‹ Poésies de SchillerChapitre 229 sur 258 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

haine el leni mécontentement. Les protestants se plaignaient d'avoir été sacrifiés aux catholiques, et les catholiques soutenaient que les hérétiques avaient été favorisés à leurs dépens , et qu'on avait trahi lea intérêts de la véritable Église, en accordant pour quarante ans, encore la jouissance des biens ecclésiastiques à ceux qui les avaient usurpés. L'Église protestante se croyait paiement trahie, parce qu'on n'avait pas permis la liberté des cultes dans les États héréditaires de l'Autriche.

Quant à l'électeur de Saxe, il était devenu Tobjet d'une haine spéciale; dans les écrits comme dans les djs^cours publics, on le traita hautement de transfuge, de traître, et on l'accusa d'avoir lâchement vendu à l'empereur sa religion et les libertés de l'Empire. Ce prince cependant se crut le droit de mépriser orgueilleusement CBS accusations passionnées; car presque tous ceux qui se les étaient permises se virent successivement forcés d'accepter la paix dont il était le principal auteur. Le landgrave Guillaume de Hesse-€assel résistait encore, car il ne se sentait nullement disposé à rendre, sans aucune compensation, les belles provinces qu'il avait conquises, et il cherchait à gagner du temps, afin de prendre conseil des événements.

Le duc Bernard de Weimar, dont les États n'existaient encore que sur le papier, et qui, par conséquent, ne pouvait être rangé parmi les souverains intéressés au maintien de la guerre ou de la paix, n'en était pas moins un personnage très-important comme chef des armées du parti protestant. Sans autre fortune que sa valeur et ses talents militaires, son épée était la seule clef des provinces qu'Oxenstiern lui avait données, en lui laissant toutefois le soin de les conquérir. La guerre seule pou-^ vait donc lui conserver son crédit et réaliser ses espérances ; aussi rejeta-t-il avec dédain toutes les clause

de la paix de Prague. Mais de toutes les réclamaliens qui s* élevèrent contre cette paix, celles des .Suédois étaient les plus violentes, et, il faut en convenir, les plus justes.

Attiré sur le territoire allemand par les sapplicatioDS des princes protestants, ils atvaient défendu la religk» et les droits de ces princes aux dépens de leur sang ^ des jours sacrés de leur roi. Pouvaient -ils voir sans indignation qu'on voulût tout à coup les livrer à h vengeance, et, ce qui était pire encore, à la risée dt l'enneinr qu'ils avaient tant de fois vaincu ? Aucun dédommagement, aucune récompense n'avaient été stipulés pour eux dans le traité de Prague, où l'on se bo^ nait à les renvoyer sans égard pour leurs bons et Iqjaoi services , et s'ils ne se soumettaient pas à cet arrêt inique, les princes qui naguère avaient tendu vers eux àe§ mains suppliantes pour leur demander secours et protection , devaient s'armer pour les chasser honteose ment des pays où ils les avaient appelés. L'électeur de Saxe lui-même avait paru sentir cette injustice, car il s'était engagé à leur faire obtenir une indemnité da deux millions et demi de florins. Les sommes avancées )par la Suède pour soutenir cette longue guerre s'élevaient bien au-dessus de ce chiffre, et le chancelier Oxenstiern repoussa avec indignation une offre qm blessait les intérêts matériels et l'honneur de sa natîoo.

« La Bavière et la Saxe, répondit-il, se sont fait paja c par de riches provinces des services que, comme Im € suzerain, l'empereur avait le droit de leur demander; t et nous autres Suédois, nous qui ne devions ries à c tous ces princes de l'Empire, et qui avons payé ps? « la vie de notre roi la protection qu'ils nous ont huoc blement demandée, on veut nous renvoyer' avec ose c misérable indemnité de deux millions de florins! >

Sa colère fut d'autant plus grande, que la Pomén-

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