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A MONSIEUR
GUENEAU DE MONTBEILLARD ^
GuÉNEAU, quel est ton art pour trouver sans efforts Aux propos les plus ordinaires Les plus ingénieux rapports?
A tes côtés sont les Grâces légères; Sur tes écrits, dans tes discours, Elles sèment ce sel attique Qui nous réveille, et nous flatte, et nous pique; Tu nous instruis, tu nous charmes toujours. Digne ami de Buffon, de la métaphysique J'aime à te voir atteindre les hauteurs, Porter partout un œil philosophique.
Du cœur humain sonder les profondeurs,
I. Almanach des Muses, i77i- — Philibert-Guéneau de Montbeillard, collaborateur de Buffon pour l'Histoire naturelle des oiseaux et compatriote de Bonnard, ne à Seraur le 2 avril 1720, mort le 28 novembre 1785.
^6 Chevalier de Bonnard.
Aux jeunes gens parler vers et musique, A la beauté dire des riens flatteurs, Avec les grands raisonner politique, Près des chardons faire naître les fleurs. J'aime à te voir, dans nos cercles, à table, Nous animer du feu de tes bons mots,
Oublier ton savoir, pour n'être rien qu'aimable Et donner de l'esprit aux sots.
J'aime a te voir sentir la vive flamme De l'amitié, ce doux plaisir de l'âme,
Fixer dans ta maison les beaux-arts et la paix. Et, toujours épris de ta femme.
Sans négliger ton fils, cultiver tes œillets.
O couple vraiment respectable !
Cœurs sensibles et vertueux !
Jouissez d'un bonheur durable.
Le ciel, en vous voyant si dignes d'être heureux, Fit à chacun de vous rencontrer son» semblable : Puisse un jour votre fils ressembler à tous deux !
A MADAME D'AUTIGNY
En lui donnant une lampe de nuit le jour de sa fête
L'amour, qui n'a point d'yeux, ne se plaît que clans l'ombre; Il rêve tout le jour et voyage la nuit ; Précédé des Désirs, le Mystère le suit : Ils assurent ses pas dans l'obscurité sombre.
C'est avec eux qu'à petit bruit Il recueille ces fleurs de volupté sans nombre, Que trop souvent, hélas ! l'éclat du jour détruit. Aussi toute clarté le blesse, il la redoute,
S'éloigne en hâte de celui
Qui veut s'éclairer sur sa route;
Et pour être bien avec lui.
Il faut comme lui n'y voir goutte.
Qu'Hymen est diflFérent ! Hymen a deux bons yeux Et n'est pas fâché qu'on le croie; Quand il est gai, content, joyeux,
Il est bien aise qu'on le voie ;
Il avoue hardiment ses feux.
Tire sa gloire de sa joie
Et dit tout haut qu'il est heureux.
On applaudit alors au charme de ses nœuds, Et la vertu sourit aux transports qu'il déploie.
L'Amour même en est envieux.
Depuis Psyché l'infortunée, On n'ose offrir une lampe à l'Amour; C'est un présent qu'on garde à l'Hyménéè, Et c'est à vous qu'on le doit en ce jour.