‹ Poésies de SchillerChapitre 246 sur 258 · LIVRE GINQUIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE GINQUIÈMB

geait la ville de Brunn ; mais le commandant de cette forteresse, déserteur suédois, et qui par conséquent ne pouvait rien espérer de la clémence des vainqueurs, se défendait avec le courage du désespoir. Cette résistance inattendue, la retraite subite de leurs alliés transylvaniens, et les maladies contagieuses dont les ravages décimaient Tarmée, contraignirent enfin Tôrstensohn à renoncer au siège de Brunn. Bientôt après il leva le camp établi sous les murs de Vienne, et quitta l'Autriche et la Moravie après avoir doublé les garnisons des places fortes qu'il avait conquises dans ces deux provinces. Par cette précaution il voulait s'assurer le moyen d'y revenir dès que les circonstances le lui permettraient; mais dès Tannée suivante toutes ces places retombèrent au pouvoir des Impériaux, et en peu de temps les villes et les districts de la Bohème et de la Silésie, dont la conquête avait coûté si cher aux Suédois, ne furent plus pour eux que des passages qu'on les voyait sans cesse prendre, perdre, reprendre et perdre de nouveau.

Si les brillantes campagnes de Tôrstensohn n'eurent pas pour son pays tous les avantages qu'il pouvait en espérer, elles amenèrent du moins plusieurs résultats précieux. La réputation des armes suédoises 'était redevenue brillante comme au temps de Gustave-Adolphe ; le Danemark avait été forcé à demander la paix, et la Saxe à conclure une trêve. L'empereur avait modéré son orgueil et ses prétentions ; la France était plus franchement favorable à la Suède, qui elle-même était devenue assez forte pour parler dans les négociations de paix le langage ferme et assuré d'un vainqueur. Satisfait de la position qu'il avait su faire à la cause suédoise en Aile» niagne, Tôrstensohn rentra dans la vie privée, et revint dans son pays couvert de gloire et d*iufirmités nouvelles.

Sa retraite sauva TAutriche de l'invasion à laquelle elle était sans cesse exposée du côté de la Bohême; nuis presque au même instant un nouveau danger Tint I2 menacer parlaSo'uabe et la Bavière.

Pendant la campagne de 1645, Turenne avait été battu près de Mergentheinhpar le général Mercy, qui à la suite de cette victoire était entré dans le pays de Hesse; mais le duc d'Enghien avait aussitôt quitté l'Alsace, k général Kœnigsmark la Moravie, et les Hessois les bords du Rhin, pour venir se joindre à Tarmée de Turenne. Avec ces forces réunies, ce grand général repoussa les Bavarois j usqu'à l'extrémité de la Souabe. Près du rillage d'Allersheim, non loin de Nordlingue, ils se ralliàent enfin, car il s'agissait de défendre rentrée de la Bavière. Us se fortifièrent dans une position presque imprenable; mais de pareils obstacles ne pouvaient arrêter llnlrépide duc d'Enghien.

Ce jeune héros conduisit ses troupes contre les retranchements du camp des ^inemis, qui par leur résistance opiniâtre et héroïque firent de cette bataille une des plus sanglantes de cette longue guerre. La moitié' Mercy, le génie supérieur et la fermeté inébraulable de Turenne, l'intrépidité dés Hessois, décidèrent entin la victoire en faveur des Français; mais ce nouveau et barbare sacrifice offert au dieu des batailles, et qui coula tant de victimes humaines, n'exerça que peu d'influence sur la marche de la guerre, et surtout sur celle des négociations de paix.

L'armée française, fatiguée par un triomphe si ehèrement acheté, affaiblie par le départ des Hessois, ^ et frayée par le renfort que l'archiduc Léopold amena à marches forcées en Bavière, se replia sur le Rhin,cl permit de nouveau aux Autrichiens de réunir toutes leurs forces contre les Suédois stationnés en Bohême et en SUésie.

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