LIVRE CINQUIÈME
(aise s*était, immédiatement après la prise de Rottweil, retirée dans les environs de Tuttlingue, où elle se livra à la douceur du repos, sans songer à la possibilité d'une attaque. Pendant ce temps, le général de Hatzfeld unit son corps d'armée à celui de la Bavière, commandé par Mercy; et bientôt le duc de Lorraine, que pendant cette guerre on voit toujours partout, excepté dans son duché, vint avec ses troupes se joindre à ces deux généraux; et Je projet de surprendre les Français dans leur camp fut arrêté d*un commun accord.
Ces sortes d'expéditions étaient alors fort usitées, et coûtaient souvent plus de sang que des batailles rangées ; mais elles avaient aussi presque toujours des résultats plus décisifs. Une pareille entreprise ne pouvait manquer son effet contre les Français, qui n'en avaient point l'eX'^ périence, et qui, en tout cas, se croyaient bien assez défendus par la rigueur de la saison, à laquelle ils supposaient les soldats allemands aussi sensibles qu^ils l'étaient eux-mêmes. Jean de Werth, qui passait ajuste titre pour un grand maître dans ce genre de guerre, fut chargé du commandement en chef de ce coup de main projeté contre les Français. Résolu de les attaqupr par le côté où d'étroits défilés et d'épaisses forêts semblaient rendre leur camp inaccessible, il se mit en route vers ce point le 24 novembre 1643.
Protégée par la neige, qui ce jour-là tombait en abondance et obscurcissait l'air, l'avant-garde put s'avancer sans être aperçue jusqu'à Tentrée du bourg de Tuttlingue, où elle s'arrêta, et s'empara sans bruit de toute l'artillerie parquée au milieu des champs, sans autre défense que la glace, qui semblait Tenchainer au sol. Pendant ce temps le reste de l'armée ennemie avait pris ses positions autour du camp, de manière à le cerner de toutes parts. Déjà on s'était rendu maître du château de Honberg sans coup férir, lorsque les Français ren-
fermés dans le bourg de Tuttlingue, qui n*est qu'à noe très-petite distance du château, s'aperçurent enfin qu'oo venait les attaquer ; mais ils reconnurent en même laDpi que la résistance était impossible.
Entourés par l'ennemi, séparés des TÎllages voiâns, où campait le reste de l'armée, sans artillerie, et prêts à essuyer le feu du château qu'on venait de leur âilever, ils ne leur restaient en efiet d'autre espoir de salol que la fuite. Secondée par la qualité supérieure de ses chevaux, une partie de la cavalerie parvint à s'échapper, mais toute l'infanterie fut massacrée ou déposa les armes. Cette défaite leur coûta près de deux mille mortset sept mille prisonniers, parmi lesquels on comptait vingtcinq officiers supérieurs et quatre-vingt-dix capitaines.
Cette longue guerre offre l'exemple de plusieurs batailles beaucoup plus sanglantes que celle du 24 novembre; mais ce fut la seule qui causa une joie égale aux deux partis qui divisaient F Allemagne; car Tun et l'autre se composaient d'Allemands, et Thumiliation do la défaite ne retombait que sur les Français. Les exploits héroïques de Turenne et de Condé ne tardèrent pas à laver l'affront de cette cruelle journée. 11 n'en faut pas numis excuser les Allemands s'ils profitèrent de ce roaibem' pour se venger de la politique perfide du cabinet de Saint-Geritiain, en composant des chants burlesques siir le rude écnec que la valeur française avait éprouvé an camp de Tuttlingue.
Pour les Suédois, dont la vanité nationale n*élaîl point intéressée à la défaite des Français, celle défaite fut un malheur d'autant plus sensible qu'il les frappait au moment oii un nouveau danger les obligeait à transporter la guerre sur un autre point de l'Europe.
La partialité de Christian IV dans le rôle de médiateur dont il s'était chargé entre la 3uède et l' AUemagne, la jalousie secrète que lui inspirait la gloire dont les