L'IDÉAL
^ Ainsi tu veux donc me quitter, infidèle, avec tes douces fantaisies, avec tes douleurs et tes joies ; tu Teui fuir avec tous tes dons inexorables ! Rien ne peut-il t'arréter, 6 fugitif ? 0 temps doré de ma vie ! Non! je Vinvoque en vain. Tu te précipites dans Tocéan de Vétemité.
Ils sont éteints les beaux rayons qui éclairaient le sentier de ma jeunesse ; il s'est enfui Tidéal qui jadis remplissait mon cœur enivré ! Elle a disparu rbeureuse croyance enfantée par mes rêves, cette croyance si belle, si divine ; elle est devenue la proie d*une grossière réalité.
De même qu'autrefois Pygmalion avec un ardent désir embrassait la pierre, jusqu'à ce que les joues glacées de sa statue de marbre éprouvassent une brûlante sensation, de même j'embrassais avec amour, avec Vardeur de la jeunesse, la nature, jusqu'à ce qu'elle commençât à respirer, à s'échauffer sur mon cœur de poète ;
i32 POÉSIES DE SCHILLER.
Jusqu'à ce que, partageant mon ardeur, elle trouvât une voix pour me répondre ; jusqu'à ce qu'elle comprît les plaintes de mon cœur et me rendit les baisers de l'amour. Alors Tarbre; la rose vivaient pour moi ; la source limpide me chantait un chant harmonieux ; les êtres inanimés eux-mêmes s'associaient aux mouvements de ma vie.
Par une impulsion toute-puissante, Tuniversalilé des choses dilatait mon esprit et l'entratnait vers la vie, vers l'action et la parole, vers l'image et l'harmonie. Que ce monde semblait grand, tant que le fruit que j'en attendais resta voilé ! hélas! quel faible germe en est sorti, quel pauvre fruit en est éclos !
Avec quel courage audacieux le jeune homme, dont nulle sollicitude n'arrêtait l'essor, s'élançait, dans l'illusion de ses rêves, sur les routes de la vie ! son vol l'emportait jusqu'aux astres les plus élevés. Il n'y avait rien de si éloigné, rien de si haut où son aile ne pût atteindre.
Comme il était légèrement porté vers le bonheur le plus difficile à obtenir; comme il voyait se balancer devant lui le riant cortège de la vie: l'amour avec ses douces faveurs, la fortune avec sa couronne d*or, la gloire avec son diadème étoile, la vérité avec son éclat céleste !
Mais, hélas! au milieu de la route, toutesices