‹ Poésies de SchillerChapitre 5 sur 258 · LE CHANT DE U CLOCHE · texte numérisé non relu

LE CHANT DE U CLOCHE

Yi^M Toeo, nurtaos planipo» fulgura firtag*.

Le moule d'argile est encore plongé et scellé dans la terre ; aujourd'hui la cloche doit être faite. A l*œuTre, compagnons, courage ! la sueur doit rui^ seler du front brûlant. L'œuvre doit honorer le mal* Ire; mais il faut que la bénédiction vienne d'en haut.

D convient de mêler les paroles sérieuses à l'œuvre sérieuse que nous préparons ; le travail que de sages paroles accompagnent s'exécute gaiement. Cousîiérons gravement ce que produira notre faible pouvoir ; car il faut mépriser l'homme sans intelli-

gence, qui ne réfléchit pas aux entreprises qu'il veut accomplir. C*est pour méditer dans son cœur sur le travail que sa main exécute » que la pensée a été donnée à Thomme : c'est Ik ce qui Thonore.

Prenez du bois de sapin ; choisissez des branches

sèches, afin que la flammé plus vive se précipite dans

le conduit. Quand le cuivre bouillonnera, mêlez-y

vpromptement Tétain, pour opérer un sûr et habile

alliage.

La cloche que nous formons à Taide du feu dans le sein de la terre attestera notre travail au sommet de la tour élevée. Elle sonnera pendant de longues années ; bien des hommes Tentendront retentir à leurs oreilles, pleurer avec les aiQigés et s*unir aux prières des fidèles. .Tout ce que le sort changeant jette parmi les enfants de la terre montera vers cette couronne de métal et la fera vibrer au loin.

Je vols jaillir des bulles blanches. Bien! la masse est en fusion. Laissons-la se pénétrer du §el de la cendre, qui hâtera sa fluidité. Que le mélange soit pur d'écume, afin que la voix du métal poli retentisse pleine et sonore ; car la clochd salue avec l'accent solennel de la joie l'enfant bien-aimé à sonentréo dans la vie, lorsqu'il arrive plongé dans le sommeil. Les heures joyeuses et sombres de sa destinée sont encore cachées pour lui dans les voiles du temps; l'amour de sa mère veille avec de tendres

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soins sar son matin doré ; mais les années fnient rapides comme une flèche. L'enfant se sépare fièrement de la jeune fille ; il se précipite avec impétuosité dans le courant de la vie, il parcourt le monde avec le bâton de voyage et rentre étranger au foyer paternel, et il voit devant lui la jeune fille charmante dans Téclat de sa fraîcheur, avec son regard pudique, son visage timide, pareille à une image du ciel. Alors un vague désir, un désir sans nom, saisit Tâme du jeune homme ; il erre dans la solitude, fuyant les réunions tumultueuses de ses frères, et pleurant à l'écart. Il suit en rougissant les traces de celle qui lui est apparue, heureux de son sourire , cherchant pour la parer les plus belles fleurs du vallon. Oh ! tendre désir, heureux espoir, jour doré du premier amour ! les yeux alors voient le ciel ouvert, le cœur nage dans la félicité. Oh ! que ne fleurit-il à tout jamais, Theureux temps du jeune amour !

Gomme les tubes brunissent déjà ! J'y plonge celte baguette : si nous la voyons se vitrifier, il sera temps de couler le métal. Maintenant, compagnons, alerte I Examinez le mélange et voyez si, pour former un alliage parfait, le métal doux est uni au métal fort.

Car de Talliance de la douceur avec la force, de lasAvéritë avecla tendresse, résulte la bonne harmonie. C'est pourquoi ceux qui s'unissent à tout jainais doivent s*assurer que le cœur répond au

cœur. Courte est Tillusion, long est le repentir. La couronne virginale se marie avec grâce aux cheveux de la fiancée, quand les cloches argentines de Téglise invitent aux fêtes nuptiales. Hélas ! la plus belle solennité de la vie marque le terme du printemps de la vie, la douce illusion s'en va avec le voile et la ceinture ; la passion disparaît, puisse Tamour rester ! la fleur se fane, puisse le fruit mûrir ! Il faut queThomme entre dans la vie orageuse, il faut qu'il agisse, combatte, plante, crée, et, par l'adresse, par reflort, par le hasard et la hardiesse, subjugue la fortune. Alors les biens affluent autour de lai, ses magasins se remplissent de dons précieux, ses domaines s'élargissent, sa maison s'agrandit, et dans cette maison règne la femme sage, la mère des enfants. Elle gouverne avec prudence le cercle de famille, donne des leçons aux jeunes filles, réprimande les garçons. Ses mains actives sont sans cesse à l'œuvre ; elle augmente par son esprit d'ordre le bien-être du ménage; elle remplit de trésors les armoires odorantes, tourne le fil sur le fuseau, amasse dans des buffets soigneusement nettoyés la laine éblouissante , le lin blanc comme la neige ; elle joint l'élégant au solide, et jamais ne se repose.

Du haut de sa demeure, d'où le regard s'étend au loin, le père contemple d'un œil joyeux ses propriétés florissantes. Il voit ses arbres qui grandissent.

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