‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 18 sur 106 · Almanach des Muscs · texte numérisé non relu

Almanach des Muscs

Chevalier de Bonnard.

Ils étoient tous du même avis.

Vous vous en étonnez, je gage :

Mais moi, je n'en suis pas surpris.

Ils parloient de votre voyage,

De leurs regrets, de vos talents,

De votre sage emploi du temps,

De vos droits à la renommée,

Enfin de tout ce que l'Amour,

La France, Louis et l'armée

Doivent dire de vous un jour.

Dans leur éloquence guerrière,

Nos canonniers de Riverieulx

Vous célébroient à leur manière :

« Ce prince, brave et généreux.

Quoiqu'il quitte la compagnie,

N'oubliera pas les habits bleus :

On se retrouve dans la vie.

Ah ! qu'il nous mène un jour au feu !

Nous savons comment nous y prendre,

Pour le faire vaincre, morbleu !

Nos canons se feront entendre.

Et les Anglois verront beau jeu. »

D'un ton de voix moins formidable.

Plus d'une dame très aimable,

Tout haut pour vous formoit des vœux,.

Et disoit : « Son âme est si tendre !

Il est si digne d'être heureux !

Celle que lui gardent les cieux

Du dieu d'hymen ne doit attendre

Que des instants délicieux. »

Quant à moi, dans mon ermitage.

Je me rappelois vos adieux;

Quelques pleurs humectoient mes yeux

Qui se fixoient sur votre ouvrage ^ ;

Je me disois, dans ma douleur :

« Sa main fit ces traits; c'est un gage

Que l'amitié laisse à mon cœur.

Qu'il est bien peint, ce paysage !

Que ce morceau m'est précieux !

Mais qu'il le seroit davantage,

Si, dans ce tableau gracieux,

Le peintre eût placé sonjmage ! »

I. Le prince de Tonnay-Charente avait fait cadeau au chevalier de Bonnard d'un paysage peint par lui.

A MADAME

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