‹ Poésies de SegraisChapitre 28 sur 92 · A MADE3I0ISELLE DE'BEUVRON · texte numérisé non relu

A MADE3I0ISELLE DE'BEUVRON

sur un reproche de n'avoir jamais fait de vers pour elle.

il TJiT et jour j'invoque Apollon :

Pour vous, depuis mainte semaine Il accorde son violon ; Mais il n'a jamais pu se mettre en bonne veine.

Il craint, n'en pouvant dire assez, D'intéresser sa conscience.

Et dans tous les siècles passés On sait qu'en dire trop fut toute sa science.

Sans cesse aux plus sots amoureux Il inspire la chansonnette, Pour des soleils si ténébreux (Qu'ils ne devroient jamais produire une fleurette.

' (jUlonae d'Harcourt , depuis comtesse de Fiesque.

Votre éclat n'a rien de pareil.

Et quand, peur éclairer le monde, Il fait son métier de soleil j Il me l'a dit lui-même, il vous voit sans seconde.

Belle Beuvron, dans l'univers Rien n'égale votre mérite; Cependant pour neuf ou dix vers Mon zèle incessamment en vain le sollicite.

11 ne me veut inspirer rien Dont je me puisse satisfaire; Mais il s'en excuse si bien Que , malgré mon envie, il ne me peut déplaire. I

Il dit que vos yeux si brillans

En font plus , d'une seule œillade , '

Que n'en sauroient dire en mille ans Sarrazin, Pelisson, Voiture et Benserade.

Il dit qu'il n'a point de covdeurs ^

Pour peindre une bouche si belle; Qu'il ne fait point naître de fleurs Dont l'odeur ou l'éclat touche une ame, comme elle.

S'il me faut parler de son teint ,

A quoi, dit-il, comparerai-je

Sa blancheur dont je suis atteint,

Si ce n'est pas assez des lis ni de la neige?

Pensant aux célestes clartés Dont brille votre esprit suprême , Il ne voit rien qu'obscurités Dans tous les feux du ciel , dans sa sœur, danslui-mcmc.

Enfin, voyant combien les cieux Vous ont voulu faire parfaite, Je doute avec lui si les Dieux Vous pourroicKt figurer telle qu'ils vous ont faite.

Je modère ainsi mon courroux De ne pouvoir faire de rimes :

Je les voudrois dignes de vous, Et de pareils souhaits ne sont point légitimes.

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