I. Almanach des Muses
Çà! prends bien vite l'air austère, Le ton imposant du mystère Et les attributs d'un major...
J'aime à me peindre ta personne, Ton grand sabre, ton baudrier, Le jeune orgueil de ton coursier.
Ta vitesse qui nous étonne Et semble te multiplier.
Ta voix qui s'enfle, éclate, tonne, Arrête, meut, fait déployer Piquets, escadrons et colonne.
Parmi les bataillons flottants.
Dans le choc aff-reux des armées.
Au milieu des morts, des mourants.
Et de cent bouches enflammées.
C'est toi qui conduis ces géants A l'œil fier, à moustache noire, Nobles et braves fainéants Qui vendent leurs jours à la gloire ; Tu diriges leurs mouvements Et les mènes à la victoire.
Bravant les tubes orageux, Souples à la main qui les guide, Je vois leurs chevaux courageux Former une masse solide :
Ils volent; sous leurs pas égaux La terre au loin est frémissante; Devant ces centaures nouveaux Marchent la mort et l'épouvante ; C'est le torrent d'une eau bruyante
44 Chevalier de Bonnard.
Qui détruit, abîme en ses flots Tout ce qui s'oppose à sa pente.
Entraîné, contraint de plier.
Cédant à l'homicide acier *, L'ennemi fuit, le François chante ; La France te doit son laurier.
Mais tant que le dieu de la guerre.
Las du tumulte des combats,
Ouittei"a nos champs pour les bras
De la déesse de Cythère,
Laisse reposer tes héros.
Sans te venger sur eux des maux
Qu'à ta jeunesse on a pu faire.
Ris avec moi de tes rivaux,
Qui, pour se donner l'air capable.
Fatiguent hommes et chevaux
Avec un zèle infatigable ;
Nous assomment à tous propos
Des froids détails de leur police.
Ou de leurs sublimes travaux
Sur la tenue et l'exercice.
Songe qu'en ces moments si courts,
Dans le silence dii tonnerre.
Ce sont les Jeux et les Amours
Qui sont les maîtres de la terre.