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Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographique

N 1771, /'Almanach des Muses, le meilleur recueil poétique de l'époque, î7isèrait, entre tme pièce de vers de M. de Fuinars et une idylle de M. Léonard, l'épître d'un jeune auteur inconnu. Cette épître, adressée à M. le chevalier de B., fit du bruit. On en parla dans les salons; et l'éditeur du journal fit paraître à la suite la réponse du chevalier de B., qui se terminait par ce vers :

Et je me sens battu par mon panégyriste. L'aveu était-il sincère? Il est permis d'en douter;

II Notice sur la vie

néanmoins, il avait son prix, venant d'nn poète à la mode, le chevalier de Boiifflers. Oiiant au jeune homme, il avait sans scrupule signé sa pièce de vers : le chevalier de Bonnard.

Le chevalier de BonJiard avait alors vingt-sept ans. C'était îcn officier de mérite du corps royal de l'artillerie. L'hommage que lui rendait le chevalier de Souffler s n'était sans doute pas exagéré, car il n'est qzte juste de ra?iger le débutant de 177 1 parmi les meilleurs auteurs de poésies fugitives de la fin du dernier siècle.

Bernard de Bonnard était né à Semur-en-Auxois le 22 octobre 1744. Son père, Emilian de Bonnard, qui appartenait à une famille noble, était seigneur de Chassenay et avait épousé Françoise Fournier. La Chenaye des Bois reste muet sur la famille de Bonnard, et plusietirs recueils manuscrits sur la noblesse de Bourgogne ne nous ont pas fourni plus de renseignements. Cepen dant /'Armoriai général de France, recueil officiel dressé en vertu del'èdit de i()g6,par Charles d'Hozier ^, mentionne à Semur en 1698 :

1° Claude Bonnard, avocat au parlement de Paris, portant d'azur à une flèche d'or ;

2° Jean Bonnard, conseiller du Roy, receveur audit grenier à sel ( d' Arnay-le-Duc ) , portant d'azur à tut arc bandé décochant une flèche, le tout d'or ;

I. Le manuscrit original de cet Armoriai est conservé à la Bibliothèque nationale. M. Henrj' Bouchot a publié hi partie qui concerne la généralité de Bourgogne. (Dijon, 1875.)

et les œuvres de Bonnard, m

3° Bénigne Bonnard , avocat en parlement , mêmes armes.

Tout porte à croire qiiÈinilian de Bonnard, seigiieur de Chassenay , appartenait à la famille des trois personnages ci-dessus nommes. Peut-être l'un d'eux était-il son pire? Cependant je n'ai eu entre les mains aucune preuve de ce que j'avance; et je dois là-dessus me borner à des conjectureSj qui ont tout au moins une forte apparence de vraisemblance.

Ce qui est plus certain, c'est que la famille de Bonnard était absolument dénuée de fortune. A la mort d'Èinilian, survenue très probablement en 1759, Françoise Fournier, sa veuve, se trouva chargée de trois enfants, trois garçons, sa?is aucun moyen de subsistance. Ils possédaiejit alors, à eux quatre, cejit écus de rente. Fort heureusement, un ami d'Èmilian de Bonnard, le marquis de Thiard, vint en aide aux orphelins et les prit sous sa protection.

Garât, qui fut l'ami de notre poète et qui en 1785 yï/ paraître un Précis historique de la vie de M. de Bonnard, nous apprend qu'il fut élevé chez l'instituteur de Semur. Cet instituteur , qui ne pratiquait point la méthode d'éducation commune, paraît avoir été un homme intelligent et doué de plus de jugement que ne l'étaient ordinairement ces modestes pédagogues. Je n'entends pas dire que c'était un savant, 7ii même icn philosophe ; mais il avait appris de lui-même bien des choses qu'on ne trouve point dans les livres. Ce brave homme se nommait M. Bizouard. Garât, dans son appréciation hyperbolique, prétend que « la nature lui avait appris sur l'éducation des vérités que les sciences ont si longtemps

TV Notice sur la vie

étouffées et que la philosophie a tant de peine h faire renaître ». En somme, l'hinnlle instittUctir Je Stinnr donna à son élève de bonnes leçons dont cchii-ci se souvint toujours avec recotinaissance. Plus tard, il sollicita pour M. Bizouard une place de finances et offrit de lui prêter 6,000 livres pour son cautionnement. C'était la moitié de sa fortune.

Je ne sais pourquoi Garât ne parle pas du séjour de Bonnard chez les jésuites. Dans la préface des Poésies di'S'erses de notre auteur, publiées pour la première fois en volume en l'année 1791, l'éditeur affirme positivcment que l'éducation de Bonnard fut terminée par les jésuites de Dijon. Il aurait pu ajouter qu'il y fut le condisciple du célèbre critique Clément.

En. tout cas, il semble bien que le penchant de Bonnard pour la poésie soit né avant son entrée au collège de Dijoti. La méthode d'enseignement de M. Bizouard avait dû dès l'âge le plus tendre développer les tejidances poétiques du jeune Bonnard. Ce brave homme faisait apprendre par cœur à ses élèves des passages des poètes anciens, ce qui n'a rien d'étonnant; mais les poètes modernes n'étaient pas otibliés, ce qui a lieu de sïirprendre chez un ijistituteur de petite ville. Il paraît même qu'il lisait avec eux les Tropes de Dumarsais. En un mot, il mettait sous les yeux de ces enfants tout ce qu'il croyait capable de faire naître chez eux l'habitude de l'harmonie, façonnant ainsi l'oreille au rytlime avatit même que l'esprit comprît bien la portée de la pensée.

N'est-ce pas là, n'est-ce pas dans ces leçons du vieu.v maître qu'on doit chercher les premiers stimulants de la Muse de Bonnard? S'il fallait trouver une autre cause

et les œuvres de Bonnard. v

à ce penchant à la rime, — car nne cause est toujours indispensable à l'èclosion d'îtn poète, — je pense qu'il serait facile de la découvrir grâce à iine indiscrétion d'un de ses biographes.

Des l'âge de quinze ans le jcttne Bernard devint éperdrtine?it amoureux d'une cousine de son âge, — l'antique histoire toujours recommencée. — Malheureusement, les deîix jeunes gens n'étaient guère plus riches l'un que l'autre. La sagesse des parents les sépara. Alors il advint ce qui se voit d'ordinaire en pareil cas. La jeune fille fut niariée à un autre. Mais, contre l'ordinaire, le désespoir du pauvre évincé fut si graiid qu'il se trouva subitement saisi d'une violente fièvre. Et, la fièvre disparue, il lui resta de ce vif chagrin un délire inquiétant, qui persista près de deu.x mois.

Sans doute, cette passion d' adolescent devait s'effacer ; mais elle ne disparut pourtant pas si complètement qu'elle ne laissât dans le cœur dit poète luie blessure profonde. Cette fièvre et ce délire avaient dû se déclarer en 1759 '^^^ 11 do , puisque Bonnard était âgé de quinze ans lors de cette passion contrariée. Or en 1 78 1, Garât, se promenant un jour à Saint-Cloud avec son ami, entendit celui-ci parler de cette cojisine, mariée et morte deux ans après son mariage, en des termes qîd ne laissaient aucun doute sur l'émotion qic 'il ressentait encore à ce souvenir lointain. N'est-ce pas la mémoire de ce premier et malheureux amour que le poète a conservée dans sa jolie pièce Comme j'aimais !

Aux premiers jours de ma jeunesse, Dans l'âge heureux ou malheureux Où le cœur s'ouvre à la tendresse,

VI Notice sur la vie

Amour me brûloit de ses feux ; Comme j'adorois ma maîtresse!

Hélas ! pourquoi le souvenir De ces erreurs de mon aurore INIe fait-il pousser un soupir !

Je dois peut-être aimer encore.

Ah ! si j'aime encor, je sens bien Que je serai toujours le même ; Le temps au cœur ne change rien :

Eh ! n'est-ce pas ainsi qu'on aime ?

L'âvie tendre du poète dut éprouver plusieurs fois des douleurs semblables. Une infidélité parait encore avoir fait, à une èpoqtie qu'il serait difficile de préciser, zine vive impressioJi sur son esprit. C'est que Bonnard, quelque légèreté qu'il affecte, n'était point taillé sur le patron des galajits poètes avec qui il vivait. Il ne prenait pas aussi gaiement que les Lattaignant et les Bouf flcrs son parti d'un amour dédaigné. Et, dajis la pièce dont je viens de citer quelques vers, ne croirait-on pas ente?idre plutôt les plaiiites d'un contetnporain de Musset que les couplets d'un ami de Dorât? jamais il n'a su prendre le ton de persiflage, familier aux écrits de son temps. C'était un philosophe aimable, un cœur ardent et un esprit sérieux. Les études auxquelles il se livra pour être rffçu officier dafts le corps royal de l'artillerie font foi de son aptitude spéciale pour les sciences exactes et dé l'esprit de réflexion qu'il apportait à toute chose. En un an, il acquit eii mathématiques, en mécanique et en physique des connaissances qui, d'ordinaire, demandent deux années d'étude. Il fut reçu le premier et avec un tel éclat que le commissaire de l'Académie des sciences

et les œuvres de Bonnard. vu

chargé de l'examen des aspii'ants le distingua et le fit disti7iguer par le ministre qui lui adressa des éloges mérités.

Bonnard avait d'abord conimeticé l'étude du droit pour complaire à sa mère; mais lorsque celle-ci fut morte, il abandonna une carrière qici ne convenait aucunement à ses goiUs.

Je n'insisterai pas davantage sur cette période de sa vie : tout ceci ne suffirait pas à prouver qii'il fut poète, j'en conviens; mais au moins cela montre qu'il n'est que juste de lui assigner une place à part au Diilieu des hommes frivoles, parmi lesquels il a vécu. Ceux-ci sentaient bien, d'ailleurs, la différence qui existait entre eix et lui; et s'ils se plaisaient à le nommer l'homme heureux par excellence ^, ils ne poîivaiefit s'empêcher de le regarder comme le plus raisonnable des foies qui co-nposaient leur société. C'est ainsi que le comte de Cassini, dans une ép'itre adressée à MM. de Pczay, Bertin et Bonnard soupaiit chez M. Dorât, fait de Bjiinard le porte-voix de la raison :

Toi, Bonnard, parle-nous raison.

Parler raison ! Oui, même à table, Cette raison peut être aimable Et n'être pas hors de saison.

De Bonnard, de l'aimable sage, Dont j'aime les mœurs et les vers, Raison, emprunte le langage ; Tous les cœurs te seront ouverts.

t. Una femme demandait un jour de ses nouvelles à un de ses camarades, et ne se rappelant point son nom : Celui, dit-elle, qui est si heureux. (Garât.)

Viii Notice sur la vie

Les biographes diL poète sont d'accord pour le peindre comme un Jioinme d'une grande douceur; très bienveillant, il sut se faire aimer de tous ceux qui l'approchèrent, et compta d'illustres protecteurs. MM. de Mortemar, le comte de Maillebois, le duc d'Har court le considéraient non comme lai protège, mais comme un ami. Guèneau de Montbeillard, l'habile écrivain qui sut si bien s'approprier le style et les idées de Bu^on, et qui rédigea une bonne part de /'Histoire naturelle des oiseaux, Guéneau de Montbeillard affectionnait tout particulièrement son jeune compatriote et ne dédaignait pas de faire la fête avec le poète ou de le tenir au courant de ses hauts faits :

Hier, ami Bonnard, avec d'aimables fous, De pampre et d'immortelle ayant ceint notre tête, De l'amitié nous avons fait la fête, Et t'avons bu par tous les bouts, En Vosne ta santé, tes plaisirs en Champagne, Et tes amours, que sagesse accompagne, En liqueur de madame Amphoux.

Buffon lui-même témoigna toujours ati poète une sincère amitié et l'admit souvent à savourer avant le public les belles pages de son Histoire naturelle. Plus d'une fois, il s'efforça de pousser dans le moJide ce bel officier bourguignon. Aux yeux du grand naturaliste c'était sans doute un assez mince mérite que cette habitude de taquiner la viusej mais il ne faut pas oublier qtie le chevalier, loin de se désintéresser , comme tant d'autres poètes de cette époque, du progrès des sciences, avait toujours montré une grande application pour les études

et les œuvres de Bonnard. ix

scricîises. Même au niomeiiL oh ses poésies, parties daiis /'Almanach des Muses, lui assuraient une incontestable notoriété parmi les littératetirs, il s'était remis à l'étude des sciences et analysait les travaux de Buffon et de Montesquieu, de Newtoti et de Condillac. On peut dire que s'il fut lié avec tous ces beaux esprits railleurs de lajin du dernier siècle, il ne se laissa gît ère entraîner à la moqiierie, qui fut la note dominante de ces agréables fats. Z'Epître à Zéphirine, oïl Bonnard s'est mis à l'unisson et persifle tout comme un- autre, suffit à démontrer victorieusement que s'il n'imita point ses contemporains daiis cette mode, ce n'est pas faute de le pouvoir faire. La Harpe a rendu pleine justice au chevalier de Bonnard et parle ainsi de cette pièce qu'il a reproduite in extenso dans son Cours de littérature : « C'est la légèreté et l'inconstance réduites en principes, mais avec une mesure juste et des nuajices délicates et gracieuses. Je crois faire plaisir au lecteur qui aime à s'instruire... en mettant sous ses yeux cette pièce... ; il verra la différence de ce ton à celui des Dorât, des Pezay, de tojis nos agréables, qui ont traité le même sujet. »

Bernard de Bonnard, poète louangezir et ami fidèle, n'eut jamais un ennemi. Je me trompe; il en eut un, un seul; et cet ennemi fut une femme. Il semble qii'aucune femme n'eût dû avoir d'animosité contre un homme jeune, élégant , affable et, pour parler le langage de l'époque, sensible. Cela serait vrai, si l'ajtiour-propre de celle qîci fut son ennemie ne s'était trouvé en jeu. Mais

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avant de parler de cet antagonisme, il convient d'exposer les causes qui le firent naître.

Bonnard, je l'ai déjà dit, était loin de resseinblcr aux autres poètes de son temps. Ce n'était point un coureur de ruelles '^ les vers chez lui n'avaient jamais été qu'un passe-temps, un délassement pour son esprit appliqué à des travaux d'un genre tout différent. En garnison, soit à Strasbourg, soit à Besançon, soit à Paris, il s'était lié partout avec ce qti'il y avait d'hommes illustres. Parmi ses amis, j'ai déjà nommé le comte de Maillebois et Bu^on : ce furetit ce soldat et ce grand homme qui formèrent le projet de lui faire obtenir une situation en rapport avec son esprit et ses goûts. Cette sittiation, extrêmement honorable par elle-même, devait en outre assurer au poète officier ufi revenu un pexi moins maigre que celui dont il avait jotii jtisque-là. On s'occupait alors de nomm.er des chefs à l'éducation de deux etifants nés près du, trône, et dont l'un devait un jour devenir roi des Fra?içais sous le nom de Louis-Philippe. M'"' de Genlis, qui était à ce moment gouvernaiite des filles du duc de Chartres, depuis duc d'Orlèatis, se vante dans ses Mémoires d'avoir appuyé ou même proposé la candidature de Bonnard à la place de sous-gouvernetir des fils du duc. Cela est fort possible; en tout cas, elle fit dans la suite tout ce qti il fallut pour faire oublier au jeune sous-gouverneur qii'elle lui avait autrefois rendît service. Quoi qu'il en soit de cette assertion, le comte de Maillebois et Buffon s'employèrent si bien que la place fut enlevée d'assaut, au grajid conte7itement de tous. « Je vous suis obligé, écrit Buffon à M'"' Daubcnton, à la date du 28 novembre ïTil>jc vous suis obligé des infor-

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mations qtic vous me donnez an sîtj'ei du chevalier Bonnard; J'en ai fait bon nsage, et j'ai le meilleur augicre du succès de la demande que j'ai faite pour lui. Il m'a chargé de vous faire mille respectueux compliments; cependant il ignore que je voies aie consultée sur sa Jiaissance. En tout, c'est un très bon sujet, et je serai charmé d'avoir contribué à son avancement... » // est permis de supposer qjie Buffon ne se borna pas à une simple demande : car le grand homme, contre son gré sans doute, était alors à Paris, loin de son tant aimé Montbard, comme en témoigne la mention Au Jardin du Roi, inscrite en tête de la lettre dont f extrais ce passage.

Bonnard n'avait qiie trente-trois ans lorsqu'il fut nommé sotcs-gouvcrneur des enfants du duc de Chartres. Sa nomination fut accueillie par tous avec une égale satisfaction, qui fit dire ati grand-père de ses élèves, le duc d'Orléans : « Il faut bien que ce soit 7in bon choix, car tout le monde notes le dit. » Un trait qui suffit à peindre notre poète est celui-ci. Sa première pensée, lorsqu'il devint sous-goïmerneur , fut d'assurer à sa nourrice 7cne pension de cent livres.

Je crois bien, à la vérité, que le système d'éducation auquel Bonnard donna la préférence n'était pas fait pour plaire à tout le monde, stiriout à M'"^ de Genlis. Il s 'occupait assez peu de faire pénétrer par la force dans la tête de ses élèves les dates, les faits et des kyrielles de mots empruntés aux langues étrangères. Les meilleures leçons, il les donnait dans le bois de Saint- Cloud. Grand admirateur de la nature, comme son maître Buffon et son ami Guéneau de Montbeillard, il se montrait fort opposé aux abrégés très en vogue à

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cette époque. Il prétendait que ce qui est nécessaire ne pcMt et ne doit pas être abrège, et que ce qui est inutile, il ne faut pas l'abréger seîdeme7it, mais le supprimer radicalement.

Ce n'était point là totit à fait les théories de M""^ de Genlis.

Le chevalier de Bonnard attachait au contraire une grande importance à l'éducation que j'appellerais extérieure, c'est-à-dire aux enseignements que les enfants puisent, en dehors des livres, dans les exemples vivants. Les exercices du corps tenaient aussi une large place dans le plali d'éducatmi de notre poète.

Cette fo7iction de sous-gouverneur , c'était sa vie, son but, son honneur. Ll l'avait ardemment désirée. Son existence en avait été entièremettt transformée. A partir du jour oie il entrevit la possibilité d'obtenir cette charge, il réforma sa vie, de façon à pouvoir défier l'examen le plus atteiitif. Ses chères poésies elles-mêmes subirent cette transformation j et déjà en 1777^ c'est-àdire avant même sa noînination, les pièces de vers qu'il avait domiées à /'Almanach des Muses furetit signées non plus le chevalier de Bonnard, mais simplement M. de B., et bientôt après elles parurent sans aucune espèce d'indication d'auteur.

Aussi, qu'o7i juoe de soti désappointement, oîi plutôt de sa douleur, quand subitement, sans avoir donné lieu à aucune plainte, il se vit remplacé par M"" de Genlis. A propos de cette révocation qui fut un si grand èvénemcnt dans la vie de Bonnard, je pense qu'il est convenable de mettre sous les ycu.v du lecteur les pièces du procès. Voyons d'abord cotnment M"" de Genlis va pré-

et les œuvres de Bonnard. xiii

sentcr les clioseSj et quel portrait elle a trace du chevalier.

« Cependant, dit-elle ^, M. le duc de Chartres s'occupait vivement du soin de donner un gouverneur à ses fils. L'aîné, qu'on appelait M. le duc de Valois, avoit près de huit ans. Ils avaient un soïcs-gouverneur nommé le chevalier de Bonnard, qui me devoit sa place, et que j'avais proposé, à la recommandation de M. de Buffan. Le chevalier de Bonnard ne manquait pas d'esprit : il faisait d'assez jolis vers; 7)iais, ayant passé sa vie en province et n'étant pas né avec le bon goût qui petit rectifier promptement les hahitudes, il avoit un vuiîivais ton. C'est lui qui fit une épître à son Jïls, avec ce titre :

« A Bonbon, mon fils, qui m'avoit envoyé le jojcr de « mafête îin bouquet de lis et de rases, avec des baisers « tout par-dessus. »

« Il fit imprimer cette épître qui se trouve dans ses œuvres : il fit aussi des vers pour moi, sur mes comédies du Théâtre ^ èdiViC'à'i\ox\, jouées par mes filles, qui finissaient ainsi :

Ces drames si beaux, si parfaits, Ne sont pas ceux de vos ouvrages (jue j'aimerois mieux avoir faits -.

« Ce n'est là ni un ban ton, ni un ban français ; ce ton et des manières très mielleuses l'avaient rendu fort

1. Mémoires inédits de M^^ la comtesse de Genlis, sur le xvm« siècle et la Révolution française, depuis tj 56 jusqu'à nos jours. — Paris, Ladvocat, 1825; t. III, p. 139 et suiv.

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