Almanach des Muscs
Chevalier de Bonnard.
Ils étoient tous du même avis.
Vous vous en étonnez, je gage :
Mais moi, je n'en suis pas surpris.
Ils parloient de votre voyage,
De leurs regrets, de vos talents,
De votre sage emploi du temps,
De vos droits à la renommée,
Enfin de tout ce que l'Amour,
La France, Louis et l'armée
Doivent dire de vous un jour.
Dans leur éloquence guerrière,
Nos canonniers de Riverieulx
Vous célébroient à leur manière :
« Ce prince, brave et généreux.
Quoiqu'il quitte la compagnie,
N'oubliera pas les habits bleus :
On se retrouve dans la vie.
Ah ! qu'il nous mène un jour au feu !
Nous savons comment nous y prendre,
Pour le faire vaincre, morbleu !
Nos canons se feront entendre.
Et les Anglois verront beau jeu. »
D'un ton de voix moins formidable.
Plus d'une dame très aimable,
Tout haut pour vous formoit des vœux,.
Et disoit : « Son âme est si tendre !
Il est si digne d'être heureux !
Celle que lui gardent les cieux
Du dieu d'hymen ne doit attendre
Que des instants délicieux. »
Quant à moi, dans mon ermitage.
Je me rappelois vos adieux;
Quelques pleurs humectoient mes yeux
Qui se fixoient sur votre ouvrage ^ ;
Je me disois, dans ma douleur :
« Sa main fit ces traits; c'est un gage
Que l'amitié laisse à mon cœur.
Qu'il est bien peint, ce paysage !
Que ce morceau m'est précieux !
Mais qu'il le seroit davantage,
Si, dans ce tableau gracieux,
Le peintre eût placé sonjmage ! »
I. Le prince de Tonnay-Charente avait fait cadeau au chevalier de Bonnard d'un paysage peint par lui.
A MADAME