L'IMAGE VOILÉE DE SAIS
rière ce yoile? — La vérité. — Quoi 1 dit-il, c'est la Yëritë seule que je cherche et c'est elle que Ton me cache 1 — Soulève ce voile avec Taîde de la Divinité, répond le hiérophante. Nul homme, a-t-elle dit, ne Fenlèvera, si je ne le seconde moi-même. Et celui qui d*ane main profane et coupable osera arracher ce voile sacré, ce voile interdit? — Eh bien? — Ge!ai-là verra la vérité.
— Étrange oracle ! toi-même tu ne Tas donc jamais soulevé? — Moi ! Oh non ! jamais, et je n'eu ai pas été tenté. — Je ne te comprends pas. S'il n'y a entre la vérité et moi que ce léger rideau?... — Et une loi, mon fils, reprend le prêtre^ une loi plus imposante que tu ne peux le croire. Ce voile, léger pour ta main, serait lourd pour ta conscience.
Le jeune homme s'en retourne pensif dans sa demeure, la soif du savoir lui enlève le sommeil. II se retourne avec une anxiété brûlante sur sa couche et se lève à minuit. D*un pas craintif, il se dirige involontairement vers le temple. 11 gravit légèrement le mur extérieur et d'un bond hardi s'élance dans l'enceinte.
Là il s'arrête dans le silence terrible, interrompu seulement par le bruit de ses pas. Du haut de la coupole la lune projette sa lueur argentine, et dans les ténèbres de l'enceinte l'image voilée apparaît à la
lueur de cet astre nocliirne, comme on Dieu visible.
Le jeune homme s'avance d*an pas incertain, sa main téméraire va toachet le voile sacré ; mais un frisson subit agite tous ses membres et un bras invisible le repousse au loin. — Malheureux ! lui crie une voix intérieure, que vas- tu faire? Veux-tu porter atteinte à la Divinité? Nul homme, a dit Toracle, ne soulèvera ce voile, si je ne le seconde moi-même. Mais ce même oracle n*a-t-il pas ajouté : Celui qui arrachera ce voile verra la vérité? — Qu'importe ce qu'il y a là derrière? s*écriele jeune homme, je veux le soulever, je veux la voir. — La voir ! répète l'écho railleur.
Il dit et enlève le voile. Demandez maintenant ce qu'il a vu. Je ne le sais; le lendemain, les prêtres le trouvèrent pâle et inanimé, étendu aux pieds de la statue d'Isis. Ce qu'il a vu et éprouvé, sa langue ne Ta jamais dit. La gaieté de sa vie disparut pour toujours. Une douleur profonde le conduisit promptement au tombeau, et lorsqu'un curieux importun l'interrogeait : — Malheur, répondait-il, malheur à celui qui arrive à la vérité par une faute ! Jamais elle ne le réjouira.