride ; et si parfois, au milieu de ce triste tableau, se dessinait une verte prairie, une moisson dorée, le passage subit

d'une troupe amie ou ennemie détruisait en peu d'instants le fruit d'une année de travail, et le dernier espoii d'un peuple affamé. Partout l'œil découvrait , comme autant de témoins des calamités publiques, des châteaux en ruine et des villages en cendres, dont les habitants, privés de toutes ressources, étaient allés grossir les rangs des auteurs de leurs maux, et qui faisaient à l(nir tour subir à leurs concitoyens encore assez heureux |x>iir avoir conservé un asile, tous les mauvais traitements dont eux-mêmes avaient été victimes.

C'est qu'en effet il n'y avait alors d'autre moyen possible d'échapper à l'oppression que cekii de se faire oppresseur. Les villes gémissaient sous le joug de fer des garnisons, qui se croyaient le droit de disposer de la liberté, de l'honneur et de la vie des citoyens. Si le passage des armées, les quartiers d'hiver et les contributions de guerre dévastaient et appauvrissaient les eampagnes, le travail et la fertilité du sol pouvaient réparer ces désastres ; mais il ne restait aucun espoir aux habitants des villes dont les murs servaient de refuge à des garnisons permanentes. Pour eux une viclolte était aussi funeste qu'une défaite ; car le vainqueur venait prendre la place du vaincu, et les amis étaient souvent aussi féroces et toujours aussi exigeants que les ennemis. •

L'abandon de la culture et la destruction des moissous avaient élevé les produits de [la terre à des prix exorbitants, et le manque de vivres avait engendré des maladies contagieuses qui enlevaient plus de victimes <pe le fer ou le feu des combattants. Au milieu des infortunes publiques et des souffrances individuelles, tous les liens de la vie sociale s'étaient relâchés. L'obéissance aux lois, la morale, la bonne foi, l'humanité el la confiance dans la parole reçue ou donnée, avaient fait place au droit du plus tort; les vices et les- crimes se dévelop-

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paient à Torabre du malheur et grandissaient sous l'égide de l*anarchie ; en un mol, les peuples étaient devenus incultes et sauvages comme leur pays.

Pour peindre d*un trait toutes les misères de cette époque, il suffit de dire que le soldat régnait on maître, lui dont le despotisme surpaie en brutalité et en exigence tous les despotismes possibles. Le commandant d'un petit corps d'armée se croyait bien au-dessus du souverain dont il occupait le pays*, et il l'était en effet par la puissance et. par la force; et l'Allemagne tout entière se trouvait à la merci de ces petits tyrans, qui répandaient la terreur dans les provinces qu'ils défendaient comme dans celles qu*ils attaquaient. Mais ce qui devait nécessairement mettre le comble à tant de maux, c'est qu'on était forcé de reconnaître qu'ion ne les supportait que pour satisfaire la cupidité des cours étrangères.

C'était pour consolider sa gloire et étendre sa puissance que la Suède prolongeait la guerre d'Allemagne; c'était pour agrandir la France que Richelieu entretenait le feu de la discorde dans l'empire germanique. L'intérêt personnel poussait ces deux cabinets et plusieurs princes allemands à rejeter la paix; mais ils pouvaient, du moins en apparence , justifier cette conduite en l'attribuant à une politique sage et prudente. \près la défaite de Nordlinguc, il était impossible d'espérer une paix équitable; et devait-on, après dix-sept innées de luttes et de sacrifices, renoncer non-seulement i tous les avantages si chèrement achetés, mais encore i ceux dont on jouissait avant le commencement de la fuerre? N'était-il pas plus rationnel de souffrir encore |uelquc temps, afin de ne pas avoir inutilement souffert )endant do si longues années?'En effet, une paix avanageuse était certaine dès que les protestants allemands (t les Suédois agiraient loyalement et d'un commun ac-

cord au cabinet comme sur le champ de bataille ; leurs divisions seules faisaient la force de Tennemi ; elle était donc pour eux le plus granddes malheurs, et ce malheur, rélecteur de Saxe vehait de le rendre éclatant et authentique en traitant séparément avec Ferdinand.

Pressentant les reproches que son parti ne manquerait pas de lui adresser, ce prince crut les prévenir en faisant convoquer tous les souverains de l'Empire , et la Suède elle-même, à un congrès qui devait se tenir à Prague, afin d'arrêter en commun les clauses de la paix entre rAiitriche et la Saxe , paix à laquelle TAllemagne entière était invitée à prendre part. Ce congrès eut lieu au mob de mai 1635. Les droits et les demandes des États protestants furent mis en délibération; mais Ferdinand el Jean-Georges , qui s'étaient arrogé le droit de les juger en dernier ressort, décidèrent ces graves intérêts d'après leurs vues personnelles, et la question religieuse même fut résolue sans la participation des représentants de la réformation.

Voulant faire de cette paix une loi de l'Empire, elle fut proclamée comme telle , et une armée impéna\e était prêle à la faire exécuter : privilège que les constitutions de l'Empire n'accordaient qu'aux dédsions d'une diète régulière. Et comme si l'arbitraire de cette mesure n'était pas encore assez criant , on y mit le comble en déclarant que tout prince allemand qui re* fuserait de s'y soumettre serait déclaré ennemi de son pays. Cette clause anéantissait d'un seul trait le droit le plus sacré des membres de la diète, puisqu'elle les réduisait à obéir à un acte à la rédaction duquel ils n'avaient point contribué. La paix de Prague fut donc, par la forme et par le fond, une œuvre du ban plaisir^ et non un traité légal.

VÉdit de restitution avait été la cause de la ruptitie eulre la Saxe et l'empereur; pour amener une réconci*

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