‹ Poésies de SchillerChapitre 230 sur 258 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

nie, sur laquelle il avait toujours compté pour son gouvernement, avait été assurée à l'électeur de Brandebourg par le traité de Prague. Jamais, au reste, la situation des Suédois en Allemagne n*avait été aussi critique qu'après ce traité. La plupart de leurs alliés les avaient abandonnés, dominés par le besoin de repos, et par la peur que les menaces de Tempereur leur inspiraient. Augsbourg, domptée par la faim, venait d'accepter une capitulation humiliante; Wurtzbourg, Cobourg, et presque toute la haute Allemagne étaient rentrées sous la domination de Tempereur ; la Saxe réclamait l'évacuation de la Thuringe, d'Halberstadt et de Magdebourg ; Philisbourg, dont les Français avaient fait leur place d'armes, était tombée au pouvoir des Autrichiens avec toutes les munitions qu'on y avait amassées, et cette perte considérable avait refroidi le zèle de Richelieu pour la guerre d'Allemagne.

Pour mettre le comble aux embarras du gouvernement suédois, la trêve qu'il avait conclue avec la Pologne touchait à sa fin. Lutter en même temps contre la Pologne et contre TAllemagne était une entreprise tellement au-dessus des forces de ce gouvernement que c'eût été folie d'y songer. II fallait donc choisir entre ces deux ennemis; et l'orgiieil national vota pour la continuation de la guerre avec l'Empire, dans l'espoir qu'il serait facile de décider la Pologne à une prolongation de la trêve.'

La constance, la fermeté inébranlable, et le génie si fécond en ressources du célèbre Oxenstiern, firent face à tant de dangers, à tant de calamités réunies, qui étaient venues fondre en même temps sur la Suède. Ce grand bomme d'État comprit que si les alliéa qui l'avaient abandonné diminuaient ses troupes, ils le dispensaient en même temps de tout ménagement à leur égard, et qu'avec le nombre de ses ennemis s'agrandissait celui

des provinces aux dépens desquelles il pouvait nourrir et payer son armée. Le déplorable traité de Prague pouvait, au reste, lui servir d'excuse dans toutes les éventualités possibles, car il avait réduit les Suédois à une position plus fâcheuse que n'aurait pu le faire la perte de vingt batailles; et s*il fallait absolument évacuer l'Allemagne, il valait mieux s*y laisser contraindre par la force que de s'y résigner lâchem^it. Dans cette cruelle extrémité, il tourna ses regards vers la France, qui le prévint par des oITres avantageuses. L'intérêt des deux cabinets était si étroitement lié, que Richelieu ne pouvait laisser tomber l'autorité de la Suède en Allemagne, sans nuire aux projets d'agrandissement de son gouvernement.

Depuis le traité de Beerwalde, conclu en 1632, le cap binet français s'était servi des armes de Gustave-Adolphe pour abaisser la maison d'Autriche, son. ancienne et irréconciliable ennemie. Effrayé par la fortune rapide du héros du Nord, il avait oublié un instant le but constant de sa politique, pour veiller au maintien de réqair libre européen, troublé par la trop grande puissance des Suédois. Mais la mort du roi, et surtout l'abandon d'une partie de leurs alliés, avaient dissipé les jalousies et les craintes de Richelieu. Aussi le vit-on tout à coup, et au moment où TAllemagne épuisée demandait la paix, entrer dans la lice et y jeter un défi dont Taudace frappa l'Europe entière de surprise et de stupeur. Six armées françaises parurent à la fois sur différents points; deux flottes sillonnèrent les mers, et ce fut avec de l'argent français que les Suédois et les princes protestants soldèrent leurs troupes. Un agent français ^ le comte d'Avaux, négocia une nouvelle trêve entre la Suède et la Pologne, et réussit à faire signer aux deux partis une suspension d'armes de vingt-six années.

Ce traité, qui fut conclu à Stummsdorf , en Prusse, en-

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