‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 13 sur 106 · A M. DU PUGET D'ORVAL · texte numérisé non relu

A M. DU PUGET D'ORVAL

Capitaine d artillerie a l'armée de Corse i

HONNEUR aux vainqueurs de la Corse!

Malgré leur nombre et leurs cailloux, Nos ennemis ont du dessous :

Le vrai courage fait la force.

Quant aux femmes de ces hiboux, Oui, dit-on, n'étoient pas cruelles, Ami, je suis fâché pour vous Que vous n'ayez rien fait pour elles.

Je sais qu'elles n'étoient pas belles ; Mais quoi ! faut-il des agréments, Des grâces et de la jeunesse, Pour avoir des droits sur vos sens.^ On ne doit connoître à vingt ans Ni de laideur ni de vieillesse.

I. Etrennes du Parnasse, 1772, p. 63. — Dans les Elremies du Parnasse, cette pièce est intitulée : Epîlres aux officiers français en Corse.

Je dis plus : braver la laideur, Au plaisir préférer la gloire, Caresser un objet d'horreur, C'est remporter une victoire; Et pour un François plein d'ardeur^ De courtoisie et de valeur, Seroit-ce donc la mer à boire?

Vous savez ce que fit Robert Pour cette bonne fée Urgelle; De tout ce qu'il avoit souifert Il fut récompensé par elle.

Si vous eussiez été galants, La Corse eût chéri la mémoire De ces aimables insolents, Qui savoient rire, vaincre, boire Et faire de jolis enfants.

Le sexe en eût écrit l'histoire ; Et les filles dans soixante ans, La lisant et n'osant la croire, Auroient regretté le bon temps.

Mais votre respect malhonnête Vous brouille avec tout ce canton.

Quelque jour en branlant la tête.

Au souvenir d'un tel affront :

« Ils savoient vaincre, dira-t-on.

Mais non jouir de leur conquête. »

A M. DE VALFORT

Qui avait ad7'essc des vers à l'aïUeiir

QUE VOS airs sont doux et touchants!

Je les écoute et les envie; Mon esprit admire vos chants, Mais mon cœur seul vous remercie.

Loin d'Apollon et de sa cour, Plaisirs, beaux-arts et poésie, J'ai tout quitté, jusqu'à l'amour.

Adieu, trop aimable folie !

L'ordre bizarre du destin.

Au lieu d'un luth plein d'harmonie.

Aujourd'hui me remet en main Le compas glacé d'Uranie.

Quand, timide calculateur.

Je cherche à mesurer l'espace.

Prenant l'Amour pour conducteur, Montez hardiment au Parnasse; Tenez-y de plein droit la place

Que je n'obtins que par faveur; Et, dans ce séjour enchanteur, Parlez souvent avec Horace De son ancien admirateur.

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A MADAME DE

£n lui envoya)it les Cœvus du chevalier de Boufflers

I l'on en croit ces vers charmants, Boufflers est en amour un matérialiste.

Que n'ai-je encor mes dix-sept ans !

J'aurois trouvé mon moraliste.

Notre âme alors est dans nos sens;

Le temps qui fait tout l'en dégage; Il épure nos feux qu'il rendra moins ardents; De nos sensations il fait des sentiments, Et l'homme plus heureux jouit de son ouvrage. Oui, sans doute, le cœur qu'a célébré Boufflers,

A ma combustible jeunesse

Commandoit à tort, à travers.

L'âge m'a fait présent d'un cœur d'une autre espèce. C'est à lui que je dois mes plaisirs et mes vers; Il est sensible et tendre avec délicatesse; Esprit, grâces, talents, tout a sur lui des droits ;

Mais parmi cent objets, son tact avec justesse Sait en distinguer un qu'il doit aimer sans cesse; Il parle, et l'autre cœur obéit à sa voix

Pour jouir d'une double ivresse Jci-bas tout mortel a-t-il deux cœurs en soi? J'en ai douté longtemps, Zulmé, je le confesse. Mais j'en suis assuré depuis que je vous voi.

A MADEMOISELLE DE FLAVIGNEROT

Qui prétendait qu'il 7t' existait pas d'amants constants

IL n'en est point de cœurs constants ! Belle cousine, quel blasphème Dans une bouche de vingt ans !

Grâce à ce maussade système, J'entends le peuple des amants Sur toi crier à l'anathème !

Dans l'âge heureux des agréments, Dans le moment de la tendresse, Avec tes grands yeux si touchants, Remplis de feux et de finesse.

Cette démarche de déesse.

Dont la douce légèreté Fait mieux remarquer la noblesse.

Ce sourire non concerté, Cette fraîcheur de la jeunesse, Qui ressemble à la volupté ;

A tous les cœurs sûre de plau-e,

Tu serois la seule bergère

Qui crût à l'infidélité.

Va, crois-moi, change de langage :

L'Amour est le dieu de ton âge,

Laisse-lui tous ses attributs ;

Il est moitié fou, moitié sage,

Et les plaisirs sont ses vertus.

Si tu fais longtemps la sévère,

Ce dieu si jaloux, si colère,

Dont je connois l'ambition,

Peut un matin, comme un corsaire,

Venir escorté d'un notaire

Détruire ton illusion,

Ravir la fleur qui t'est si chère,

Et cela sans te laisser faire Une seule réflexion.

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