A MA FEMME
Oui m'avait mandé que notre fils Bonbon
m'envoyait pour mon bouquet ses lis et ses roses
et qu'elle y joignait des baisers par-dessus ^
Du château d'Harcourt, 20 août 1782.
JEUNE maman du gros Bonbon, Avec quels transports, quelles joies, J'ai reçu ce que tu m'envoies En l'honneur de mon saint patron!
Oh ! bon Dieu ! les charmantes choses ! Des lis mêlés avec des roses, Et des baisers tout par-dessus^ !...
Si c'est Bonbon qui me les donne, S'ils sont cueillis sur sa personne,
1. Almanach des Muses, 1786, c'est-à-dire après la mort de Bonnard, — Dans VAlmanach des Muses, la pièce a pour titre : Epîlre à viadame Sophie.
2. VAlmanach des Muses porte : Et puis cent baisers pardessus...
21)2 Chevalier de Bonnard.
C'est de toi qu'il les a reçus;
Mais, soit du fils, soit de la mère.
Pareils envois sont sûrs de plaire,
Et chez moi toujours bien venus.
O ma douce et bonne Sophie !
Toi, Bonbon, si beau, si joyeux,
Couple charmant et gracieux,
Vous me faites aimer la vie.
Souriez-moi longtemps tous deux :
Chaque année, au jour de ma fête,
Détachez de vos blonds cheveux
Quelques fleurs pour orner ma tête,
Et je serai longtemps heureux.
Depuis que je suis à moi-même,
C'est vous deux, c'est vous seuls que j'aime.
Deux enfants jadis avec vous
Partageoient cet amour extrême,
Sans que vous en fussiez jaloux.
Hélas ! tu le voyois sans cesse,
Avec quels soins, quelle tendresse
Des petits-fils du grand Henri
Ma main cultivoit la jeunesse !
Dépôt précieux et chéri.
Je vous pleurai, je le confesse...
Mais éloignons ces souvenirs :
Pour jouir encor de mon âme,
Pour savourer les vrais plaisirs,
N'ai-je pas mon fils et ma femme?
Près de mon Bonbon gros et frais,
Près de ma femme jeune et belle,
Est-il des maux ou des regrets?
Non, je le sens, et désormais Tous mes travaux, tous mes souhaits.
Mes pensers, mes désirs secrets, Mon cœur, mon esprit et mon zèle, Mes lectures et mes extraits, Chaque réflexion nouvelle, Tout, jusques aux vers que je fais.
Tout est pour lui, tout est pour elle.