POEME PASTORAL
J E chante le berger dont les doux chalumeaux
Autrefois ont été l'honriéur de nos hameaux.
Le beau berger Athîs , et la triste aventure
Par qui sa nymphe et lui changèrent de figure
Et paroissent encor l'un de l'autre amoureux ,
En arbres toujours verts j mais toujours malheureux;
Le symbole parfait des ania^hs véritables,
Fidelles rarement sans être misérables :
Je dirai le terrible et juste châtiment
Des lâches ennemis d'un si discret amant:
5o ATHIS.
L'Orne encore aujourd'hui fait voir ce grand miracle :
Tant il est dangereux, Amour, de faire obstacle
Aux innocens esprits qui, vivant sous ta loi.
Ne reconnaissent point de plus grand Dieu que toi.
Doctes soeurs d'Apollon, que mon labeur réclame,
Faites qu'heureusement j'en dispose la trame.
Que je raconte tout, selon l'ordre et le temps.
Comme nous l'ont appris nos plus vieux habitans,
Et, propices, venez chasser les noire's ombres
Dont pourroient m'embrouiller les ans épais et sombres.
Mais toi, le plus puissant de tous les immortels,
Dont j'ai si constamment encensé les autels,
Grand Dieu qui sur mon cœur, depuis que je respire ,
As presque toujours eu le souverain empire.
Après t'avoir donné les plus beaux de mes jours.
Amour , me pourras-tu dénier ton secours ?
Je ne demande pas qu'une nouvelle flamme
Par tes traits redoublés vienne embraser mon ame :
Non; je ne veux de toi que les mêmes soupirs,
Les plaintives langueurs et les jeunes désirs
Qui , dans mon amoureuse et triste destinée ,
Font l'unique entretien de mon ame enchaînée :
Même si quelquefois mon berger amoureux
Trouve en son fier destin quelque moment heureux,
Sans toi , si tu le veux, je le puis bien décrire :
Comme enfin tu touchas l'objet de son martyre,
Fléchis l'aimable objet qui me tient sous sa loi;
Un soupir de son coeur y fera plus que toi.
CHANT PREMIER. 5i
Et quelle ne doit pas être cette peinture,
Quand je la concevrai comme mon aventure ?
Merveille de la France, ornement de la cour,
Pes peuples le désir, des monarques l'amour.
Vrai sang du grand Henri , belle et fière amazone
A qui du monde entier devroit s'offrir le trône ,
Mon loisir criminel au fond de nos déserts
Rougit en vous offrant ces champêtres concerts ;
La gloire de Gaston et de vos grands ancêtres
Par moi devroit monter au-dessus de nos hêtres ,
Et votre nom fameux sur l'aile de mes vers
Devroit avoir déjà couru tout l'univers;
Mais , princesse , il faudroit que ma voix fût plus forte ,
Pour seconder l'ardeur qui déjà me transporte,
Qu'Apollon me soutint, et qu'il remplît mon sein
D'un feu qui répondît à mon noble dessein.
Avant donc que je puisse à la haute trompette
Changer les sons plaintifs de ma foible musette ,
Daignez prêter l'oreille à ma rustique voix.
Et ne méprisez point nos ruisseaux et nos bois.
Sur les rives de l'Orne, une forêt obscure Cachoit un vieux rocher creusé par la nature ; Dans cette grotte sombre un berger amoureux Déploroit à l'écart son destin rigoureux ; Athis étoit son nom : sa douce mélodie Eût pu le disputer aux concerts d'Arcadie; De toute la contrée il étoit l'ornement,
Sage et discret berger, et plus discret amant.
Pour ses maux qu'il vouloit surtout rendre invisible»
Il n'étoit point de lieux assez inaccessibles ;
Il fuyoit les témoins et se cachoit au jour ;
Mais peut-on quelquefois se cacher à l'Amour?
Ce dieu dans nos vergers et dans nos pâturages ,
Alors comme aujourd'hui, faisoit mille ravages^
De tout ce qui vivoit en ces lieux pleins d'attraits.
Il n'étoit point de cœurs rebelles à ses traits :
Mais le berger Athis et la bergère Ardène
Soupiroient entre tous une cruelle peine;
Tous deux d'un pareil trait se virent enflammés ;
Tous deux aimoient beaucoup et n'étoient point aimés;
Car la bergère enfin, dans son cruel martyre,
Soupii-e pour Athis, qui pour Isis soupire;
Partout elle le suit, et ne s'aperçoit pas
Qu'elle est comme son ombre attachée à ses pas;
Les mépris du berger et sa farouche fuite
Ne pouvoient rebuter sa constante poursuite.
Mille fois dans nos prés , dans nos bois , dans nos champs ,
Par ses tristes regards, par ses discours touchans.
Toujours sans aucun fruit, du berger insensible
Elle avoit combattu la rigueur invincible ;
Son amour obstiné ne se peut empêcher
De le poursuivre encore au creux de ce rocher.
Et s'y croyant plus libre : « Ah! bel Athis, dit-elle,
c Es-tu né pour n'aimer que ton humeur cruelle ?
« Et qu'a de si charmant ce sauvage séjour.
€ Qui vaille mieux qu'un cœur qvie tu brûles d'amour ?^
c Certes, qvioique c* cœur qui t'adore et qui l'aime,
« Insensible berger, cent fois plus que lui-même,
c Aimât mieux mille fois être arraché par toi
€ Que de t'en voir aimer une autre plus que moi ,
t Peut-être la douleur dont je serois saisie
« Se pourroit ralentir malgré ma jalousie ,
€ Si je voyois qu'un jour, t'étant laissé charmer,
c Tu connusses au moins ce que c'est que d'aimer,
c Surtout si ton vainqueur t'étant inexorable
€ ( Si toutefois quelqu'un en peut être capable ) ,
« Un jour je t'oyois dire en ton pressant souci :
€ Je te fuyois, bergère, et tu m'aimois ainsi. »
C'est ainsi que parloit la malheureuse Ardène ;
Mais ignorant encor la moitié de sa peine ,
Et ne connaissant pas que ses soins superflus
Demandoient au berger un cœur qu'il n'avoit plus,
Tant son respect , tyran de ses flammes discrètes ,
Etoit indtistrieux à les tenir secrètes.
Aussi, sans lui vouloir découvrir son tourment,
Il ne lui répondit qu'en ces mots seulement :
« Ardène, laisse-moi dans ce lieu solitaire « Et ne demande point ce qui me désespère, a Soit qu'Amour de ses traits ne me puisse charmer | « Ou bien que j'aime ailleurs, je ne te puis aimer. « Pourquoi veux-tu par force arracher de mon ame a Un aveu qui tous deux nous rend dignes de blâme? « S'il t'est honteux d'aimer ce qui ne t'aime pas ,
« Sans honte je ne puis mépriser tes appas ;
« Mais je l'aimerois mieux que, par de vaines feintes,
« Donner plus de raison à tes injustes plaintes.
« ïu cesseras un jour de te plaindre de moi ,
« Et sauras que je suis plus malheureux que toi. »
« Ah! berger, reprit-elle, en peut-il être au monde,
« Voyant le peu d'espoir où mon amour se fonde,
« Et qu'enfin je deviens à ton cœur méprisant,
€ Pour te vouloir trop plaire, un objet déplaisant?
« AJi ! farouche berger , deviens plus raisonnable.
« Quoi! pour t'aimer beaucoup en suis-je moins aimable?
« Je me considérois dans l'Orne l'autre jour,*
■ Et mon visage encor peut donner de l'amour :
« Mille et mille bergers m'ont offert leurs franchises,
« Je les méprise tous pour toi qui me méprises ;
« Mais une autre doit-elle enfin te conquérir
€ Pour te faire acheter ce que je viens t'offrir ?
« Qui plus que moi d'agneaux a dans sa bergerie,*
« Mène plus de troupeaux dans la grande prairie ,
« De plus riches moissons voit ses guérets jaunis ,
« Ses vergers plus souvent de Pomone bénis ,
« Et peut plus aisément, disposant de son père ,
• En disposer au gré de qui saura me plaire ? »
• !Nec sum adeô informis : nuper me in littore yidi.
Firg. Ed. 3. V. 2».
• Tliéoerite , Id. ii.f. 34.
Virgile , Ed. 2. v. i^ et suiv.
Ardène épand en l'air ces propos superflus , Ne s'apercevant pas qu'Athis ne l'entend plus. Cependant , échappé par une prompte fuite, La forêt le dérobe à sa vaine poursuite.
Il la fuit, on le fuit; il charme, il est charmé: Ainsi le veut Amour; on aime, on est aimé : Mais combien rarement, tant on est misérable, Se trouve-t-on aimé de ce qu'on trouve aimable ! Son mal n'étoit pas tnoindre, et l'on en peut juger. Il aimoit une nymphe et n'étoit qu'un berger ; Mais quand il eût fallu languir sans espérance, De mépris éternels voir payer sa constance, A de mortels ennuis se laisser consumer. Il le pouvoît plutôt que vivre sans l'aimer.
Ses brebis, de langueur sèches et dépéries, A la merci des loups erroient dans les prairies ; Les fruits de ses vergers aux arbres pourrissoient; Ses jardins négligés tristement languissoient, Hors ses verts orangers à la fleur si charmante, Celle de ses jasmins si douce et si plaisante, Que son soin curieux gardoit de se flétrir Dans l'espÔir qu'à sa nymphe il en pourroit offrir; De stériles chardons ses moissons étouffées En herbe jaunissoient ou séchoient échauffées; Quelquefois s'il semoit , c'étoit hors de saison , Et laissoit aux oiseaux à faire sa moisson : Tant son esprit troublé de son amour extrême Avoit perdu le soin de son intérêt même.
Heureux lorsque suivant Isis parmi ces bois, Compagnon de sa chasse , il pOuvoit quelquefois Marcher tout transporté sur ses traces divines, D'un fort, pour son passage, écarter les épines. L'entendre de ses cris ou du cor quelquefois Animer de ses chiens la généreuse voix ; D'autrefois l'écouter discourir sur les quêtesj Ou lorsqu'à ses regards , courant après les bêtes , Quelque chute propice ou sa trop prompte ardeur D'un bras ou de sa gorge exposoit la blancheur. Lui faisoit de sa jambe admirer la figure, Ou d'vin pied si bien fait l'agréable structure î Mais ce léger plaisir et ces vaines faveurs N'étoient pas pour guérir de mortelles langueurs. Quoiqu'en sa fantaisie un vain espoir propose, A qui se meurt d'amour il faut tout autre chose. De découvrir aussi tout le niai qu*il sentoit , C'étoit mettre en hasard le bien qui lui restoit ; Car la nymphe pouvoit au récit de sa plainte De haine ou de pitié sentir son ame atteinte ; Si bien que, balançant sa crainte et son espoir, Il craignoit d'en mourir ou de ne la plus voir. Il n'en guérira point s'il cèle son martyre ; Mais il sera banni dès qu'il l'osera dire : S'il pouvoit tout gagner, il pouvoit perdre tout : Un cœur mal aisément en ce point se résout.
Déjà par trois hivers la brûlante froidure Avoit privé nos bois de leur belle verdure ,
Et le troisième Avril, ennemi des glaçons, Ramenoit des oiseaux les divines chansons, Depuis que ce berger, accablé de ses chaînes, Souffroit sans en parler de si cruelles peines.
La nymphe, qui partout le voit suivre ses pas, Croit que pour lui la chasse a les mêmes appas, Et ne prend ses devoirs et ses constans services Que pour un simple amour de ses doux exercices. Cent fois ses yeux près d'elle en versèrent des pleurs, Et plaintifs et mourans firent voir ses douleurs ; Surpris plus de cent fois de la trouver si belle. Il pâlit, il rougit et trembla devant elle; Mais le respect en vain veut toujours commander. L'amour le plus soumis ne peut toti jours céder.
D'une indiscrète ardeur la nymphe encouragée, Contre un grand sanglier au combat engagée, Ayant brisé son dard, hors d'espoir de secours. Tâchant d'un seul tronçon de défendre ses jours. Au lievi le plus désert de la foret obscvire, Alloit tragiquement finir son aventure , Quand l'amoureux berger, par ses cris appelle. Vint, la vit et soudain au combat fut mêlé , Et plus soudain encor de la cruelle bête Au bout de son épieu lui présenta la tête. Mais, séduit par l'accueil qui sa flamme enhardit, En ce moment fatal son respect se perdit.
« Ah ! nymphe , lui dit-il l'ame d'amour ravie, « Que mon bonheur est grand de vous sauver la vie !
58 ATIIIS.
0 Mais quel malheur le suit, si dans mon triste sort
0 Vous n'allez l'employer qu'à me donner la mort!
« Ah ! nymphe trop aimable , au moins si ce service
« Mérite de vous voir un moment plus propice ,
a Vous sauvant du péril qui menaçoit vos jours,
« Las ! songez à celui que sans cesse je cours :
0 Voyez l'abîme affreux où je me précipite,
« Voyez ce qui m'attire, et si je ne mérite
« Que votre cœur ému pense à m'en retirer ,
« Du moins portez vos yeux à le considérer. »
De son étonnement à peine revenue
Et d'un trouble nouveau la belle Isis émue,
Mais moinspar son discours que par son grand transport,
Ne reprit ses esprits qu'en se faisant effort,
Et, dans son innocence et simple et naturelle :
« Quel abîme, berger, ou quel péril, dit-elle?»
« Hélas î interrompit aussitôt ce berger,
« Un abîme attrayant où se seiît engager
0 Quiconque comme moi de passion capable,
a Attiré par l'aimant d'un charme inévitable ,
« Insensé, téméraire, aveugle, audacieux,
« Sur vos divins appas ose lever les yeux;
« Un précipice aimable où depuis trois années
« Mon ame et ma raison se jettent obstinées ;
« Un péril que je veux et ne puis éviter,
c Quand tourmenté d'vin mal que je sens irriter
« Par l'extrême respect qui le retient sans cesse ,
« Forcé comme à la gène, il faut que je confesse
« ( Quand l'aveu m'en devroit faire perdre le jour ) ,
« Nymphe, que vos beaux yeux me font mourir d'amour.»
Moins semblable à lui-même, en sa mortelle tranee,
Qu'au pâle criminel attendant sa sentence ,
A ces mots il se tvit, tremblant, blême, interdit,
Se repentant déjà de ce qu'il avoit dit.
Et n'osant seulement lever les yeux sur elle ,
Certain que de ses feux l'audace criminelle
Ne liroit sur son front, auparavant si doux,
Qu'un triste arrêt de mort écrit par son courroux.
Mais qui pourroit aussi de la nymphe sévère
Exprimer le dédain , l'orgueil et la colère ?
Ne sentant rien encor d'Amour ni de ses traits, Et ne le connoissant que par ces noirs portraits Qu'en font incessamment en leurs vaines chimères Les maris défians et les fâcheuses mères ; Dans son étonnement semblable au voyageur Qui , sur l'herbe couché pour passer la chaleur , S'endort, et s'éveillant voit proche de sa tête La couleuvre dresser sa venimeuse crête ; A peine elle connut ce berger amovireux, Que, ne le regardant que comme un monstre affreux, Vite elle s'en éloigne, et de frayeur émue. Sans oser seulement sur lui tourner la vue : (■ Va, dit-elle, berger, va bien loin de ces lieux, « Et cesse pour jamais de t'offrir à mes yeux. »
6o ATHIS.
JJocTE et superbe Grèce, et toi, belle Italie, Que tant de beaux esprits ont encore embellie; Vous qui méprisez tout, altières nations, Qui vantez seulement vos propres fictions, Et seules présumez avoir été capables De rendie à votre gré les choses mémorables. Apprenez que les Dieux, nous aimant comme vous, Ont aussi quelqxiefois habité parmi nous.
Cette longue cité qui, célèbre et superbe. Entre ses citoyens compte le grand Malherbe, Et qui peut-être encor ( si je ne me deçoi ) Tourra bien quelque jovir se souvenir de moi , Caen , qui par son assiette et commode et plaisante , Par son air toujours pur, sa demeure riante. Par ses prés, par ses eaux et par mille beautés Justement le dispute aux plus nobles cités , Caché sous sa matière en ses propre» entrailles, N'avoit encore rien de ses fortes murailles, De ses temples fameux, de ses grands bàtimens Et de tant de divers et riches ornemens ;
CHANT SECOND. Ci
Cette massive tour par quatre autres flanquée, Qu'en vain ses ennemis ont toujours attaquée, Ce château redoutable et ses fermes remparts, L'ouvrage et le palais du premier des Césars, Ne pressoient point encor leurs fondemens solides, Et le riant aspect de tant de pyramides, Dont l'orgueilleux sommet s'élève jusqu'aux cieux, N'attachoient point encor les regards curieux.
Cadmus qui, las d'errer après sa sœur ravie. Et de l'avoir en vain si long-temps poursuivie, Etant enfîn venu dans ces lieux pleins d'attraits, Y borna sa recherche et ses tristes regrets , Qui, du peuple voisin trouvant l'humeur docile, Fit premier le dessein d'y bâtir une ville , D'une étroite muraille et d'un foible fossé Seulement pour enceinte avoit le plan tracé. Quelques toits ramassés vers cet endroit où rOnif Divise en deux canaux son eau paisible et morne. Sans ordre, sans hauteur, et se sentant encor De la simplicité de l'heureux âge d'or Dont jusqu'alors ces lieux conservoient l'innocence, Composoient un objet sans alicune apparence. Mais qui peut s'affranchir de l'empire du temps ? Et que ne changent point les siècles inconstans ? Par l'intérêt sordide en sillons divisées. Nos plaines n'étoient point par le contre brisées ; Ce peuple bocager, qu'en nos fertiles champs Le gain de la moisson attire tous les ans,
02 ATIÎIS.
Du long de nos guérels, en la saison ardente,
N'avoit point promené sa faucille tranchante;
Au lieu de tant d'épis, forêt sombre avitrefois,
Nos plaines ne donnoient que de l'ombre et du bois,
Et la même forêt seroit encor peut-être.
Sans l'insigne forfait de son injuste maître ,
Dont la punition a laissé dans ces lieux
D'éternels monumens de l'équité des Dieux.
Le cruel Marmion , roi des plages Bessines ,
Possédoit ces forêts et les plaines voisines,
Et sous sa dure loi tenoit encor soumis
Ces peuples que Cadmus avoit faits ses amis ,
Soit qu'il fût faux ou vrai, flattant son arrogance
Que de ce grand héros il tiroit sa naissance.
Un vieux château détruit , où de sales plaisirs Il alloit assouvir ses infâmes désirs , Caché sous un amas de ronces et d'épines. Garde encore avijourd'hui son nom en ses ruines ; Heureux si, conservant ce triste souvenir. Il eût caché son crime aux siècles à venir.
Ce lieu, que rend fameux sa funeste aventure, Etoit dans le milieu de la forêt obscure Où la charmante Isis alloit prendre le frais, Alloit courre le cerf, alloit tendre des rets , Et souvent visitoit, loin du peuple profane. Un temple qu'en ces bois eut la chaste Diane.
Ce Roi depuis long-temps pour sa rare beauté De fureur et d'amour étoit tout transporté;
Mais à la nymphe aussi qui n'eût rendu les armes ?
Ce ne furent qu'attraits, ce ne furent que charmes;
Les Grâces en sa bouche et l'Amour en ses yeux
Aveient mis avec soin tout ce qu'ils ont de mieux;
Nature, si souvent avare ou malheureuse,
Formant ce beau chef-d'œuvre en devint amoureuse,
Et, prodigue, y joignit, par de charmans accords.
Tout ce qui fait aimer et l'esprit et le corps ;
Et même la fortune, injuste et mercenaire,
Cette fois cessa d'être à la vertu contraire ;
Car la nymphe avoit lieu de ne l'en point blâmer,
Si ses plus riches dons eussent pu la charmer;
Mais n'aimant que les bois, cette ardeur innocente
De toutes passions l'eût maintenue exempte.
Si du cruel tyran les injustes désirs
Souvent n'eussent troublé ses innocens plaisir».
Du monarque odieux la superbe arrogance
Paroît insupportable à sa simple innocence;
Pour son cœur généreux le sceptre est sans appas ,
Lorsqu'en son possesseur elle n'en trouve pas.
Dieux ! ce fut bien alors qu'en sa prompte vengeance Amour fît éclater sa divine puissance.
Et qu'il témoigna bien qu'il peut en un moment Du mépris le plus fier faire le châtiment.
Elle ne peut souffrir, cette nymphe cruelle, Qu'un berger ait osé lever les yeux sur elle; Elle fuit et son cœur justement irrité Croit toujours emporter sa chère liberté;
1111e fuit , mais enfin au bout de sa cairière,
La victoire n'est pas pour elle toute entière,
Et de forces son cœur en sa course épuisé
N'arrive pas au but qu'il s'étoit proposé :
Le respect du berger accourt à sa défense ;
Son mérite combat son obscure naissance
Et se mêle si bien, que dans son souvenir
L'effort de son courroux ne le peut désunir :
Si l'amour du berger lui semble méprisable ,
Malgré tant de dédain, le berger est aimable :
Tout lui nuit, tovit la fâche et déplait à ses yeux,
Depuis que ce berger est absent de ces lieux;
Sa chasse est mal plaisante et toujours malheureuse ;
Solitaire, chagrine, inquiète et rêveuse,
Sa tristesse en ce bois aime à se retirer;
Mais déjà ce n'est plus que pour y soupirer,
Pour éviter du roi la poursuite importune ,
Se plaindre de l'Amour, accviser la Fortune
Dont l'aveugle caprice, à son repos fatal.
Lui donne des amans qu'il partage si mal.
« Toi qui rends la vertu si souvent misérable , « Fortune, tu ne peux rendre le crime aimable : « Et, de quelques appas que tvi sois revêtu, « Tu ne saurois, Amour, couronner la vertu. « Cependant tôt ou tard il faut rendre les armes, 0 Et payer le tribut que l'on doit à tes charmes. »
Quelquefois sans oser au fort de sa langueur Confier aux rochers le nom de son vainqueur :
« Pensois-je, disoit-elle,allière, impitoyable, « Toujours vivre en repos près d'un objet aimable ? « Et quel parti, mon cœur, prendrons-nous en ce point? « Ou qu'il fût moins aimable, ou qu'il ne m'aimât point ! t Et s'il ne m'aimoit point, de tant d'attraits charmée, « Hélas! comment souffrir qu'une autre en fût aimée? « Que sert de fuir l'Amour, quand trop imprudemment « On a laissé son cœur se plaire avec l'amant? « Amour vers tous objets peut ses ailes étendre ; « Comme il peut s'élever, il peut aussi descendre; « Le caprice fatal de ce Dieu redouté « Egale toutes choses et hait l'égalité ; f D'autant plus dangereux qu'il se fait moins paroître , e Par fois on le croit loin qu'on le trouve le maître; c Et lorsque dans un cœur il se fait moins sentir, « Souvent est-ce à dessein de mieux l'assujettir. » Cependant le berger, dans le mal qui l'outrage, Erre désespéré de rivage en rivage, Bien éloigné de croire, en sa triste langueur, Que l'Amour puisse agir ailleurs que dans son cœur; Mais il seroit l'objet des plus belles bergères. Tout maltraité qu'il est de ses rigueurs sévères; De mille et mille cœurs il povirroit disposer. Pour peu qu'il eût voulu ne les pas mépriser.
Alis , l'aimable Alis par ses froideurs contrainte D'aller loin de ces lieux porter sa triste plainte, Cleronde si charmante et fontaine aujourd'hui, Pour avoir trop pleuré son malheureux ennui ,
L'autre un mont aujourd'hui , la trop constante Erenne,
Mais sur toutes encor la malheureuse Ardenne,
Aimoient mieux sans espoir s'en laisser consumer,
Qu'essayer seulement de ne le pas aimer.
A toute heure, en tous lieux, Ardenne méprisée
Lui montre ainsi l'ardeur dont elle est embrasée :
« Hais qui t'aime, berger, et poursviis qui te fuit; « De tes maux et des miens sera-ce tout le fruit? « Eprouve maintenant à ton tour, misérable, « Quel tourment c'est d'aimer où l'on n'est point aimable. « Mais par quelle rigueur de mon sort et du tien « Faut-il que ton malheur accroisse encore le mien? « Car si la fière Isis, pour qui ton cœur soupire, « Consentoit seulement à ton cruel martyre, « J'envierois ses appas, puisqu'ils t'ont pu charmer; a Mais, berger, j'avouerois que tu la dois aimer. « Je ne demande, hélas! que ce qu'elle méprise : a Est-ce trop pour l'ardeur dont mon ame est éprise? « Et je veux bien encor l'en laisser disposer, « Sitôt qu'elle voudra ne le plus mépriser. a Ah '.puisqu'il ne se peut que tu m'aimes comme elle, « Qu'un jour donc comme moi t'aime cette cruelle; « Pourvu qu'au moins je puisse espérer à ce prix a De changer mon amour avecque son mépris. « Elle est toute divine , elle est toute parfaite ; « Mais ton père et le mien ont porté la houlette : « Crois ce que tu voudras , au mépris de ma foi ; « Elle ne peut t'aimer, et je n'aime que toi. »
En vain cette bergère au secours de ses charmes Appelle les soupirs, les plaintes et les larmes ; Plutôt que de manquer à son fidelle amour: € Trouvons, dit le berger, un plus heureux séjour ; a Allons, allons chercher s'il est des précipices « Où je puisse finir mes rigoureux supplices, a Quelque désert affreux ou quelque antre assez noir « Où je puisse du moins cacher mon désespoir. « Allez, mes chers troupeaux, vous perdre en ces bocages,* « Libres et vagabonds errer sur ces rivages : « Hélas ! je vous expose à la merci des loups ; « Mais, sans soin pour moi-même, en puis-je avoir pourvous. »
Soudain , abandonnant cette aimable contrée. L'esprit tout en désordre et la vue égarée , Sans savoir où le sort pourroit gviider ses pas , Quels pays si lointains ne traversa-t-il pas? Long-temps il fréquenta ces fertiles herbages Où tant de grands bergers ti-ouvent leurs pâturages. Dans ce fécond vallon où par mille détours, Riche de cent ruisseaux , la Dive étend son cours. Long-temps il parcourut cette plage brûlée Qu'on voit jusqu'à ce golfe où, fièrement enflée De l'agréable Laise et du bourbeux Odon , L'Orne vient à Thétis faire son riche don ; Mais d'un si doux accueil s'en trouve caressée,
• Ite, meae, felix quondam pecus, ite , capellae.
Vii'S. Ed. 1. f. -5.
Que la Seine jalouse en paroît courroucée Et ne peut empêcher son eau de murmurer Des honneurs que les flots lui semblent déférer.
Enfin , las de courir tant de vastes campagnes, Tant de larges vallons, tant de hautes montagnes, Un lieu qu'on nomme encor la grotte du souci Nous dit que sa dovileur l'a fait nommer ainsi. Et l'on tient que ce fut pour la longue retraite Qu'en ce célèbre endroit ce triste amant a faite. Long-temps il admira ce gouffre merveilleux Qui par tout l'univers est maintenant fameux, Cet abîme admirable où deux grandes rivières, Loin du vaste Océan, s'engloutissent entières, Et par mille canaux cachés et souterrains Vont dérobant leur course à l'aspect des humains. Mais certes en ce point une si grande chose Mérite bien qu'au moins on en sache la cause : Le berger l'ignoroit ; mille et mille aujourd'hui, Qui l'admirent encor, l'ignorent comme lui : Ce n'est point une fable, on en voit mille preuves. Athis l'apprit du Dieu de l'un de ces deux fleuves , Qui vivement touché de ses tristes sanglots S'apparut sur sa rive et lui tint ce propos , Un jour que dans l'excès de sa douleur profonde Il troubloit de ses pleurs le cristal de son onde :
« O toi, qui que tu sois, mortel, si c'est l'amour « Qui t'attire en mes bords de ton natal séjour; « Si, racontant ses maux ils sont plus supportables;
CHANT SECOND. Gj
« Si c'est un réconfort de trouver ses semblables, « Viens vivre plus content dans ces sauvages lieux, « Apprends-y que ce Dieu n'épargne pas les Dieux. « Aure est mon nom, berger, et cette nymphe aimable, « Qui se plonge avec moi dans ce goufre admirable,
* Est la paisible Dromme, hélas! et c'est ma sœur :
« D'où vien tqu'un nom si doux est pour moi sans douceur ! « Tous deux du haut CaUnont tirant notre naissance , c Voisins, pour mon malheur, au sortir de l'enfance, « Nous voyant tous les jours, trop imprudent ruisseau « Je me laissai charmer au doux bruit de son eau , « Et sans considérer que je faisois un crime « Qui des Dieux armeroit le courroux légitime , « Je ne pus m'empécher, au fort de mes amours,
• De la presser de joindre avecque moi son cours. « Mon erreur étojt grande, et je la connois telle;
« Mais, berger, j'étois jeune et je ne voj^ois qu'elle, « Et le plus froid ruisseau de sa vive clarté , « Si tu t'y connois bien , pourroit être tenté. « Ainsi, m'abandonnant à mon ardeur impure, « J'allois la cajolant de mon plus doux murmure, K Et, cachant mon amour sous le nom d'amitié, « J'espérois qu'à la fin elle en auroit pitié; « Déjà, ce me sembloit, elle étoit moins sévère , « M'appelloit plus souvent cher Aure que son frère, « Quelquefois en secret m'accordoit un baiser, « Quand mon père le sut qui s'y vint opposer. « iîon loin de nous étoit une nayade altière ,
r-o ATHIS.
« Qui méprisoit les Dieux de toute autre rivière:
« Elle s'appelle Seule et coulant seule aussi
« C'est pour cette raison qu'elle s'appelle ainsi.
« Cent fois, pour détourner mon ardeur criminelle,
« Mon père me voulut marier avec elle ;
« Mais je ne pus jamais son orgueil supporter ,
« Et puis quelqu'un peut-il son destin éviter ?
« Mon père, comme vin mont d'humeur hautaine et fièrc,
« Long-temps pour me punir tint mon eau prisonnière ,
a Sépara nos deux lits, chassa bien loin ma sœur,
« Et mit entre nous deux sa plus grande épaisseur.
« Dromme, sensiblement de cet obstacle outrée ,
« Résolut comme moi de quitter la contrée,
« Puis chacun prit sa route. En vain , dans son courroux ,
« Le mont autant qu'il put s'étendit entre nous:
« Nous retrouvant enfîn dans ce lieu solitaire,
« Nous étions en état de braver sa colère ;
« Libres, nous ne songions qu'à nous entretenir,
«f Et nos ondes déjà commençoient à s'unir;
« Mais m.on père nous vit du plus haut de sa cime ,
«c Et ne pouvant lui-même empêcher notre crime :
€c 0 roi des mers, dit-il d'un ton si furieux
« Qu'au lieu d'en retentir en trembloient tous ces lieux,
•c Neptune , si jamais faisant fumer ma tête
« J'ai su prédire ati vrai la prochaine tempête ,
a Et si , servant bien loin de phare aux matelots,
« Je les ai sûrement guidés parmi tes flots ,
« Montre aujourd'hui qu'unDieuprendpartàma disgrâce,
•c Et cache au moins au jour la honte de ma race. 35
« Ainsi parla le mont et le Dieu l'entendit ;
« Son bras en même temps contre nous s'étendit,
« Et de son fort trident frappant toute la plage,
« Par cet affreux rocher nous ferma le passage ,
« Et de nos eaux ainsi la criminelle amour
« Nous prive pour jamais de la clarté du jour. »
Tandis qu'au Dieu du fleuve Athis prête l'oreille, Qu'il contemple attentif cette rare merveille, Et que rien de ces lieux ne le peut détacher. Que Marcelet son frère avoit beau le chercher!
Jamais nature , unie avec l'amitié sainte , N'avoit serré deux cœurs d'une plus forte étreinte : Dans la même prairie ils gardoient leurs brebis ; Leurs chèvres, leurs moissons, leurs meubles, 1 eurs habits, Tout fut commun entr'eux, et jamais leur ménage Ne compta leurs agneaux, pour en faire partage.
Dès le moment qu'Athis disparut de ces lieux. Ce frère, qvii toujours l'aima plus que ses yeux. Prit aussitôt dessein d'en mourir à la peine , Ou de le ramener de sa fuite lointaine. Athis lui disoit tout, et son cœur plein d'ennui N'avoit autre plaisir que de s'ouvrir à lui; Il savoit son respect, il savoit son martyre; Mais il ne savoit pas qu'il eût osé le dire : Ainsi, devant Isis s'offrant souvent en vain. Il n'osoit lui parler de son juste dessein. Mais quand l'amour commence à régner dans une ame.
-a AïHIS.
Qu'elle peut rarement cacher toute sa flamme !
A peine dans ces lieux le jour qui paroissoit Du premier de ses traits l'orient blanchissoit ; Mille étoiles au ciel le disputoient encore A la foible clarté de la naissante aurore ; Les oiseaux s'éveilloient, mais leur charmante voix Laissoit encor dormir le silence des bois; Et les bêtes , sortant à regret des gagnages, D'un pas encor tardif se sauvoient aux bocages. Déjà l'arc en la main, le brodequin chaussé, Le carquois sur le dos et le bras retroussé , Plus matin que le jour dans ces bois arrivée, La nymphe pour chasser pense s'être levée , Elle en fait le dessein , mais inutilement, Et son cœur amoureux, résistant foiblement. Aveugle ne sait pas qu'avec toute sa joie De cette triste chasse il doit être la proie.
Errant à l'aventure au milieu des halliers. Sa démarche ne suit ni routes ni sentiers, Et, sans savoir comment , toujours elle se treuve Au lieu même où ces bois alors bordoient le fleuve. Et d'où rien ne cachoit à son œil triste et mort La cabane d'Athis assise en l'autre bord. Peut-être sans dessein , mais, las ! aussi peut-être Conduite par son cœur qui , devenu le maître , Sans lui dire pourquoi l'attire en ce séjour Qui jadis recéloit l'objet de son amovir. Non que depuis ce temps son absence elle ignore;
Mais, tout absent qu'il est, elle l'y cherche encore : Ridicule chimère , erreur qu'on peut blâmer, Mais erreur excusable à qui sait bien aimer.
En ce sauvage lieu, rêvant au bord de Tonde Par où commenceroit sa quête vagabonde , Le triste Marcelet, les yeux baignés de pleurs, Racontoit aux rochers ses cuisantes douleurs. L'un vers l'autre leurs pas de hasard les menèrent Et leurs tristes regards soudain se rencontrèrent : Presque comme à regret l'un et l'autre se vit, Le berger s'en émut et la nymphe en rougit j Chacun veut demeurer et chacun se retire j Tous deux veulent parler et craignent d'en trop dire, Et de leurs passions leurs cœurs embarrassés. En se cachant ainsi se découvrent assez. La douleur du berger peut à peine se taire ; Mais il craint de trahir le respect de son frère : Isis n'ose parler ; son innocente ardeur Craint quelque trahison de sa Jeune pudeur, Et ne sachant à qui soumettre sa conduite ^ Elle veut s'en aller, et condamne sa fuite : Amour s'y mêle encor et pense décider Ce débat qu'elle veut et ne peut accorder , Et, suivant son conseil qui plus adroit l'engage. Elle demeure enfin et cache son visage. Appellant le berger et détournant ses yeux : te D'où vient qu'on ne voit plus ton frère dans ces lieux ? » Lui dit-elle, et soudain interdite et défaite,
Son ame, en même temps curieuse et discrète, Ne sait comment cacher son trouble et son souci, Tandis que le berger lui répondit ainsi :
« Hélas ! nymphe, à qui puis- je en demander la cause, « Puisque vous l'ignorez, vous qui sur toute chose « Dans ces aimables lieux l'arrêtiez autrefois , « Et sans cesse après vous l'attiriez en ces bois , •c Malgré de nos parens la sage remontrance ti Et le tort qu'il nous fit par cette nonchalance, •c Depuis le jour fatal qu'il fut assez heureux «£ Pour tuer devant vous ce sanglier affreux , « Ce jour que son bonheur, par votre délivrance, K Causa dans nos hameaux tant de réjouissance , « Personne ne l'a vu sans l'ouifr soupirer, « Et depuis il n'a fait que se désespérer, a Fuyant l'aspect de tous, errant à l'aventure , « Portant sur son visage im malheureux augure, te Et peut-être en ces bois, privé de tout secours, « Quelque étrange accident aura fini ses jours. 3> « Cesse, triste berger, ce discours qui me tue, « Soudain interrompit la nymphe tout émue; « Certes ton amitié ne devroit pas souffrir •c Qu'il languit plus long-temps , sans l'aller secourir: «t S'il me l'étoit permis... 35 Dans son transport extrême , Elle alloit ajouter : « hélas! j'irois moi-même; » Mais sentant tout d'un coup que son émotion Alloit visiblement trahir sa passion , Le mieux qu'en put user sa pudeur interdite
Ce fut de se sauver par une prompte fuite.
Aiusi donc elle fuit plus vite que les traits Qu'elle alloit tous les jours lançant dans ces forêts, Que les cerfs qui fuyoient leur atteinte mortelle, Et que les doux Zéphyrs qui voloient après elle : A peine on la peut voir; l'herbe dessous ses pas Demeure ferme et droite, et ne se courbe pas;* Elle semble voler , et son léger passage Ne laisse aucune trace au sable du rivage. Mais comment éviter sa funeste langueur, Portant partout le trait qui lui perce le cœur ?
• nia vel iatactae segetis per siimma Tolaret Gramina , nec teneras cursu laesisset aristas.
Firg, /£n. lib, 7. v. 80S.
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»^i le berger eût su que la nymphe rebelle Trouvoit enfin l'amour plus invincible qu'elle, Et que ce Dieu qui peut tout soumettre à ses lois Sembloit vouloir contre elle épuiser son carquois, O que son triste frère et l'amoureuse Ardène , Qui, le cherchant partout dans sa fuite lointaine, Font retentir son nom en cent divers climats, Eussent bien moins perdu de peines et de pas !
Tel qu'autrefois des blés la déesse fertile. Lasse d'importuner les échos de Sicile , Faisant flamber sa torche et ses dragons ailés , Par le bon Triptolème à soi) char attelés , Enseignant aujf humains le soc et la faucille , Fut par tout l'univers redemander sa fille; Tel ce triste berger dont la sainte amitié Les rochers les plus durs eût touchés de pitié, Ayant gémi long-temps autour de sa cabane Et dans cette forêt consacrée à Diane , Bien loin de son hameau , de sa lugubre voix Va remplissant les monts, les plaines et les bois.
Offrant chèvres, agneaux et brebis pour salaire A qui lui fera voir les restes de son frère; Car ce pauvre berger, incertain sur son sort. Ignore s'il le doit chercher vivant ou mort.
Mais tel encor qu'Alphée après son Aréthuse Passa des champs d'Elide aux champs de Syracuse, Et malgré sa vitesse, et malgré ses détours, Traversant tant de flots, la poursuivit toujours; Telle après son Atliis la bergère amoureuse Ne peut enfin borner sa quête malheureuse , Et malgré ses mépris, et malgré sa rigueur, En tous lieux après lui va traînant sa langueur. Comme si le mépris qu'Athis avoit pour elle Seul eût toujours guidé sa passion fidelle. Ses soins en chaque lieu se trouvent superflus : On l'y voit, elle y vient, il ne s'y trouve plus. Capricieux Aveugle, Enfant plein de malice. Qui pourroit exprimer ta bizarre injustice ? Si l'on veut t'éviter, tu poursuis qui te fuit; Si l'on court après toi, tu fuis qui te poursuit.
La Lune cependant, en sa course inégale , Tantôt claire et sereine, et tantôt sombre et p;île. Sur son char argenté triomphante du jour. Pour la troisième fois accomplissoit son tour , Depuis «[ue, vagabond parmi ces solitudes. Errant à la merci de ses inquiétudes, Farouche et furieux, ce bei^er se fait voir Le plus parfait portrait du sombre désespoir.
Il laissa toutefois cet abhne admirable,
Et retrouva bientôt ce vallon agréable
Où , dédaignant l'accès de tous autres ruisseaux ,
Seule , en sa pureté , fait écouler ses eaux :
éloignant de nos mers sa fugitive course,
Long-temps il la suivit remontant vers sa source ,
£t ternit sur ses bords , par ses humides pleurs.
Du bel émail des prés les plus vives couleurs :
Il les quitta pourtant; sa noire rêverie
liC rapprochant toujours de sa chère patrie,
Le iU encor passer, dans ce même abandon.
Des rivages de Seule aux rivages d'Odon :
Long-temps il s'arrêta dans ces lieux où son onde
Feroit par sa clarté douter à tout le monde
Si c'est lui qui s'en vient, par deux divers canaux,
A l'Orne, tout bourbeux, mêler ses sales eaux.
Plus long-temps il languit , couché sur la fougère ,
Dans ces bois où, gardant les troupeaux de son père ,
Ce célèbre pasteur , l'ornement de nos jours,
A depuis soupiré ses premières amours,
Et sur son chalumeau, d'un air plaintif et triste,
Fait si loin retentir le nom de sa Caliste ;
Dans ces bois où plutôt le Dieu même des vers ,
Ravi de la beauté de leurs ombrages verts ,
Avecque nos bergers, ainsi que chez Admète,
Sous le nom de Malherbe a porté la houlette.
Et toi, qui le croiroit, Guigne, petit ruisseau. Qui, hors l'aimable appas du doux bruit de ton eau.
Peu fameux en ton cours n'as rien de remarquable ,
Qu'aussi l'amour d'Athis te rendit mémorable ?
Il est vrai cependant; à l'ombrage d'un bois,
Un antique Silvain me l'apprit autrefois.
Dans ce temps que, bien loin du bruit et de la presse,
Consommant doucement ma première jeunesse.
Charmé de ton rivage et des lieux d'alenlour,
Je passois ce ruisseau tant de fois pour un jour :
Le berger, en sa course errante et fugitive,
À la fm parvenu sur cette aimable rive,
Entre deux saules verts dessus l'herbe couché ,
Pour la première fois du sommeil fut touché ,
Depuis que , par l'arrêt de la nymphe sévère ,
Vagabond en tous lieux il portoit sa misère.
Certes, comuie ce fut cet aimable séjour
Qui vit mourir ma joie et naître mon amour,
Je le crois aisément, quand je me représente
Qu'au fort d'une douleur hélas 1 non moins pressante
Que celle que souffroit ce malheureux Athis ,
De sommeil, malgré moi, mes yeux appesantis,
Par l'effet gracieux de ton plaisant murmure ,
Ont par fois sur tes bords eu la même aventure.
Le berger assoupi près de ce clair ruisseau ^
La nayade sortit du profond de son eau r
Je ne raconte point l'illusion d'un songe ;
Un Dieu n'eût pas voulu m'attester un mensonge !
De cette nymphe Athis sentit ses yeux charmés,
Comme si le sommeil ne les eût point fermés;
8o ATHIS.
De joncs et de roseaux il la vit couronnée ; Il remarqua l'éclat dont elle étoit ornée, Les perles , le cristal et la vive clarté Qui faisoient resplendir sa moite déité ; Il sembla même alors en siller la paupière, Comme s*il n'en eût pu supporter la lumièi-e; Il entendit sa voix et, dans ce doux repos, A ce triste berger elle tint ce propos :
« Athis, des vrais amans le plus parfait exemple, « Non loin d'ici tu vois un magnifique temple ; « Va demander secours d'un cœur humble et pieux «A la divinité qu'on adore en ces lieux: «c Son pouvoir est connu par de fréquens miracles ; ec On vient de toutes parts consulter ses oracles et Qui du sort incertain expliquent les arrêts, « Et de propos obscurs ne l'embrouillent jamais, or Aux nymphes, comme nous innocentes et pures, •t Apollon n'a jamais révélé d'aventures, « Pour peu que , confondue avecque les plaisirs, « La douleur nous en pût coûter quelques soupirs. K Mais quand tu t'en iras regarde bien mon onde; «c Un jour elle sera célèbre par le monde, « Pour t'avoir quelqvie temps sur mes bords arrêté à Par mon plaisant murmure et ma vive clarté; « Et je n'attends pas moins de ta rare aventure, « Que voir ma source encore et plus vive et plus pure. ce Malgré sa petitesse , égaler toutefois « Ces fleuves entre nous contrefaisant les rois. »
CHANT TROISIEME. 8i
Là se tut la nayade , et par son onde Hère On peut connoître encor qu'elle est d'iiumeur altière.
Aussitôt s'éveilla le berger plein d'ennui ; Il crut encore voir la nymphe devant lui; Au moins sur ce ruisseau jettant soudain la vue. Il en vit bouillonner l'onde encor toute émue Et trembler fortement les Joncs et les roseaux, A l'endroit où, plongée au profond de ses eaux, A l'aspect d'un mortel, fugitive et timide Elle s'alla cacher dans son palais liquide. De ses vives couleurs l'Olympe variant, Dès que l'Aurore ouvrit les portes d'orient, Soudain on vit aussi celles du temple ouvertes, Sur ses autels fleuris cent corbeilles offertes, Et mille pèlerins, prosternés devant eux, De maints dévots soupirs accompagner leurs vœux.
Pomone, qui toujours aima notre contrée. De cent peuples étoit en ce temple adorée : Son autel, pur et net du sang de nos troupeaux. Jamais ne fut fatal aux innocens agneaux; Son culte étoit sans meurtre et, pour l'avoir propice. Elle se contentoit d'un plus doux sacrifice: Des fleurs, des fruits, du lait, des gâteaux, de l'encens. Et la jaune liqueur dont son soin tous les ans Console ce climat de la rigueur cruelle Que lui tient sans raison le blond fils de Semèle, Sont de tous les présens ceux qu'elle aime le mieux, Quand ils lui sont offerts d'un cœur humble et pieux.
Le berger s'en chargea, mais d'une eau pure et claire Il se lava trois fois, avant que de rien faire , Et d'un zèle brûlant les vint offrir aussi, Avant qu'à la déesse il s'adressât ainsi :
« Déesse, si jadis le récit pitoyable « Du funeste destin d'un amant misérable « A fait qu'un Dieu, touché de ton éclat vainqueur, c Enfin sut émouvoir ton insensible cœur: « Plus qu'Iphis, amoureux d'vine beauté parfaite , « Mais plus cruelle, hélas! que son Anaxarète, « Je ne t'implore point pour faire à mes voisins, € Accablé de tes dons, envier mes jardins; « Je viens te raconter l'histoire de ma vie, « Et depuis mon amour les maux qui l'ont suivie. « Mais pourquoi t'ennuyer d'un si Iriste entretien, « Si, comme on nous le dit, les Dieux n'ignorent rien ? « Tu connois mon martyre, à qui tout autre cède ; € Déesse, à mes langueurs est-il quelque remède? « Daigne m'en éclaircir dans mon lugubre sort, « Quand il n'en seroit point de plus doux que la mort. »
Le berger n'étoit point haï de la Déesse ; Pour peu qu'eussent ses soins secondé sa largesse, Aucun de ses voisins n'auroit vu tous les ans Ses arbres plus chargés de ses riches présens ; Aussi , pour lui donner une prompte réponse, Elle n'attendit point de plus forte semonce ; Sans se faire presser par des dons plus puissans, Par des vœux redoublés, par de nouvel encens^
Ayant visiblement paru baisser la tête, Et par ce témoignage approuver sa requête , Tout le temple frémit, et dans ce tremblement Son oracle en ces mots répondit hautement :
« Laize non loin d'ici coule tranquille et morne: « Va sur ses bords, berger, soupirer tes amours : « Le ciel en doit bientôt finir le triste cours; « Prends garde seulement au passage de l'Orne. »
Puissantes déités, de quoi sert aux mortels De chercher leur destin au pied de vos autels , Si , par l'ordre secret de votre providence , Vous ne leur en laissez jamais l'intelligence ?
Laize sur son rivage agréable et charmant Avoit vu mille fois ce malheureux amant : Ce beau séjour n'avoit grotte ni solitude Qui pût être inconnue à son inquiétude. Pour avoir mille fois, en ses plaisans ébats. De la superbe nymphe accompagné les pas , Et du long de ce fleuve, incessamment comme elle, Fait aux rapides cerfs une guerre immortelle.
Il part donc et, porté sur les ailes d'Amour, Il arrive bientôt en ce plaisant séjour.
Après avoir passé ce fleuve délectable.
Par l'oracle fameux rendu si redoutable, Libre de tout péril et libre de la peur. Se laissant emporter à son esprit trompeur. Et charmé du doux bruit de l'agréable Laize, Il erre en ces beaux lieux le cœur trensporté d'aise,
Quand ravengle hazard ou le bizarre Amour Aussi conduit Ardène en ce chamianl séjour. La douleur, la colère et son ardente flamme A ce premier aspect se mêlent dans son ame : Tant de mépris reçus font que son cœur outré Se sent presque marri de l'avoir rencontré : Si son cruel destin permet qu'elle le voie , Il ne veut pas souffrir qu'elle en goûte la joie; Mais, insensiblement s'emparant de son cœur , Amour reprend enfin sa première vigueur, Dissipe sa colère et, se faisant paroître, Ne souffre, lier qu'il est, ni compagnon ni maître. Elle alloit se montrer; mais la nymphe soudain Fit entendre les sons de sa trompe d'airain , Et soudain le trans^port dont Ardène est saisie Fait, avi lieu de l'amour, agir la jalousie. Elle ne douta pkis que ces déserts affreux. Depuis qu'elle cherchoit le berger amoureux , De sa nymphe et de lui ne fussent la retraite, Et les seuls confidens de leur flamme secrète. Tout à la fois surprise en son penser jaloux D'une maligne joie et d'vm mortel courroux, Dans un buisson épais, non loin de lui couchée, Pour perdre sa rivale elle se tient cachée. Cent fois de se venger tramant un noir projet , Et souhaitant cent fois n'en avoir point sujet.
Le berger cependant, du moins aussitôt qu'elle, A reconnu le cor de la nymphe cruelle ;
Mais dans son triste cœur le désir de la voir Est long-temps combattu par son timide espoir: Contre la fière Isis Amovir aussi s'offense, Et de tant de mépris entreprend la vengeance.
Du plus haut des rochers qui, de chaque côté, De Laize vont domptant l'impétuosité, Quand de neiges enflée ou grosse de ravines Elle donne l'alarme aux campagnes voisines , Sitôt que du vallon l'aspect délicieux De la charmante nymphe eut attiré les yeux. Elle n'eut pas plutôt , dans la vaste prairie , Observé du berger la sombre rêverie , Qu'à je ne sais quel troxible où se sentit son cœur, Elle reconnut bien que c'étoit son vainqueur. La honte la retient , si son amour l'appelle; Mais dans ce long combat , regardant autour d'elle Et remarquant qu'aucun n'accompagnoit ses pas, La honte a beau combattre, Amour ne se rend pas : La curiosité seule d'abord l'attire; Pour toute résistance enfin elle soupire ; Par le revers fatal d'un caprice d'Amour, Le respect du berger l'inquiète à son tour ; Elle craint de le perdre, et blâmant sa colère, En redoute un effet à ses vœux tout contraire ; Et, remarquant enfin qu'il n'ose l'aborder. Par ce discours , ce semble , elle lui veut aider :
«c Berger, n'as tu point vu du haut de ces montagnes ce Descendre en ce vallon une de mes compagnes ,
« Courant l'arc en la main et pressant de la voix
« \Jn sanglier qui fuit au travers de ces bois? »
Puis , comme tout d'un coup , feignant de le connoître. Son courroux, faux ou vrai, s'efforce de paroître, La presse et l'avertit d'abandonner ces lieux; Mais tout ce qu'elle peut est de baisser les yeux. Cependant qu'enhardi par son amour plus forte Ce malheureux berger lui répond de la sorte :
« Nymphe, je n'ai point vu celle que vous suivez; ce Mais sur ces hauts rochers jusqu'aux cieux élevés, c< Dans ces prés, sur ces fleurs comme étoiles semées, « Sur ces rives, hélas! si chèrement aimées , c< J'ai vu cent fois, j'ai vu dans ces aimables lieux « Un miracle parfait, un chef-d'œuvre des cieux « Un objet sans pareil, une nymphe si belle « Que son divin éclat n'est point chose mortelle, « Telle enfin qu'à vous voir avec des traits si doux , «K On croiroit aisément que c'est Diane ou vous: « Au gré des doux Zéphyrs ses belles tresses blondes, « Comme à vous maintenant, hbres flottent en ondes; « Son dos, comme le vôtre, est chargé d'un carquois; « Mais, las ! si comme vous on la voit quelquefois « D'un chevreuil bondissant devançant la vitesse, « Et parmi ces forêts, célèbre chasseresse , « Tantôt d'un sanglier la fureur arrêter, « Ou par la mort d'un cerf son dard ensanglanter, ce Par un destin cruel, la mort de tant de bêtes «c Ne sauroit l'assouvir ni borner ses conquêtes.
CHANT TROISIEME. f
« Depuis trois ans entiers, dans ces déserts affreux € Elle poursuit encore un berger malheureux : « Ce berger misérable a beau fuir devant elle, c Sans cesse il est le but de sa chasse cruelle ; « Rien ne la peut fléchir, elle veut son trépas, « Et sa fuite à la fin ne le sauvera pas. »
A ces mots il se tut, et la nj^mphe charmée Du plaisir de se voir si constamment aimée, Ne peut, malgré l'effort de sa fière rigueur. S'empêcher de se plaire à ce discours flatteur. Sou ame toutefois encore combattue De sa flamme secrète et de sa retenue. Craint de désespérer ce malheureux amant. Et craint de découvrir son amoureux tourment. « Athis, répondit-elle, eut toujours l'art de feindre, « Sut flatter san& raison et sans raison se plaindre ; « Mais il faut avouer que c'est si galamment, « Que sa témérité peut bien plaire un moment. « Pour quitter toutefois ce discours dont la suite « M'obligeroit sans doute à quelque prompte fuite , « Depuis quand dans nos bois êles-vous revenu, « Et qui vous a , berger, si long-temps retenu? » « Ah ! nymphe, interrompit soudain ce misérable, « Avez-vous oublié l'aiTêt impitoyable a Qui me fut prononcé par vos fières rigueurs, « Quand enfin je ne pus vous cacher mes langueurs !' « En vous obéissant je vis ma mort certaine; « Mais je ne voulus pas mériter votre haine.
88 ATITIS.
« Et je me contentai, dans mon bannissement,
« De ne la ressentir au moins qu'injustement;
k Car enfin, bien plutôt sur ces rives champêtres
« Les saules en hauteur supasseront les hêtres,
« Plutôt avec les loups nos brebis s'allieront
• Et leurs tendres agneaux en leur garde mettront;
< Plutôt, aimable nymphe, à TOrne plus profonde
t Laize refusera le tribut de son onde,
« Que mon cœur se refuse à qui l'a su charmer,
« Que je puisse jamais cesser de vous aimer. ■
Ses soupirs et sa voix à ces mots s'arrêtèrent ; Ses yeux sur ceux d'Isis fixement s'attachèrent, Triste ou content, selon qvie plus fiers ou plus doux Il les voit enflammés d'amour ou de courroux.
O grand Dieu, doux tyran qui maîtrises mon ame, Amour, daigne en ce point l'échauffer de ta flamme; Que près d'elle Apollon , que ses neuf doctes sœurs Cessent de me vanter leurs charmantes douceurs : Ces languissans efforts d'une ame combattue. Où la pudeur craintive encore s'évertue. Ces amoureux soupirs souvent entrecoupés. Enfin ces « Je vous aime» , à regret échappés. Sont de ton saint empire , et, sans te faire injure, Autre que toi n'a droit d'en faire la peinture : Du plus doux de tes traits il faut être enflammé; Il faut, aimant beaucoup, être beaucoup aimé; 11 faut être appelle dans tes sacrés mystères. Pour pouvoir exprimer ces aimables colères.
Ces invitans refus, ces démêlés charmans , Ces transports désirés, ces doux empressemens , Et ces rudes combats dont les plus fortes armes Sont les soumissions, les soupirs et les larmes.
Mais, en ce grand combat que livroit ce berger, Amour voulut long-temps la gloire partager: Avant qu'il eût fini , le Soleil sous les ondes Avoit presque caché l'or de ses tresses blondes ; En sa place la Nuit à grands pas s'avançoit, De son trône brillant superbe le chassoit , Et, semblant lâchement lui céder la victoire , Foible il ne rcpoussoit son obscurité noire Qu'avecque des rayons déjà tout anfiortis Par les flots blanchlssans de l'humide Thétis. Cependant quand la nymphe approcha de ces rives Qu'Athis fit retentir de ses langueurs plaintives, Ce bel astre, pour lors en l'ardente saison. De ses plus chauds regards embrasant l'horizon, N'étoit qu'à la moitié de sa vaste carrière ; Mais c'eût été trop peu que de sa course entière : Dans ces doux entretiens, dans ces charmans discours, 11 n'est point de soleils que l'on ne trouve courts. En vain , cent fois en vain la nymphe s'en offense , Son cœur n'approuve plus sa longue résistance: « Hélas! parfait berger, dans ce plaisant séjour, « Hélas! tu n'es pas seul qui te plains de l'Amour, » Répondil-elle enfin, malgré sa retenue, Ou surprise , ou pressée , ou contrainte , ou vaincue.
AT IIIS.
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AvECQtîE tous les soins de Tamour paternel La sage Colombelle et le riche Cormel Élevoient cette nymphe , et dès son plus tendre âge, N'ayant de leur amour que ce précieux gage , Avoient mis tous leurs soins et borné leurs désirs A l'heur d'entretenir ses innocens plaisirs ; Nul autre amusement n'occupoit leur pensée. Mais de quoi n'est capable une femme offensée ? Ayant surpris la nymphe, ayant, par ses discours. De ses propres malheurs prévu le triste cours , Ardène, en sa fureur avide de vengeance, S'en va dans leur palais porter la Défiance.
Ce monstre dangereux naît de la triste Peur, Qui souvent la conçoit par un rapport trompeur : Beaucoup la font encor sœur de la Jalousie : Son venin en effet, blessant la fantaisie, Dans l'esprit des parens fait les mêmes effets Qu'en celui des maris l'autre souvent a faits : Sa naissance honteuse est obscure et secrète ; Fille désavouée elle naît en cachette;
CHAM QUATRIEME. ^i
Mais plus elle est cachée alors qu'on la produit, Elle en éclate après avecque plus de bruit ; Elle règne en tyran et chasse des familles L'amitié des parens et le respect des filles; E)t lui résista peu ce repos éternel Qui sembloit établi chez le riche Cormel.
Par mille soins adroits la bergère amoureuse Se rendant nécessaire , utile , olïicieuse , Gagne leur confiance, et par mille faux bruits, 3ous un zèle apparent méchamment introduits , De la nymphe aisément leur donne tant d'alarmes, Qu'au lieu de ces douceurs qu'ils trouvoient en ses charmes , Contre toute raison tant de charmes bientôt Devinrent à leurs yeux un pénible dépôt. Ainsi pendant qu'Athis accablé de ses chaînes Trouvoit la belle Isis insensible à ses peines. Au moins s'il en eût pu contenter son espoir , Il pouvoit n'être pas un moment sans la voir: Cette rare beauté si constamment aimée De ses fières rigueurs est-elle désarmée ? Il faut souffrir près d'elle un exil éternel Et des soucis d'Amour sentir le plus mortel. Va-t-elle offrir ses vœux à la chaste Déesse ? Ardone l'accompagne et l'observe sans cesse ; Va-t-elle en la forêt prendre ses doux ébats ? Cet objet odieux est toujours sur ses pas : Par l'arrêt importun d'une mère cruelle , Ce dragon vigilant a toujours 1,'œil sur elle.
Pour comble de malheur, le cruel Marmion
Dont elle a réveillé l'injuste passion ,
Ranimant son espoir par de faux artifices ,
La vient encor troubler dans ces doux exercices.
Presse son hyménée; et, berger, je ne voi
Alors dans ton parti qu'Amour, ta nymphe et toi.
Avecque leur secours toutes les nuits encore. Souvent jusqu'au lever de la charmante Aurore, Il les voyoit pourtant ces charmes adorés : Malgré tant d'ennemis contre lui conjurés, Cent fois passant les murs du jardin de son père , Et bravant fièrement son injuste colère. Au pied de son château sans peur il s'est rendu : D'un si divin objet quelquefois attendu, A ce pauvre berger, cent fois à la fenêtre , Rayonnante d'éclat , Isis s'est fait paroître; Cent fois lui protesta que sa constante foi Jamais de ses parens ne recevroit la loi; Ecouta ses soupirs, et dans la nuit obscure Lui renvoya les siens souvent avec usure; Lui jura que son feu seroit toujours plus clair Que ces feux qui perçoient les ténèbres de l'air, Ces feux qu'en son transport son amour mutuelle Prit cent fois à témoin d'une ardeur immortelle.
O Dieux! combien de fois a-t-elle justement Méprisé des grandeurs l'inutile ornement ! Ces superbes palais dont les sombres tristesses, La contrainte et la peur sont souvent les hôtesses ,
CHANT QUATRIEME. Qw
Ces lambris éclatans, ces beaux lits où jamais Le repos innocent et la tranquille paix ( Seules lelicités du sage désirées ) Par leurs fiers possesseurs ne se sont rencontrées. Combien de fois encore a-t-elle protesté Qu'elle aimoit mieux Athis et sa simplicité? Qu'une pauvre cabane, un toit couvert de chaume Valoit mieux à son gré que le plus grand royaume , Pourvu qu'en son amour, libre de tout ennui, Elle eût pu pour toujours l'habiter avec lui.
Aussi , vaines grandeurs, orgueilleuses richesses. Pompe démesurée , excessives largesses , Flattez l'ambition d'un esprit de la cour; Mais de (juoi servez- vous à qui se meurt d'amour? Et puis est-il des maux dont la rigueur égale Celle d'être commise en garde à sa rivale ? Amans, employez bien ces entretiens si doux; Votre cruel dragon ne dort non plus que vous : Bientôt au pauvre Athis celte fenêtre aimée La nuit comme le jour se trouvera fermée. Et ne recevra plus que ses tristes regards Vers elle encor pourtant tournés de toutes parts. La nymphe cependant prisonnière chez elle, Solitaire, gémit comme la tourterelle, Quand, veuve inconsolable, aux plus sombres forêts D'arbre en arbre elle va faisant ses longs regrets. Par mille cruautés sa rivale importune Redouble à tout moment sa cruelle infortune,
î)4 ATHIS.
De ses fâcheux parens gagne tous les valets, Les met toujours en garde autour de son palais. Lui dresse incessamment quelque embûche nouvelle. Le jour la suit partout, la nuit couche auprès d'elle. Sans que jamais travail, veilles, abattement Puissent en tout ce temps l'assoupir un moment; Car qui peut aisément décevoir une amante ? Certes hors une amante une autre en vain le tente.
Sa nourrice à l'instant, sa fidelle Calis Voyant ses doux attraits de tristesse pâlis. Sensible à sa douleur, encline à son service , Et naturellement détestant l'injustice , Craignit que tant d'ennui ne troublât sa raison. Elle lui montre une herbe, ou plutôt un poison Admirable en sa force et tel que d'Argus même Il auroit endormi la vigilance extrême : Soudain elle en cueillit, soudain son désespoir En voulut éprouver le merveilleux pouvoir, Et plus soudain encor, dî^ns son impatience. Voulant tirer le fruit de cette expérience , Tandis qu'Ardène dort d'un paisible repos, A son fidelle Athis elle écrit en ces mots :
0 Aimable Athis, au lever de la Lune, « Au premier jour des fêtes de Bacchus, « Malgré ma rivale importune, « Nos fiers destins seront vaincus,
« Si , passant la rivière , « Dans la forêt, au premier carrefour,
t Tu le trouves ce jour,
« Avecque ton amour, « Comme je m'y rendrai sans doute la prenùère , « Avecque mon cœur et ma foi « Qui ne seront jamais qu'à toi. ■»
Mais par qui pourra-t-elle envoyer cette lettre? A qui ce cher dépôt pourra-t-elle commettre ? Que l'apparence, ô Dieux! trompe souventes fois! Elle ne pouvoit faire un plus malheureux choix : D'Anas, simple et candide, et fils de sa nouirice, Qui n'auroit ainsi qu'elle attendu ce service ? Son espoir fut déçu; mais qui ne l'eût été Par le semblant trompeur de sa simplicité ? Pour son malheur en cor, sa jalouse rivale Charmoit secrètement cette ame déloyale.
A peine a-t-il reçu ce dangereux dépôt, Qu'en son perfide cœur l'embrassant aussitôt Comme un moyen certain d'obliger sa maîtresse. Il court en la forêt d'une extrême vitesse , Où pal" hazard alors du cruel Marmion La bergère irritoit l'injuste passion.
Ce même jour aussi le berger trop aimable La venoit d'affliger d'un mépris incroyable. Sensiblement outré de voir de tous côtés Qu'elle faisoit obstacle à ses félicités. Aussi du traître Anas, dans sa douleur nouvelle . Sitôt qu'elle entendit le rapport infidelle, Au perfide tyran adressant son discours ;
gC ATHIS.
« Vois, dit-elle , grand Roi, le fruit de tes amours; « Découvre le rival qui fait qu'on te méprise, « Et juge de l'objet dont ton ame est éprise. » A ces mots se tournant vers le perfide Anas : « Va, lui dit-elle encor, berger, hâte tes pas; t Pour tromper ces amans, qu'importe qu'ils espèrent, « Si, malgré ce qu'entre eux leurs flammes délibèrenl, « Par cent moyens divers il est en mon pouvoir « D'irriter leur amour et tromper leur espoir. » Soudain partit Anas , et dans la joie extrême Qu'on a de pouvoir plaire à l'objet que l'on aime. Il vient, fidelle amant et traître messager, Apporter cette lettre à l'amoureux berger. Mais le tyran piqué d'un si sensible outrage Ne conçoit dans son cœur que vengeance, que rage; Il résout à-la-fois d'employer le poison , De poignarder Athis dans sa propre maison, D'embraser sa cabane , exterminer sa race , Et poussant jusqu'au bout sa tyrannique audace. Pour comble de fureur dans tous ses noirs desseins, Même de se servir de ses royales mains; Et s'il n'eût redouté de voir sa tyrannie Par un soulèvement de ses peuples punie , Ou le courroux vengeur des domestiques Dieux, Que n'auroit pas osé son amour furieux ?
Le Soleil par trois fois devoit encor sous l'onde Plonger le char brillant qui fait le tour du inonde , Avant qu'il amenât ce moment bienheureux
Accordé par la nymphe au berger amoureux. Durant tous ces trois jours le tyran sombre et morne, Caché dans la forêt sur la rive de l'Orne, Avide de vengeance attendoit le berger, A dessein , s'il passoit , de l'y faire égorger. Elle vint cependant cette heure désirée; Partout fut de Bacclius la fête célébrée; Ce jour l'astre du ciel de son char lumineux Ne vit sur l'horizon que festins et que jeux; Le vin , la bonne chère et l'horreur du silence Avoient des plus grands soins charmé l'impatience; Personne ne veilloit, excepté seulement Cette adorable nymphe et son fidelle amant. La bergère à leur dam toujours si vigilante Avoit senti l'effet de l'herbe assoupissante; Malgré de son transport les soins injiirieux. Cet importun Argus avoit fermé les yeux. Soudain par son amour avertie et conduite La nymphe prend ce temps si propre pour sa fuite, Tremblante ouvre sa chambre et descend dans la cour. Et des dogues lâchés qui veilloient à l'entour Prévenant les abois en leur faisant caresse. Elle s'échappe enfin le cœur plein d'allégresse ; Mais de tant de trésors chez son père laissés. Pour elle seulement par ses soins amassés. Elle n'emporte rien qu'une seule houlette Dont, pour gage assuré de son amour parfaite , Son fidelle berger autrefois lui fit don,
o8 Aï III S.
Qu'avec soin il grava des chiffres de son nom. Avec ce gage aussi trop riche étant contcute ( Si l'on peut toutefois l'être et vivre en attente ), Dans l'obscure forêt au premier carrefour Elle attend en repos l'objet de son amour.
Déjà depuis long-temps développant ses voiles La Nuit avoit au ciel fait briller ses étoiles, Quand sur notre horizon la Lune ptiroissant Fit resplendir les rays de son pâle croissant; Car dans son cercle obscur, depuis qu'elle étoit pleine, Pour la septième fois rouloit son char d'ébène; Dans sa brûlante ardeur, malgré l'obscurité, L'impaiient berger n'attend pas sa clarté : Le triste Marcclet, par les monts, par les plaines En sa recherche encor perdoit toutes ses peines; Et quand ce frère aimable eût été de retour Il eût malaisément combattu son amour.
N'ayant non plus pour nuire à sa bonne fortune Ni sévères parens ni marâtre importune , Bien long-tempsavantl'heure, en son pressant tourment. De sa pauvre cabane il s'échappe aisément Et vient au bord de l'Orne y chercher la nacelle Qui tant de fois servit sa passion fidelle ; Mais il a beau chercher, ses soins sont superflus, Il court toute la rive et ne la trouve plus. O Dieux ! combien de fois d'une légère course Marchant avec le fleuve ou montant vers sa source. Pour chercher lui passage est-il parti soudain
CHANT QUATRIÈME. qq
Sans pouvoir s'arrêter à son premier dessein î
Son perfide rival, cet indigne monarque
Rit de ses vains travaux pour retrouver la barque,
Et se tenant caché dans ces sombres forêts.
Prend le cruel plaisir de ses tristes regrets.
Sur un Ion moins toncliant,moins lugubre et moinstendre
Aux ormeaux écartés fait ses plaintes entendre
Le triste rossignol qui trouve avec douleur
Ses petits enlevés par le jeune pasteur :*
Que d'accens langoureux, qvie de douleurs plaiqtives!
Atliis en fit gémir les échos de ces rives.
Bien avant dans la nuit comme à regrçt enfip La lune vint blanchir les portes du mçktin : A peine il aperçoit sa lumière empruntée , Qu'au haut de l'horizon il la croit voir montée; Chaque trait qu'elle lance accusant sa langupur Est un coup de poignard qui lui perce le cœur : Sa maîtresse l'attend, et son amour coupable >"c peut même trouver d'ejfcuse raisonnable. O fortunés momens ! ô plaisirs attendus ! Qui vous a différés souvent vous a perdus; Mais un amant qui peut souffrir qu'on vous diffère,
* Qualis populeà mœrcns philomela sub umbrâ , Auiissos queritur fœtus quos durus arator Observans nido implumes detraxil ; at illa Flc't noctem , ramoque sedens miserabile carmcn Inttgrat , et moestis latc loca questibus impkt.
Firg,, Géorg. lib. .\. v. 5ii.
100 A Tins.
Quelque raison qu'il ait, ne vous mérite guère.
Le soufïle impétueux des bruyans Aquilons De toute sa rigueur afTligeoit nos vallons; La neige dont la terre étoit toute couverte Cachoit des hauts sapins la chevelure verte ; Tous les arbres chenus dans leur triste langueur Sembloient par les frimats séchés jusques au cœur; Se croyant transportée aux froids climats de l'ourse Trembloit mainte nayade au plus creux de sa source; Dans les mêmes frayeurs, dans les mêmes transports Le Dieu d'Orne voyoit endurcir ses deux bords, Et les glaçons épais ilottans dessus ses ondes Prêts à l'emprisonner dans ses grottes profondes : La mort est apparente et le péril affreux; Mais l'effroi ne peut rien sur un cœur amoureux; Le berger sur la rive erre, gémit, balance ; Mais dans le fleuve enfin hardiment il s'élance, De sa chute soudaine étonne les poissons. De son agile bras écarte les glaçons Et, plus vite qu'un trait, d'une adresse diverse Fend l'onde sans sentir le froid qui le transperce.
Queldevous, ôgrands Dieux ! manqua-t-il d'invoquer ? Ou plutôt quel démon dut alors évoquer De son crxiel rival l'amour désespérée Par qui fut si soudain sa perte conjurée , Quand de rage de voir que par un prompt effort Déjà du large fleuve il touchoit l'autre bord, Le cœur tout effrayé de son extrême audace ,
CHANT QUATRIEME. wi
Et sous lui (le la rive oyaut fondre la glace, D'une tremblante main, d'un regard éperdu, De son arc contre lui perfidement tendu Il tire et fait sonner la corde relâchée, Et voler en son coeur la flèche décochée.
Sur rOrne toutefois le bruit encore est tel , Que ce perfide coup ne fut pas si mortel , Et certes ce n'est point sans quelque conjecture ; Car enfin, en dépit de l'extrême froidure, Il gagne le rivage et, tout blessé qu'il est. Savant dans les détours de l'obscure forêt. Du tyran inhumain il brave la poursuite. Il devance ses traits par une prompte fuite. Et sans doute il n'eût pu montrer tant de vigueur Si la flèche fatale eût traversé son cœur, Si ce n'est toutefois qu'aussi l'on puisse dire Qu'amour, qui dans son cœur établit son empire, Pour sa gloire voulant sa puissance prouver, Y combattit long-temps pour se le conserver, Et pour ne pas souffrir que le rival perfide Assouvît sur ce corps sa fureur homicide.
Long-temps il le suivit l'arc encore tendu ; Mais enfin , par le sang sur la neige épandu Apercevant son crime à la lueur épaisse Dont alors éclatoit l'inégale Déesse , Il s'enfuit tourmenté de remords déchirans. Comme le sont toujours les coupables tyrans. Sans cesse il pense voir devant ses yeux timides
loa ATHIS.
Les flambeaux punisseurs des pâles Euménides;
Sans cesse il pense ouïr, dans le trouble qu'il sent,
La poursuivante voix du sang de l'innocent;
i>ur son chef criminel il voit gronder la foudre,
Voit ses traits flamboyans prêts à le mettre en poudre,
Wille monstres divers pour sa perle accourir.
Et sous ses pas tremblans la terre s'entr'ouvrir.
Bientôt du fier tyran l'épouvantable crime Arma du ciel vengeur le courroux légitime : Son superbe palais par la foudre détruit Se vit en un moment en poussière réduit. Et le puissant effet des vengeances divines Ke laissa que son nom à ses tristes ruines. Contraint de se sauver dans les sombres forêts, 11 cherche épouvanté les forts les plus épais , Fuit l'aspect des humains, le jour et la lumière, Des bêles aisément prend l'humeur carnassière , Et n'ayant rien d'humain que le corps et la voix Terd insensiblement l'un et l'autre en ces bois; Lu poil épais et dur sur tout son corps se glisse, Sur son dos étendu plus rude se hérisse. Dans son étonnement il tâche de parler; Mais son oreille entend qu'il ne fait que heurler. Se rencontrant au bord d'une onde claire el pure. Il voit que son visage a changé de figure Et, nouveau Lycaon , trouve enfin plein d'effroi Que les Dieux l'ont puni comme ce méchant roi.
CHANT CINQUIEME. io5