‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 12 sur 106 · A M. LE COMTE DE BISSY · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE BISSY

D'une tranquille indifférence La raison souvent doit s'armer; Il faut voir avec patience Ce que l'on ne peut réformer.

Le Temps rapide, qui sans cesse A grands pas s'éloigne de nous, Emporte, hélas ! avec vitesse Nos plaisirs si courts et si doux.

Dans sa course toujours nouvelle, Loin d'être jamais arrêté, La triste voix qui le rappelle Augmente sa vélocité.

Il est trop vrai : nous finissons

Presque au moment qui nous voit naître.

I. Claude de Thiard, comte de Bissy, lieutenant général, gouverneur du Languedoc, gouverneur du palais des Tuileries, de la ville et du château d'Auxonne, né en 172 1, mort le 26 septembre 1810, membre de l'Académie française en i7So-

Chevalier de Bonnard.

Entre les jeux et les chansons,

A peine, hélas ! nous commençons

A sentir la volupté d'être :

La raison vient nous apparoître,

L'ennui la suit, nous vieillissons.

Mais il est toujours pour le sage

Des fleurs en toutes les saisons,

Et le plaisir a plus d'un âge.

Quand vous jouissiez autrefois

Du beau talent d'être volage,

Avoir deux femmes, souvent trois,

X'étoit pour vous qu'un badinage.

Vous en aimiez auprès des rois,

A Paris, et même au village,

Les trompant toutes à la fois.

Vos désirs satisfaits sans cesse

Renaissoient pour se varier :

Chaque jour nouvelle maîtresse,

Chaque jour nouveau créancier.

Pour vous guérir de cette ivresse,

Qu'il n'est pas aisé d'oublier,

Un vieux oncle en mourant vous laisse

Château, terres et mobilier.

Je sais ce que vous allez faire :

D'abord calculer et payer.

Changer, bâtir, jeter par terre.

Comme le doit un héritier :

Puis, au lieu de la pruderie.

De l'imposante gravité

Qui toujours conte et nous ennuie

Des vieux faits de sa vanité.

Dans votre séjour enchanté Unir en bonne compagnie Les bons mots, la douce gaîté A la jeunesse, à la folie, Et surtout à la liberté.

Comte, entre nous, si quelque belle Vouloit vous aimer tendrement, Ne pouvant plus être inconstant, Vous feriez bien d'être fidèle.

On revient de l'ambition ; De chimères longtemps avide, A rire de l'illusion Notre esprit enfin se décide; Tout ce qu'on nomme passion Dans le cœur ne laisse qu'un vide ; L'amitié seule le remplit; Du sage elle entend la prière, Vient régir son âme, y survit A la vanité mensongère, Et ne garde dans son réduit Qu'un peu de place pour son frère

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