‹ Poésies de SchillerChapitre 245 sur 258 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

faire (ranspôner ses trésors et sa famille en lieu de sûreté.

De leur côté, les Suédois, semblables à un torrent impétueux, traversèrent la Moravie, cernèrent la ville de Brunn, s'emparèrent de tous les châteauic et places fortes des rives du Danube, et ne s'arrêtèrent qu'en face de la ville impériale. Les garnisons qu'ils laissèrent dans les postes conquis, et les travaux imposants doift ils en* touraient leur camp, prouvèrent clairement qu'ils n'avaient pas l'intention de faire à TÂutriche une visite passagère. Après un long détour à travers tous les États de l'Empire, la guerre revint enfin au point d'où elle était partie; et les bombes suédoises rappelèrent aux habitants de Vienne les boulets qiie, vingt-sept ans plus tôt, les insurgés de la Bohême avaient jetés dans leurs murs.

Les mêmes causes amenèrent les mêmes effets ; les Bo» hémiens avaient appelé Bethlen-Gabor à leur secours, les Suédois s'adressèreift à son successeur R^gotzy, qui se mit aussitôt en marche, et traversa la Hongrie avec tant de rapidité, qu'on s'attendait à chaque instant à le voir opérer sa jonction avec Torstensohn. D'autres calamités semblaient vouloir hâter la ruine procliaine de la maison d'Autriche.

Réduit à la dernière extrémité par les invasions des^ Suédois, et abandonné par l'empereur, qui, depuis la défaite de Jankov^itz, ne pouvait plus s'occuper que de la défense de sa capitale, l'électeur de Saxe saisit la seule chance dé salut qui lui restât encore, et demanda et obtint des Suédois une trêve que l'on devait renouveler d'année en année jusqu'à la paix générale. D'un autre côté, l'armée française s'était vengée par une campagne brillante de la défaite de Tuttlingue,et le grand-Turenne était venu amener au duc d'Enghien un renfort considé- . rable qui l'avait mis à même d'assiéger Freibourg, dé-

fendu par le général Mercy. L'opiniâtrelé bavaroise mfi vaincu l'impétueuse valeur des Français ; la bataille ds 3 août 1654 leur avait coûté plus de six mille de lems meilleurs soldats, perte à laquelle le cardinal Mazarii {ut si sensible, qu'il en versa des larmes, tandis quek duc d'Enghien, déjà inaccessible à tout autre sentimeBt qu*à l'amour de la gloire, écrivit froidement qu'ans seule nuit de Paris donnait Texistence à plus d'hommes que la bataille de Freibourg n*en avait fait mourir. Ai reste, si cet^ bataille força les Français à une retraite momentanée, elle avait tellement affaibli les Bavarois, qu'ils ne pouvaient ni secourir l'Autriche, ni arrêter fes progrès de Tennemi sur les bords du Rhin, où il s'empara successivement de Spire, Worms, Manheim, Mûlisbourg et Mayence.

Les mêmes événements qui, au commencement de h guerre, avaient empêché l'Autriche de devenir la proie des insurgés de la Bohême, la sauvèrent aussi du sort que lui préparait Torstensobn. Ragotzy venait d am'ver au camp suédois avec vingt-cinq mille hommes; mais cette horde de barbares, accoutumée à vivre de rapines, et de pillage, ne servit qu'à dévaster le pays et à épuiser en peu de temps les ressources de Vannée, tandis qu'il fut impossible de les plier aux combinaisons de la tactique et aux règles de la discipline, qui assurent aux nations civilisées des avantages durables. Bethlen-Gabor n'était yenu jadis au secours des Bohémiens que dans le but d'arracher à l'empereur ui» rançon honteuse et de piller impunément ses États. Ragotzy n'en avait pas eu d*autre; aussi se hâta-t*il de retourner chez lui dès qu'il n'eut plus rien à piller, et que Ferdinand 11! eut consenti à lui payer la donune qu'il demandait pour le débarrasser de sa désastreue présence.

Depuis quatre mois le gros de l'armée suédoise

Page 1