LA FÊTE D'ELEUSIS
Faites des guirlandes d^épis dorés; tressez aussi les frais bluets. Que la joie anime chaque regard ; car voici venir la Déesse qui réprime les mœurs sauvages, qui rapproche Thomme de Thomme, qui a remplacé la tente mobile par des demeures stables et paisibles.
Le Troglodyte se cachait dans les grottes des montagnes; le nomade laissait déserts les champs où il passait; le chasseur traversait les campagnes avec Tare et Tépieu, et malheur à l'étranger que les vagues jetaient sur le fatal rivage!
Gérés, en cherchant les traces de sa fille, vit ces contrées abandonnées. Là nul vallon ne verdissait, nul toit ne lui offrait Thospitalité, et nul temple n'attestait que Ton rendît hommage aux Dieux.
On ne connaissait point les fruits de la moisson qui parent un festin. Sur des autels affreux on voyait se dessécher des ossements humains. Dans tous les lieux que la Déesse traversa elle ne vit que la misère, et elle gémit sur rabaissement de la race humaine.
LA FÊTE D'ÉLEaSIS. lOD
« Est-ce aÎDSJ , dit-elle , que je dois retrouver rhomme, auquel nous avons prêté notre image, et dimt la forme idéale brille dans TOlympe? Ne lui avons-nous pas donné le sein de la terre, et dans son royal empire il erre malheureux comme un exilé? y>
« Aucun Dieu n*aura-t-il pitié de lui? aucun être céleste ne Tenlèvera-lril d*une main puissante à cette misère profonde? L'Olympe heureux n est point ému des larmes de Fhumanité; mais elles touchent vivement mon cœur.
« Pour que Thomme devienne homme , il faut qu'il forme an pacte éternel et confiant avec la terre, qui est sa mère ; qu'il honore la loi des temps, le cours sacré des astres^ dans leurs mouvements harmonieux. »
Elle écarte doucement le nuage qui la voile aux regards et se montre tout à coup, au milieu des hordes sauvages, dans sa divine majesté. Ces hommes célébraient leur victoire dans un festin, et ils offrirent à Gères une coupe pleine de sang.
Elle la repousse avec horreur et leur dit : « Le sang n'arrose point les lèvres des Dieux. Les êtres divins n'exigent point de sacrifices. C'est en leur offrant les fruits de l'automne et les dons des champs qu'on leur rend hommage. )»
Elle enlève la lance que le chasseur tient à. sa
fia POÉSIES DE SCHILLER.
main, elle s*en sert pour tracer dans le sable an sillon; puis, prenant un des féconds épis de sa couronne, elle le jette dans ce sillon et le fait germer.
Le sol se couvre de verts épis^ et aussi loin que s'étend le regard on aperçoit une forêt d'or; elle bénit la terre en souriant, lie la première gerbe, choisit une pierre pour son foyer, et elle dit : « Ju* piter, toi qui es placé au-dessus de tous les Dieui, montre-moi par un signe que ce sacrifice te plaît. Écarte les nuages de ce peuple qui ne sait pas encore ton nom, ouvre-lui les yeux, afin qu'il le connaisse. »
Jupiter entend dans sa demeure suprême les prières de sa sœur. Il lance du haut de l'Olympe Téclair de la foudre, la flamme s'élève sur l'autel, el l'aigle tourne en longs circuits dans les airs.
La foule émue se jette aux pieds de la Déesse. Les Âmes grossières éprouvent pour la première fois un sentiment humain. Les barbares rejettent leurs armes sanglantes, ouvrent leur intelligence obscure aux leçons éloquentes de la Déesse.
Les êtres célestes descendent de leur trône. Thémis est à leur tête avec son sceptre de justice, elle fixe les droits de chacun, pose les limites du sol et prend pour témoins les mystérieuses Divinités du Styx.
Puis arrive le fils ingénieux de Jupiter, l'artiste
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habile à façonner des vases de bronze et d'argile. II enseigne la manière de se servir des tenailles et des soufflets, et il forge sur son enclume le premier isoc de charrue.
Minerve, que Ton distingue avec sa lourde lance entre tous les Dieux, fait entendre sa voix et parle impérieusement aux habitants de TOlympe. Elle veut construire des remparts pour servir de refuge et de défense, pour réunir dans une même communauté les hommes dispersés.
EUe s'avance d'un pas majestueux à travers les champs, et le dieu Terme marche sur ses pas. Elle mesure les contours de la colline et enferme le lit du fleuve dans une enceinte sacrée.
Toutes les nymphes et les oréades qui suivent Diane sur les sentiers de la montagne, leur épieu de chasse à la main, se mettent à l'œuvre, travaillent avec joie, et sous les coups de leurs haches tombe la forêt de sapins.
Le Dieu couronné de roseaux sort aussi de ses ▼ertes ondes, dirige son fleuve selon la volonté de la Déesse, les heures légères fuient rapidement, et les nides tiges d'arbres s'arrondissent sous la main des ouvriers habiles.
On voit aussi venir le Dieu des mers; d'un coup de son trident il arrache à la terre les colonnes de
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granit, il les balance entre ses mains puissantes, comme un léger fardeau, et avec Hermès il en couronne les remparts des villes.
Mais Apollon fait entendre Tharmonie de ses cordes d'or, la douce cadence et la mélodie puissante. Les neuf Muses y joignent leurs chants, et les pierres, attirées par ses accords, se joignent aux pierres.
Cybëie pose d'une main expérimentée les portes aux larges ailes et y place les verrous et les serrures. Par la main des Dieux Tédifice superbe est promptement achevé, et les murailles du temple brillent d'un éclat solennel.
La Déesse s'avance avec une couronne de myrte. Elle conduit le plus beau berger près de la plus belle bergère. Vénus avec son doux enfant pare elle-même ce premier couple. Tous les Dieux apportent des dons aux jeunes époux.
Les nouveaux citoyens entrent dans le temple, conduits par la troupe des Dieux.
Cérôs remplit à l'autel de Jupiter l'oflBce de prêtresse. Elle répand sa bénédiction sur la foule et lui dit :
<c Les animaux du désert aiment la liberté. Les Dieux régnent librement dans l'espace ; les lois de la nature répriment les joies déréglées. L*homme, placé entre les Dieux et les animaux, doit s'associer